Depuis la disparition, le 20 avril 2021, du Maréchal Idriss Déby Itno, le jour même de la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle, un Conseil militaire de transition (CMT) de quinze membres, dirigé par le général Mahamat Idriss Déby Itno, assure, depuis 7 mois, la vacance du pouvoir. Présent sur tous les fronts, le CMT semble répondre aux attentes de ses alliés internationaux, dont l’Union Européenne et la France en particulier, mais aussi à celles de l’Union africaine (UA).

 

D’ailleurs, l’UA, qui a systématiquement sanctionné tous les pays où il y avait eu un coup d’État au cours des dernières années, – je pense au Mali et plus récemment à la Guinée et au Soudan -, avait fait une exception pour le Tchad au regard des circonstances, jugées exceptionnelles, de l’arrivée au pouvoir du CMT. Même si elles ont été tendues au début, les relations entre l’UA et le CMT se sont apaisées. Les deux parties se sont entendues sur de nombreux points, en particulier la révision de la Charte de transition, le général Mahamat Idriss Déby Itno, ayant montré sa volonté et sa capacité à conduire un dialogue national inclusif avec toutes les composantes politiques, religieuses et sociales du pays. Quant au soutien de la France, il est total. Seul chef d’État occidental présent à N’Djamena aux obsèques d’Idriss Déby Itno, Emmanuel Macron a tenu à rappeler que « la France ne laissera jamais remettre en cause la stabilité et l’intégrité du Tchad ». Pour la communauté internationale et les Etats africains, le Tchad joue un rôle politique et militaire central dans le Sahel. Il sait se préserver des tentatives de déstabilisation perpétrées par le groupe privé paramilitaire russe Wagner.

Au Mali et en RCA (République centrafricaine), la présence du groupe Wagner se traduit par une perte de souveraineté des Etats dans lesquels il intervient. Économiquement, Wagner est accusé de se rémunérer sur les ressources des pays ; politiquement, il sert les ambitions géopolitiques du Kremlin. Au Tchad, selon le sociologue Roland Marchal, « le groupe russe de sécurité privée essaye de coopérer avec un certain nombre de mouvements d’opposition tchadiens pour les convaincre de refuser le dialogue politique qui est aujourd’hui offert par N’Djamena ». On comprend mieux la volonté de la communauté internationale, de l’Union Africaine et des bailleurs de fonds d’accompagner, par un soutien probant, le CMT tchadien.

Première étape : consolider l’État tchadien 

Il s’agit, pour le CMT, d’assurer la continuité institutionnelle et la sécurité de l’État. Les alliés du Tchad soutiennent le programme du Premier ministre, qui avait obtenu, le 14 mai 2021, à l’unanimité, la confiance de l’Assemblée nationale. Ce programme constitue un cadre de référence qui définit a) le rôle des organes de transition b) les relations avec les pays alliés, les partenaires au développement et les bailleurs de fonds. Le CMT s’emploie à consolider la stabilité politique sans laquelle rien n’est possible.  Le préalable à l’organisation des élections, présidentielle et législatives aux termes de la transition, est le retour à la paix. Selon le porte-parole du gouvernement tchadien, la feuille de route définit trois axes stratégiques et dégage 123 actions avec l’estimation des coûts :

Axe 1 : le renforcement de la Sécurité et de la Défense. Coût estimé : 298 milliards de FCFA, dont 11 milliards sont disponibles ;

Axe 2 : l’organisation du Dialogue National, Consolidation de la Paix et de l’Unité Nationale : Coût estimé : 424 milliards de FCFA, dont 129 milliards sont disponible ;

Axe 3 : le renforcement de l’État de droit et de la bonne gouvernance. Coût estimé : 273 milliards de FCFA, dont 14 milliards sont disponibles.

Les financements, à hauteur de 841 milliards et 29 millions de FCFA, sont à prendre sur le budget État et à rechercher auprès des partenaires au développement et des alliés du Tchad de manière bilatérale et en réunissant les bailleurs de fonds internationaux. Il est évident que le CMT doit convaincre la communauté internationale et les bailleurs de fonds de sa bonne foi. Pour cela, le CMT doit être accompagné par des compétences extérieures, notamment dans la rédaction d’une nouvelle charte de transition et d’une nouvelle constitution, mais aussi dans l’organisation et la conduite du dialogue national inclusif auquel doivent participer toutes les composantes politiques, sociales et religieuses du pays. Acheikh Ibn-Oumar, ministre d’État, chargé de la Réconciliation nationale, est l’un des hommes clés de la transition tchadienne.

En mettant en place le comité chargé de l’organisation du dialogue national inclusif, dont les membres seront choisis sur des critères de compétences et de représentativité, Acheikh Ibn-Oumar, un homme de convictions, espère œuvrer pour le bien-être des Tchadiens. « C’est en vérité le fond de mon engagement politique », tient-il à préciser. Son action vise à faire entrer le Tchad dans une ère nouvelle, notamment en répondant aux aspirations de la jeunesse tchadienne et au défi de l’émancipation des femmes. Selon le CMT, l’avenir du Tchad se construira aussi par la jeunesse et l’autonomisation des femmes.

Deuxième étape : le Plan National de Développement (2022-2026)

Autre priorité du CMT, la relance économique du Tchad en créant les conditions pour une relance économique durable avec l’amélioration de la gestion des finances publiques, la rationalisation des dépenses et le renforcement du climat des investissements. Au plan économique, faire entrer le Tchad dans une ère nouvelle signifie diversifier l’économie. La rente pétrolière a montré ses limites depuis la baisse importante des cours du pétrole observée à partir de 2014. La relance économique ne peut pas dépendre uniquement des investissements publics, elle passe par le secteur privé, véritable accélérateur de la création d’emplois, de richesses et de valeur ajoutée.

Afin de mettre en œuvre le Plan National de Développement (PND) 2022-2026, le Tchad aura besoin de tous ses partenaires. Très charismatique, bien perçu à l’international, le Président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a développé une intense activité diplomatique (déplacements au Niger, au Nigeria, en Angola, en France). Il a obtenu un soutien important des pays amis et alliés à travers l’Union Africaine, la CEMAC, la CEEAC. Une délégation tchadienne a été reçue par l’Union Européenne à Bruxelles et par l’AFD, en France. Mahamat Idriss Déby et le CMT ont su, en quelques mois, par leur action, corriger le déficit d’image du Tchad auprès de la communauté internationale et des bailleurs de fonds.

Christian GAMBOTTI,

Agrégé de l’Université, 
Président du think tank Afrique & Partage 
CEO du CERAD (Centre d’Études et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – 
Directeur des Collections L’Afrique en Marche, Planète francophone – 
Directeur de la rédaction du magazine Parlements & Pouvoirs africains.
Directeur général de l’Université de l’Atlantique

 

Tchadanthropus-tribune avec Afrik actualité.

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