Mahamoud Adam Béchir est dans le viseur de la justice américaine. L’ancien ambassadeur du Tchad aux États-Unis est accusé d’avoir perçu des rémunérations de la part de la junior Griffiths Energy pour l’aider à acquérir des blocs en 2011.

Le 20 mai, le Département of Justice (Do J) américain a rendu public l’acte d’accusation (indictment) visant l’ex-ambassadeur tchadien aux États-Unis (2004-2014) Mahamoud Adam Béchir dans un dossier de corruption impliquant la compagnie canadienne Griffiths Energy. Celle-ci est devenue en 2012 Caracal Energy, avant d’être rachetée en 2014 par le trader suisse Glencore.

Le document, daté du 3 mai 2018, était depuis lors sous scellé judiciaire. Officiellement, cette mesure de confidentialité avait été ordonnée pour ne pas entraver les efforts du gouvernement américain pour arrêter Béchir – actuellement ambassadeur du Tchad en Russie -, son épouse Nouracham Béchir Niam, ainsi que l’ancien adjoint du chef de mission à l’ambassade du Tchad (2007-2012), Youssouf Takane. Les tentatives de Washington se sont révélées vaines et le pays a décidé de revoir sa stratégie. Dans une note transmise le 17 mai au tribunal du District of Columbia, les avocats des États-Unis indiquent que le gouvernement “ne s’attend pas à arrêter les co-prévenus dans un futur proche”. Les avocats du DoJ ajoutent que plus rien ne justifie dès lors la mise sous scellé de l’acte d’accusation contre le couple Béchir et Takane.

La mort d’Idriss Déby a-t-elle changé la donne ?

Cette communication officielle autour d’une affaire qui a éclaté en 2013 intervient un mois après le décès du président Idriss Déby, au pouvoir au Tchad pendant plus de trois décennies (1990-2021). Si les relations diplomatiques entre Washington et N’Djamena ont connu de nombreux heurts dans le passé – les États-Unis ayant multiplié les appels à garantir la liberté et les droits de l’hommes au Tchad, et N’Djamena dénonçant en retour “l’ingérence” américaine -, les deux pays restent toutefois alliés sur le plan financier et militaire. Une proximité qui pourrait expliquer la relative prudence des États-Unis dans cette procédure visant un fidèle diplomate du “maréchal du Tchad”.

Béchir a été nommé ambassadeur en 2004 pour les États-Unis, le Canada, le Brésil, l’Argentine et Cuba, avant d’être envoyé en Afrique du Sud en 2012. Juste avant l’explosion de “l’affaire Griffiths” en 2013, le président tchadien a signé dans l’urgence un décret le rappelant au Tchad. Il lui a par la suite à nouveau signifié sa confiance en le nommant à Moscou en 2019.

Des millions contre des blocs

Béchir, son épouse et son ex-adjoint sont soupçonnés d’avoir été rémunérés à hauteur de 2 millions de dollars par Griffiths et d’avoir obtenu des actions à prix cassés pour aider l’entreprise à obtenir, en 2011, les permis Mangara et Badila dans le bassin de Doba, au Tchad (AI du 05/02/13), en violation du Forgien Corrupt Practices Act (FCPA). Glencore, qui a récupéré ces actifs en 2014, tente actuellement de s’en débarrasser (AI du 09/07/19).

Le quatrième prévenu dans cette affaire, le co-fondateur de Griffiths Naeem Riaz Tyab, a été appréhendé aux États-Unis en février 2019 avant d’accepter, en avril 2019, une procédure de “plaider coupable”. Très courante aux États-Unis, celle-ci lui permet d’ouvrir une négociation avec l’accusation, pour aboutir la réduction des chefs d’inculpation. Griffiths Energy n’a pas été poursuivi devant la justice américaine, s’étant de son côté acquitté d’une amende de 10,3 millions de dollars canadiens dans son pays (AI du 18/11/14).

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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