Le récent rapport sur la relation franco-africaine rédigé par le député socialiste Philippe Baumel dresse un constat réaliste – et critique – de l’omnipotence du facteur militaire dans la politique africaine de François Hollande. Au-delà des opérations sur le terrain (Mali, Centrafrique), ce poids est largement alimenté par l’intérêt que Jean-Yves Le Drian, qualifié de "ministre de l’Afrique", a su développer envers ce continent et plusieurs de ses présidents. Décryptage.

 

Style • Au sein du pré carré francophone, où la forme compte tout autant que le fond, le "style Le Drian" plaît. Ce capital de sympathie résulte de la capacité du ministre français de la défense – à ce poste depuis le 16 mai 2012 – à adopter les codes appréciés des chefs d’Etat africains. Préférant les accolades et les tapes amicales dans le dos aux poignées de main solennelles, l’ancien président du conseil régional de Bretagne ne reste jamais moins de vingt-quatre heures dans les capitales qu’il visite, montrant ainsi une implication réelle sur le terrain. Illustration de cette confiance établie au fil des mois : Le Drian tutoie tous ses interlocuteurs – Ibrahim Boubacar KeïtaMahamadou IssoufouMacky SallDenis Sassou Nguesso… – et s’entretient systématiquement en tête à tête avec eux lors de ses déplacements. Il est par ailleurs régulièrement invité à se rendre dans leur village natal. Ce fut ainsi le cas avec Idriss Déby à Amdjaress, en janvier. De fait, le "canal Le Drian" est le plus emprunté par les présidents africains, également en raison de son amitié avec François Hollande. Une proximité dont ne bénéficie pas Laurent Fabius, jugé plus austère et plus technocrate. 


L’Afrique prioritaire à Brienne •
 Cette image est confortée par l’activité que consacre le cabinet du ministre de la défense à l’Afrique. Ce continent occupe près du quart de l’agenda de cette équipe. Témoin de cet intérêt : une immense carte du Sahel posée sur un chevalet trône dans le bureau de Cédric Lewandowski, directeur du cabinet civil et militaire, et grand ordonnateur de la politique africaine orchestrée depuis l’hôtel de Brienne. Celui-ci travaille étroitement avec Didier Castres, responsable des opérations extérieures à l’Etat-major des armées (EMA), lequel vient d’être reconduit à cette fonction pour une quatrième année. Chaque lundi, les deux hommes passent au crible les dossiers africains lors de réunions associant les responsables d’autres services comme la Direction du renseignement militaire (DRM) ou la DGSE, ainsi que le chef du cabinet militaire, le contre-amiral Pascal Ausseur. Le même cabinet est systématiquement représenté, notamment par le conseiller diplomatique Luis Vassy, aux réunions organisées tous les jeudis, à l’Elysée, par Hélène Le Gal, conseillère Afrique du chef de l’Etat français.

 

Staff "africain" sur le terrain • Jean-Yves Le Drian complète ce quadrillage via les commandants – au tropisme africain prononcé – placés à la tête des théâtres d’opération ou des départements. Au Tchad, le général Jean-Pierre Palasset pilote le dispositif Barkhane. En 2011, il commandait l’opération Licorne au plus fort de la crise postélectorale ivoirienne. Patron du renseignement militaire (DRM), le général Christophe Gomart a dirigé la task-force Sabre au Sahel. Il convie régulièrement à Paris les pays du G5 Sahel pour échanger sur le renseignement dans cette zone. Ex-membre du cabinet d’Hervé Morin, le général Eric Bellot des Minières a regagné la France en avril, après avoir commandé l’opération Sangaris. Il pourrait se voir confier la 11e Brigade parachutiste, régulièrement sollicitée en Afrique. Quant au patron du COS, le général Grégoire de Saint Quentin, il a dirigé les Eléments français au Sénégal (EFS) et l’opération Serval, fonctions qui l’ont amené à tisser de solides réseaux en Afrique de l’Ouest. 

 

La Lettre du Continent

 

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