Il y a peu, ce petit village, tapi au bord du Mayo-Kebbi, dans le canton Tikem, était un havre de paix. Aujourd’hui, il est au bord de l’explosion suite au décès du chef intervenu en 2015 qui a ouvert la lutte pour la succession non pas entre les prétendants au sein de la famille, mais avec l’entrée en lice d’un corrupteur qui s’appelle Maissala dont le père est venu du village de Ganhou relevant du canton de Youé, de l’autre rive du fleuve. Ce corrupteur s’appuie sur trois larrons, les supérieurs de l’administration du département du Mont Illi, en l’occurrence le chef de canton de Tikem, le sous-préfet de Tikem et le préfet du département du Mont ILLI, tous les trois vont s’empêtrer dans un jeu de compromission pour gérer la succession du chef. Pour être clair, il convient de faire un petit rappel historique du village et relater les manœuvres dilatoires de l’administration.

  • L’histoire du village

Ce petit village est fondé bien avant la période coloniale intervenue en 1900. Il était géré paisiblement par la même famille sous l’autorité du grand chef spirituel des Toupouri, Ouang-Doré dont l’autorité était et est toujours unanimement respectée au-delà de la frontière tchado-camerounaise même si l’eau a beaucoup coulé sous le pont. Quand les chefferies ont été établies, au lendemain de la Première guerre mondiale, dans les années 1920, le village était géré par le chef Haïtoin. Il meurt en 1928. Il a laissé trois enfants en bas âge. Comme le veut la coutume, son neveu, Laoukissam Diloua « ramasse » (c’est le terme Toupouri de circonstance) sa femme et assure la gestion des enfants. Il règne sur le village jusqu’en 1955, date de sa mort. Le fils aîné des trois enfants, Gornaïbélé Lida monte sur le trône, avec la bénédiction du chef de canton, Pakamala, qui régnait sur un vaste canton englobant les cantons de Youé et celui actuel de Tikem de 1947 à 1959. En 2015, Gornaïbélé Lida décède dans un contexte où le pays est autrement structuré et de nouvelles autorités sont apparues et sans doute avec des comportements sensibles à la corruption.

  • La succession par le fils désigné par la famille et les enjeux de la corruption

La mort du chef à peine constatée qu’un certain Maissala court l’annoncer au chef de canton et dit se déclarer candidat pour la succession à la chefferie. Quand la famille envoie un émissaire pour annoncer la mauvaise nouvelle au chef de canton, celui-ci en était déjà au courant. Se pose donc la question de la succession. Pour la famille le problème ne se pose pas. Le successeur naturel est tout désigné : c’est le fils aîné du défunt, AKREO. Il va donc assumer la responsabilité de chef de village. Une formalité. En attendant le chef de canton doit lui donner son aval par un acte administratif. Comme de coutume. Il fait la démarche. Le chef de canton temporise, multiplie les manœuvres dilatoires.

3- Maïssala entre en lice

A l’affût, Maissala, ayant une petite fortune structure ses supporteurs : Il s’appuie d’abord sur ses voisins : le clan des Klélous et fournit les moyens de la corruption. Le fils d’un habitant connu du village se positionne. Maissala, l’intrigant, finance ses actions en :

– corrompant le chef de canton qui l’a toujours quand il portait constamment plainte auprès de lui pour arracher les terrains de cultures des habitants du village. Tout le monde se plaignait de lui mais le chef de canton le soutenait toujours.

– en s’approchant du sous-préfet d’alors qui lui demande 4 bœufs pour le nommer. Il donne. Mais ce sous- préfet est relevé à la faveur d’un mouvement du personnel de commandement. Un autre sous-préfet est nommé et s’engouffre dans les mailles du corrupteur. Pendant plus d’un an les chefs administratif notamment le chef de canton et le sous-préfet demandent constamment de l’argent pour ceci ou pour cela. Mais ils ont fini par installer le successeur légitime. Mais, débouté, Maissala revient à la charge et demande que le village soit divisé et pousse le clan Klélou à formuler des revendications sur la base de leur antériorité par rapport à la famille du chef défunt avec des arguments fallacieux. Des arguments soutenus de la monnaie sonnante et trébuchante : 500 000 frs au sous-préfet qui prend un acte pour diviser le petit village en deux pour le satisfaire. Mais le chef de canton n’obtempère pas et demande sa part avant tout. Qu’à cela ne tienne, il corrupteur lui donne 3 bœufs et 70.000 frs. Deux alliés de poids sur la marche du pouvoir. Le chef de village s’oppose fermement au découpage de son petit village. La population le soutient et se dresse contre la décision de l’administration. Le préfet est mis au courant du scénario et Maïssala va le voir et lui glisse 300 000 frs et trois moutons. Le préfet convoque le chef de village et le sermonne d’accepter le plan de diviser le village. Le chef refuse de revenir sur sa décision et demande en revanche au préfet de faire partir Maissala de son village car sa présence ne garantit pas la paix dans le village qui en a tant besoin. Le préfet juge ses propos offensants et arrogants à son égard et l’enferme avec toute sa suite pour qu’ils réfléchissent pour prendre la bonne décision. Au bout de deux jours, il les relâche. Alors la pression s’accroit sur le chef de village qui refuse toujours de changer d’avis. Face à cette situation, le sous-préfet prend un acte qui limoge le chef de village. Une manière de préparer malgré tout le terrain au poulain de l’administration qui s’appelle bien Maissala car celui-ci estime qu’il a fait trop de dépenses pour laisser la place à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. Quelle gestion par des administrateurs qui oublient d’exercer leur rôle au seul profit de l’argent et sont capables de toutes sortes de compromission! Au moment où le pays s’enfonce dans la crise socio-économique perlée par des grèves qui durent, il est difficilement concevable que les chefs de l’administration territoriale entretiennent parallèlement par leur partialité des situations susceptibles de faire naître des conflits pouvant déboucher sur la guerre civile qu’ils auront de la peine à juguler dans des villages comme ce cas de Kessamsi.

Wangkoulou Edmond.

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