La politique est souvent considérée comme une activité raisonnable,sérieuse dans la mesure où elle s’occupe de la gestion des affaires de la cité. Elle serait donc logiquement, à l’opposé de pratiques mystiques, des rites qui relèvent de l’irrationnel. Or, force est de constater que l’action politique a, de tous temps et sous tous les cieux, eu recours à des mystiques, des symboles et des rites. Comment pouvait-il en être autrement, l’homme ayant une large part d’irrationnel en lui ? Pour pénétrer les coulisses du pouvoir et parvenir à en décrypter les différents ressorts, nous avons identifié plusieurs points intéressants où le pouvoir baigne profondément dans cette ambiance faite de spiritualité, de mysticisme, de symboles qui le transcendent. Aussi, interrogeons-nous : à partir de quel moment, l’homme politique, le candidat élu se mue-t-il en Président de la République ? Comment se fait cette mue, que se passe-t-il dans la tête de cet homme, au moment où il se prépare à la prise de pouvoir, à revêtir ses habits de Président? Combien de temps dure ce processus ? A l’observation, il se situe pour certains régimes démocratiques, à partir de l’instant T où les résultats sont proclamés à la télévision, et ce processus continuera jusqu’à l’investiture. On relèvera par ailleurs, que la mue peut parfois ne pas être tout à fait achevée même après l’investiture. Nos traditions africaines parlent d’un Roi ou d’un Sultan assis sur son trône, pour situer le moment où il prend en mains le pouvoir et l’exerce; nous verrons que c’est tout à fait pertinent.

 

Si nous prenons l’exemple du Sénégal, en 2000, lors de l’alternance, le décompte total des voix, en direct sur les radios, donnait l’opposant Abdoulaye Wade vainqueur, mais cela ne pouvait suffire à amorcer dans sa tête la transformation pour en faire un Président. L’analyse des résultats lus était insuffisante pour en faire un vainqueur et, dans la Capitale sénégalaise, tout le monde retenait son souffle. Cette victoire sera-t-elle reconnue ou encore confisquée comme les précédentes? Le camp de Abdou Diouf hésite, des rumeurs circulent sur une réunion des responsables de l’aile dure du pouvoir socialiste pour rejeter ces résultats et mobiliser les forces de sécurité. Les Ambassadeurs de France et des USA entrent en scène et parlent au Président Diouf; particulièrement, l’Ambassadeur américain conseillera à Diouf, de sortir par la grande porte et de faire comme aux États Unis : « de téléphoner à son rival vainqueur et de le féliciter ». De son côté, l’Ambassadeur de France insistera en lui rappelant que sa vie politique n’est pas terminée, et que le Président Chirac souhaite qu’il prenne la tête de la Francophonie. Abdou Diouf suivra le sage conseil de l’Ambassadeur américain et passera ce coup de téléphone qui, comme un coup de tonnerre suivi d’un éclair, marquera le début de la mue de l’opposant Wade pour se draper du costume de Président. A nouveau, en 2012, lors de la victoire annoncée par les médias selon les décomptes, il a fallu attendre le coup de fil libérateur en quelque sorte, car il symbolise la reconnaissance par le perdant Wade de la victoire de Macky Sall, et le départ de la mue psychologique du candidat élu pour entrer dans ses habits de Président.

 

Dans les monarchies, où les questions de succession souffrent exceptionnellement de contestations, l’annonce de la mort du Roi opère très vite la prise en mains du pouvoir par l’héritier. Et cette formule célèbre le résume bien: « Le Roi est mort, Vive le Roi ! ».Cette métamorphose de l’homme politique le basculera dans un autre monde, et n’épargnera pas son entourage; bien au contraire, d’énormes changements se produiront. Son investiture sonnera le top départ de la prise en mains de l’Etat, la prise en mains du pouvoir, elle, ayant déjà commencée comme expliqué ci-dessus, dès la publication des résultats ou leur acceptation.

 

Dans le cercle proche du candidat élu, un bouleversement total des habitudes s’opérera; plus personne n’appellera le candidat élu par son prénom, mais désormais ce sera :  » M. le Président ». Certains hommes politiques ont témoigné et évoqué une « prise de distance » rapide ou encore, dira un proche collaborateur de Hollande: ”François Hollande, en quelques heures, m’a échappé, il n’était plus le même « Ce qui concourt rapidement à cette nouvelle ambiance, ce sont les dispositions prises par l’entourage, par la Cellule de communication qui vont installer tout de suite, et ce bien avant les services de l’Etat, un protocole, une restriction pour accéder à l’homme politique en métamorphose pour se glisser dans ses nouveaux habits.

 

Cette période assez spéciale va se poursuivre jusqu’à l’investiture officielle et l’on constate à la pratique, dans de nombreux pays, que celle-ci va dépendre largement de ce que le nouveau Président voudra qu’elle soit. Autrement dit, il n’y a pas de rituel immuable, pas de procédures imposées, mises à part l’intervention de l’organe juge des élections dans la prestation de serment, comme le prévoit la Constitution. Quelques exemples: François Mitterrand élu en 1981 a mis en place une cellule pour préparer, réfléchir et organiser son investiture. Il en a fait un événement exceptionnel, a choisi de nombreux symboles: le quartier latin, le Panthéon vers lequel, il marchera une rose à la main; il invitera de nombreux Chefs d’Etat et des personnalités du monde entier, parmi eux figurera notamment le Président Senghor. Cette grandiose et solennelle cérémonie marquait et célébrait une alternance après tant d’échecs et fêtait l’arrivée de la Gauche au pouvoir, une Gauche soutenue par le monde syndical, de nombreux cercles d’intellectuels. Tout a été bien calculé et déroulé, on pouvait par cette cérémonie d’investiture avoir une idée de la figure présidentielle de l’homme politique. En parallèle, Abdoulaye Wade, avant son investiture, s’est rendu à Touba, recueillir les bénédictions de son Guide religieux, marquant ainsi déjà la place importante du spirituel, de la religion et de leur interaction avec la politique. Comme lieu pour la cérémonie de son investiture, il a choisi un stade de football et, avec cette foule immense, il tenait à célébrer sa popularité et montrer ses talents de tribun, pour créer une émotion et être en communion avec le peuple mobilisé. De nombreux Chefs d’Etat et personnalités furent invités et assistèrent à cette investiture. En ce qui concerne, le candidat Macky Sall, le soir de la reconnaissance de sa victoire, il ira à l’hôtel Blu Radisson; entouré de ses collaborateurs et militants, il la célébrera et fera une déclaration. Il choisira un autre hôtel, le King Fahd Palace, pour son investiture en présence aussi de Chefs d’Etat et diverses personnalités du monde du sport et des arts.

 

Le nouveau Président voulait mettre l’accent sur une gouvernance à venir, sobre et simple, là où Abdoulaye Wade proclamait avec emphase ses grandes ambitions pour le Sénégal. En France, en 1995, Jacques Chirac innova avec le cortège des motards de la presse et télévisions qui suivent les activités du candidat élu toute la soirée et la relaie en direct sur les chaînes. A l’inverse de la solennité de l’investiture de François Mitterrand, on a vu l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui a pris le large dans un yacht de l’homme d’affaires Bolloré pour fêter sa réussite en Grèce, puis la bamboula continua en allant au restaurant Le Fouquet’s entouré de ses amis et de ceux qui l’ont soutenu dans le monde du spectacle. Il prit ainsi 48 heures de retard sur la date prévue habituellement pour la cérémonie d’investiture qui fut, elle aussi, bien particulière avec la mise en avant médiatique d’une famille recomposée. On peut dire que cette investiture de Sarkozy fut un acte totalement manqué, à l’instar, par ailleurs, de ce qui s’est passé avec François Hollande élu qui, le soir même, arrive au Trocadéro pour une soirée avec ses militants, monte sur la plateforme, et là, il va se passer une chose délirante. Dans un premier acte, Ségolène Royal est présente avec les autres collaborateurs devant les militants rassemblés, François Hollande se rapproche d’elle, reçoit ses félicitations, lui fait la bise. Rappelons que François Hollande est son ex-compagnon et père de ses 4 enfants. La nouvelle compagne de Hollande, Valérie Treiweiller, dans un élan de jalousie pitoyable à la vue de sa « rivale » Ségolène Royal, intercepte François Hollande et lui « demande » de l’embrasser, et, ce dernier s’exécuta, déclenchant comme chacun peut l’imaginer aussitôt des milliers de commentaires dans les salons de nombreux pays. La cérémonie d’investiture venait de crasher en direct.

 

En 2017, retour à la solennité, le soir de la victoire d’Emmanuel Macron, celui-ci choisira comme lieu de célébration, la Pyramide du Louvre. Il fit une longue marche solitaire et initiatique de 3 mn avant de se montrer à ses militants. Constatons cette mise en majesté de l’homme politique, tout seul lors de cette marche, contrairement à un Mitterrand arrivé au milieu d’une rangée soudée de collaborateurs, dans une marche collective de partis politiques, de syndicalistes, d’intellectuels, avant de s’en détacher pour déposer des roses au Panthéon sur la tombe d’illustres socialistes comme Jean Jaurés. Cette apparition de Macron, seul lors de cette marche symbolisant la réincarnation du candidat élu dans le corps du Président, nous dévoile un homme seul qui marche vers le pouvoir. Dans cette ascension, on aura relevé la disparition de toute son équipe, qui sera, en revanche, bien exposée, lors de la cérémonie d’investiture officielle, sous les feux des caméras. C’est une différence très révélatrice de ce que sera la présidence Macron. Une mise en avant de sa personne, au sein dʼune équipe au travail mais avec la volonté de mettre en lumière, sa place de chef qui coiffe tout, qui sera au coeur de toute décision importante, et le fera savoir. On le verra d’ailleurs, très vite, dans ses relations avec son Premier Ministre. Ce processus de transformation de l’homme politique peut prendre du temps, pour que celui-ci se sente investi pleinement de ses pouvoirs et les exercent. La personnalité de l’homme politique joue un grand rôle. Ainsi, Mitterrand était un homme qui avait une autorité naturelle, un charisme, une assurance qui l’ont aidé dans cette transition.

 

Le Président Habré a lui aussi un charisme naturel, une autorité, il a été un chef aimé et respecté par ses hommes dans la rébellion, il n’a pas eu de mal à revêtir les habits d’un homme d’Etat, d’un Président. Au Sénégal, dans la foulée de son investiture, le Président Wade se rendra au Liban au Sommet de la Francophonie au cours duquel un nouveau Secrétaire Général devrait être élu et il devait présenter comme candidat du Sénégal, Abdou Diouf, le Président sortant. Une petite scène se passe dans les salons de l’hôtel accueillant les invités. Le Président Wade est l’attraction de ce Sommet, il fait son baptême dans les cercles des pouvoirs africains. Il voit Abdou Diouf faire son entrée dans la salle, il fait un geste pour aller à sa rencontre pour le saluer; immédiatement, une main le retient, celle d’une grande dame sénégalaise, membre de sa délégation et désormais, ex-conseillère d’Abdou Diouf, elle lui dit à l’oreille :  » Vous êtes désormais Président de la République du Sénégal, c’est à lui de venir vers vous, pour vous saluer, M. le Président ! ». Abdoulaye Wade esquissa un sourire et resta sur place, attendit que l’ancien Président Diouf vienne à lui. Cette anecdote nous révèle que si le candidat est un homme qui bouge, qui se déplace beaucoup vers les électeurs, va rencontrer des gens pour mener sa campagne, à l’inverse, le Président devient quelque part un homme immobile, entouré de procédures, de protocoles qui se construisent autour de lui avec subtilité, génie parfois, et ce sera, désormais, aux autres de venir à lui.

 

En 2012, après son investiture, le Président Macky Sall accompagné de son épouse, se rend au Palais de la République pour un entretien avec Abdoulaye Wade au cours duquel, ce dernier, après un briefing rapide, lui remettra les dossiers prioritaires concernant les finances, l’économie, la sécurité et la diplomatie. Après ce tête-à-tête, le Président Macky Sall sort et arrive dans les couloirs où de nombreuses personnalités viennent à sa rencontre pour le féliciter. De l’autre côté de la salle, dans un coin, Karim Wade discute avec ses proches. On verra alors, le Président Macky Sall traverser la salle et aller saluer Karim Wade. Il l’aurait fait pour un Chef religieux, la chose serait normale tenant compte de nos traditions, mais là, dans cette circonstance après son investiture, les passionnés de politique souligneront que sa mue n’était pas encore terminée !
Ainsi, on aura constaté – tout le long de cette phase de transformation du candidat élu Président, se préparant à exercer le pouvoir – qu’il n’y a pas de tradition figée, de formes strictes à respecter. Au finish, les pratiques évoluent, se fabriquent, s’inventent, se copient et ce, malgré les discours sur la volonté d’avoir un Président normal mais non pas un Dieu sur terre. A considérer, les nombreuses critiques qui ont accompagné les cérémonies d’investiture de Sarkozy, inaugurant l’ère de la peopolisation de la politique mais marquant aussi la dégénérescence des démocraties, et celle de François Hollande, on remarque que le public est sensible à la solennité, veut rêver, veut assister à un sacre comme du temps des monarchies où le sacre du Roi se fait avec faste, apparats et prestige et un peu de mystère. Les rituels monarchiques ont traversé le temps pour être présents au sein des pouvoirs présidentiels contemporains. Le Président, dans ces monarchies républicaines, se voit investi d’une mission quasi providentielle, et de nombreuses références religieuses ponctuent son discours politique.
Les experts en communication l’ont si bien intégré qu’ils organisent un véritable sacre médiatique à sa gloire.

La politique, c’est mystique! a dit récemment, Jean Luc Mélenchon, lui qui avait mis en scène l’apparition de son double grâce à la magie d’un hologramme, lors d’un grand meeting politique. Dans son dernier discours avant le passage aux urnes, très remarqué, il fit appel à la mystique du Peuple : « Nous sommes le Peuple des révolutions et des rébellions françaises. Nous sommes le drapeau rouge et le rouge du drapeau. » Dans des accents très révolutionnaires, le Peuple est déifié, il est la force supérieure, capable comme Moïse, de faire passer la Mer Rouge au peuple des captifs. Remarquons donc, que la théologie politique est bien exploitée par les partis politiques modernes. La politique se nourrit de mystiques, de rites, de symboles, comme si l’homme politique confronté à l’immensité de sa tâche, aux questions de fond auxquelles il est confronté, a besoin de se réarmer, de se réassurer pour combler un manque dans l’exercice du pouvoir. Si l’on observe les pratiques politiques dans un pays comme l’Iran, le Shah d’Iran, à sa chute et en partant en exil, prit un peu de terre de l’Iran avec lui. Un geste sentimental ou une pratique mystique? A l’arrivée de l’Imam Khomeïni qui marquera l’avènement de la Révolution islamique, on notera dans le discours politique, de nombreuses références aux Imams Ali et Hissein et de l’utilisation de leur force, de leur courage et de leur dimension
religieuse pour rassembler autour d’un grand projet politique, une forte adhésion populaire.

Le Président iranien Ahmadinejad s’illustrera, en mettant en avant, l’apport de l’Islam à l’Iran, mais soulignera aussi l’apport de l’Iran à la civilisation islamique. Démontrant par la même, combien la spiritualité, le religieux nourrit la politique. Au Maroc par exemple, s’il est vrai que la monarchie est dite moderne, il n’en demeure pas moins qu’elle est traditionnelle, religieuse, charismatique et organisée avec un faste et des apparats extraordinaires. Le statut sacré de Commandeur des Croyants du Roi renforce et conforte l’empreinte religieuse de la monarchie alaouite. Une fois intronisée, la personne du Roi fait l’objet d’un culte de la personnalité qui est étudié dans les moindres détails par un protocole rigoureux et réglé comme sur du papier musique. Ceci pour préserver et entretenir la sacralité du pouvoir divin du descendant du Prophète (PSL). Le Roi doit être redouté, aimé et respecté et c’est de cette alchimie qui a mûri et qui a fait ses preuves, pendant de longues années, que se construira la « Hiba », cette aura perceptible qui entoure les Souverains alaouites et inspirera à leur entourage direct à la fois crainte révérencieuse et idolâtrie. L’homme de pouvoir qu’il soit Monarque ou Président d’une République va se draper dans des formes, procédures, fabriquer des mythes et des symboles entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés dans le but notamment de créer de la distance. On verra ainsi, de nos jours, des Présidents emprunter aux Monarchies, leurs pratiques, leurs apparats pour se parer de tous les ornements du pouvoir et l’exercer.

 

Dans le système monarchique, le Roi a une Cour constituée de courtisans issus de toutes les catégories sociales, celle-ci célèbre la gloire et renforce la puissance de la monarchie. Des codes de conduite réglementent la vie à la Cour autour de la personne sacrée du Roi. Des révérences, des baisemains au seul Roi, et des maîtresses autant qu’il le souhaite. Ce qui nous rappelle, les révérences dans tous les royaumes, signe de l’allégeance et de la soumission à l’autorité du Roi. L’existence d’un harem est aussi un privilège réservé exclusivement au seul Roi.
Dans les Monarchies arabes, le défunt Roi Abdallah d’Arabie Saoudite avait supprimé le baise -main pour alléger les rigueurs du protocole royal. Le Roi Mohammed VI a annoncé, après son intronisation, son intention de fermer le harem de son père, ce qui fut fait. Par contre, la majorité des Sultans en Afrique Noire francophone, héritiers des royaumes anciens, ont vu leurs pouvoirs réduits à un rôle protocolaire par l’administration coloniale française. Marginalisés et appauvris, ils sont devenus des agents de l’Etat. Toutefois, ils gardent un respect et des égards importants de la part de leur communauté. Le Sultan est toujours salué avec une révérence par les hommes et les femmes qui s’assoient pour rendre hommage à Sa Majesté. ll en est ainsi dans les Sultanats du Kanem, du Ouaddai au Tchad. Le Sultan a aussi une Cour composée de Conseillers, une garde spéciale et un harem. Il sort en ville sur son cheval anarché et paré des plus beaux ornements, sous un grand parasol tenu par un garde; il est entouré des membres de sa Cour et avance sous la musique d’une troupe spéciale de musiciens traditionnels. A l’inverse, les chefferies au Nord Nigeria, malgré la colonisation britannique, sont restées puissantes et jouent un rôle important dans la vie politique et sociale du pays. Leur réputation a dépassé les frontières du Nigeria.

 

Ce petit descriptif nous permet de réaliser combien les rites monarchiques ont été transposés et survivent dans les Républiques modernes qui sont, pour la plupart, en fait, des monarchies républicaines. Autour du Président de la République s’installe une Cour faite de courtisans et l’esprit de Cour est toujours là. Ainsi, pour réussir mieux vaut se trouver dans l’entourage du Roi-Président qui distribue faveurs et distinctions. C’était vrai du temps des Rois, il en est de même sous les Présidents de la République. La Cour nait toujours du pouvoir et n’existe que par lui. Véritable institution, son cérémonial a inspiré les États modernes fortement centralisés, lieu d’intrigues et de cabales, de jalousie et d’ambitions. Chacun songe à s’élever, à plaire, à servir ou à nuire, les apparences ou positions à proximité du Roi-Président tiennent lieu d’instrument de mesure de l’influence. Qui peut dire que ce tableau, datant des siècles passés, nʼest pas d’actualité? Partout dans le monde, des pratiques mystiques rythment la vie politique et peuvent influer sur les décisions des hommes et femmes politiques. Mitterrand consultait régulièrement la célèbre astrologue Elisabeth Tessier avant de prendre des initiatives, parfois même sur les questions internationales. Jacques Chirac et Valérie Giscard d’Estaing ont consulté, à maintes reprises, des marabouts africains et parfois des féticheurs. Quand François Mitterrand est élu, lors de son investiture, une pluie fine tombe sur Paris, elle est considérée comme un symbole positif. En revanche, la pluie qui a accompagné Hollande et la foudre qui l’a obligé à faire demi-tour de son voyage vers Bonn, est interprétée comme un mauvais présage pour son mandat. Au Sénégal, les prévisions annoncées par les Saltigués et leur impact sur les populations ont suscité des réactions de la part de certains acteurs politiques pour en limiter la portée.

 

La politique a aussi son côté sombre, celle des pratiques liées à la magie noire exigeant des sacrifices humains. Des enfants sont enlevés, de malades mentaux tués, des albinos traqués, des corps dépecés, c’est une triste réalité dans de nombreux pays. C’est dire que les hommes politiques ne se fixent pas de limites et sont prêts à tout pour conquérir et conserver le pouvoir. Ils vivent ainsi de leur mystique et meurent de leur politique.

 

P a r  M m e  F a t i m é   R a y m o n n e  H A B R E

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