Le président du parti Rassemblement National des Démocrates Tchadiens (RNDT – Le Réveil), Pahimi Padacké Albert, après avoir dirigé le gouvernement de la première manche de la transition, suite au décès tragique du Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, fait l’analyse de la situation sociopolitique actuelle au Tchad dans cette interview accordée à Tchadinfos.com. Il est inquiet quant à la suite de la transition en cours, surtout de l’organisation du référendum constitutionnel et des élections démocratiques, libres et transparentes.

En votre qualité d’ancien Premier ministre de transition, quelles ont été les défis auxquels vous avez été confronté pendant la première phase de transition et comment les avez-vous surmonté ?

Merci de nous donner l’occasion de s’exprimer sur la gestion de la première manche de la transition. D’abord, il faut rappeler que le décès du Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, de manière tragique face à une attaque venue du Sud de la Libye, vers le Nord Kanem, a fait planer un risque évident de déstabilisation et de chaos. Le pays et la communauté internationale étaient très inquiets. C’est ainsi que le Conseil Militaire de Transition (CMT) m’a sollicité pour apporter ma contribution à la stabilisation de la situation et d’éviter que le pays n’implose. C’était cela le vrai défi.

Par un langage de vérité et de persuasion, nous avons entamé une large consultation avec l’ensemble des forces vives du pays, que ce soit politique ou société civile ou religieux. Et chaque composante de la nation a compris l’enjeu et de façon unanime, les Tchadiens se sont mis ensemble pour éviter que leur pays ne sombre. Et la première transition s’est gérée dans ce contexte d’unité, d’union sacrée du peuple pour la préparation du dialogue et asseoir ensemble le Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS). Je puis vous dire que c’est par la vérité et la persuasion que nous avons pu relever le défi d’éviter le chaos au pays et de réaliser l’unité des fils du Tchad pour être au chevet de leur pays.

Après l’organisation du Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS), quel est votre appréciation de la transition post-DNIS ?

Nous avons réussi a organisé le DNIS et il est reconnu au niveau national qu’international que le premier segment de la transition a été un franc succès. Le DNIS, c’est l’ensemble des forces vives qui ont accepté d’aller à ce dialogue. Je ne serai pas aussi loquace sur les décisions de ce dialogue car en ma qualité de Premier ministre, j’étais responsable et j’en assumais cette responsabilité d’organiser un dialogue pour amener tous les Tchadiens à se regarder dans les yeux, à se parler et à dessiner de nouvelles pages de leur pays, et dès lors que le DNIS est indépendant et souverain, les décisions prises ne sont plus de la responsabilité du gouvernement. Mais est-ce que les meilleures décisions ont été prises ou pas ? Ce n’est pas de ma responsabilité d’en juger.

Je dis et le répète tous les temps, c’est la qualité des élections, la durabilité de la paix au terme de la transition qui détermineront la qualité des matériaux utilisés pour la refondation du Tchad.

Pour ce qui concerne la seconde phase de transition, je n’ai pas la prétention de juger mais je dirais simplement que le défi de la transition est de refonder la paix par des élections libres et transparentes. Si nous ratons cette étape d’organisation d’une paix par des élections libres, nous aurions raté la transition. Mais le plus grand défi, c’est la transparence des élections.

Les événements du 20 octobre 2022, ces bilans contradictoires, le procès des manifestants suivi de leur grâce présidentielle, l’exil des organisateurs de cette marche … quel commentaire faites-vous ?

A chaque fois que nous avons du sang qui coule dans ce pays, nous ne pouvons pas être insensibles. Le 20 octobre 2022, il y a eu mort d’hommes, ce qui est regrettable étant entendu que dans une phase de transition, ce qui doit être recherché c’est l’unité et l’inclusivité. Je profite pour exprimer ma solidarité avec les victimes et dire qu’il faut faire en sorte que ceci ne se reproduise plus dans notre pays. Que ce soit ceux qui sont en exil, que ce soit ceux qui s« nt encore en prison, je dirai d’abord, la grâce présidentielle est déjà un pas, mais qu’il faut aller au-delà parce que la grâce présidentielle n’est pas de l’amnistie. Il faut aller plus loin en rassurant tout le monde pour que ceux qui ont quitté le pays puissent revenir. Parce qu’on ne peut pas construire une nation par un sentiment de victoire d’une partie du pays sur une autre. Il faut amener les gens par la persuasion et c’est un travail à faire au quotidien. Il ne faut pas vaincre nos compatriotes mais les convaincre. Personnellement, je suis résolument engagé sur la voie de convaincre nos compatriotes et on ne peut les convaincre aussi que par la promotion des valeurs de justice et d’égalité.

Après votre départ de la Primature, beaucoup estiment que vous avez adopté un ton un peu

Après votre départ de la Primature, beaucoup estiment que vous avez adopté un ton un peu critique. Que répondez-vous et quelle est votre relation aujourd’hui avec les autorités de transition ?

Je n’ai pas adopté un ton critique après mon départ de la Primature. J’ai toujours été critique et même avec moi-même quand j’étais aux affaires. Je suis de nature à ne pas être satisfait par mes propres actes d’abord car je cherche la perfection et que je ne suis pas parvenu encore. Je suis toujours en quête de la perfection.

Quel rapport avec les autorités de transition ? D’abord, à l’ouverture de la transition, on sortait d’une élection présidentielle et j’étais candidat du RNDT – Le Réveil face au Maréchal du Tchad. Nous sommes arrivés en deuxième position. Même si on ne fait pas beaucoup de bruit, nous étions la principale force de l’opposition face à Idriss Déby Itno. Nous ne sommes pas alliés au pouvoir. Dès lors que nous ne sommes pas alliés, nous avons accepté de diriger le gouvernement de transition, dans le cadre d’un consensus national pour éviter que la guerre ne s’installe dans notre pays. J’ai accompli ma mission au terme des 18 mois avec dignité et honneur grâce à Dieu et au soutien du Président du Conseil Militaire de Transition et au soutien du Conseil Militaire de Transition lui-même.

Je reste citoyen tchadien et je suis attaché à la paix dans mon pays donc si l’on trouve que je hausse le ton, c’est que j’ai vu les actes qui ne vont pas dans le sens de renforcement des acquis, de la capitalisation de la marche vers la paix. Cette capitalisation, c’est l’inclusivité qu’on a réussi à mettre en place pour l’organisation du dialogue. Et cette inclusivité ne s’arrête pas avec le dialogue. Le 20 octobre n’est pas arrivé comme un grain de sable mais comme un caillou dans la chaussure de la transition. Cela rompt l’inclusivité et pour moi, c’est un risque. Ensuite, une transition a pour finalité d’arriver à l’organisation des élections libres, transparentes de sorte que les Tchadiens ne se réconcilient pas seulement dans une salle au Palais du 15 janvier à l’occasion d’un dialogue. Mais que le Tchad populaire se réconcilie à l’occasion des élections libres et transparentes et acceptées par tout le monde. Au soir des telles élections, que des Tchadiens se retrouvent pour fêter la démocratie.

J’ai critiqué la mise en place de la Commission Nationale pour l’Organisation du Référendum Constitutionnel (CONOREC) et du Cadre de Concertation, mais simplement parce que je vois à travers ces choses, des signes qui sont des menaces pour le peuple. En Afrique, de façon générale, nous n’avons pas un corps d’administrateur indépendant qui puisse gérer des élections comme dans les grandes démocraties. Nous avons une administration partisane. Mettre en place une structure électorale entre les mains d’une administration elle-même partisane, conduit inexorablement vers des élections contestées. Le problème c’est de faire en sorte que les élections ne soient pas contestées d’où la position que j’ai prise de mettre en place plutôt une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), intégrant les principaux acteurs du pays afin que chacun puisse témoigner de la transparence des élections et que chacun puisse accepter en mettant en place une structure pour vaincre les suspicions. Ma préoccupation, peut-être que les gens n’ont pas compris mais vraiment je suis préoccupé par cela.

Pensez-vous que le délai de la transition de deux ans sera respecté pour un retour à l’ordre constitutionnel et remettre le pouvoir entre les mains d’un civil ?

Je n’ai pas un bâton magique et je ne vais pas spéculer sur la mission du gouvernement de transition à qui je souhaite succès parce que son succès c’est l’organisation d’une élection libre et transparente même si j’ai des inquiétudes aujourd’hui. La question est-ce que l’élection présidentielle aura lieu au terme du délai prescrit ? Je le souhaite mais j’ai des doutes. J’ai des doutes parce que je rappelle que j’ai été candidat à l’élection présidentielle de 2021 mais je reconnais aussi qu’une partie de l’opposition a boycotté cette élection avec motif que le fichier électoral n’était pas bon. Si aujourd’hui, nous devons aller à une élection transparente, que ferait cette partie de l’opposition qui avait boycotté l’élection présidentielle de 2021 en reprochant la qualité du fichier électoral ? Notre démarche est d’avoir l’inclusivité et pour avoir l’inclusivité, il faut revisiter ce fichier pour rassurer ceux qui avaient boycotté la présidentielle en 2021.

Maintenant, quel temps avons-nous pour revoir le fichier électoral ? Nous entrons en saison des pluies. Or, d’ici deux mois, les pistes ne seront fréquentables, circulables au Tchad. Nécessairement, cela nous renvoie à après la saison des pluies pour un recensement électoral et si le recensement électoral doit intervenir après la saison des pluies, je crains qu’on ne soit pas dans le temps d’arriver à un bon référendum et arriver au terme d’une bonne élection présidentielle.

Si jamais le Président de Transition, Mahamat Idriss Déby Itno, doit se présenter à l’élection présidentielle d’après la transition, ne pensez-vous pas que le pays va entrer dans un nouveau cycle infernal de manifestations, de tensions sociales comme à l’époque de son défunt père ?

D’abord, je ne suis pas de ceux qui pensent que le président Mahamat Idriss Déby Itno, est à la tête de l’Etat par la succession dynastique, et je ne suis pas pour une succession dynastique. Mais par contre, je ne suis pas non plus d’accord par une discrimination pour patronyme. Ce n’est pas parce qu’il porte le patronyme du défunt Maréchal qu’il doit être interdit de la direction du pays.

Pour moi, le problème n’est pas la candidature de Mahamat Idriss Déby Itno mais le sujet c’est la transparence des élections. Qu’il soit candidat ou pas, que les élections soient transparentes et que les Tchadiens aient l’occasion de choisir librement celui qui va présider la destinée de leur pays. Donc il ne faut pas qu’on déplace le débat sur un terrain personnel mais sur un terrain de recherche de transparence, de sincérité des élections pour que chacun aille à arme légale. Je ne suis pas inquiet à la candidature de qui que ce soit mais inquiet par rapport à la qualité des élections car si nous n’arrivons pas à organiser des élections libres et transparentes, il y a risque pour notre pays.

Rappelant la brouille entre le Tchad et l’Allemagne, comment trouvez-vous la diplomatie tchadienne ?

Je n’ai pas d’instrument d’appréciation mais le gouvernement, dans son communiqué, a parlé de courtoisie et j’ai peur que sans nous fournir davantage des éléments d’appréciation, le rappel à la courtoisie simple ne peut justifier une telle décision. Personnellement, j’attends des éléments plus profonds qui justifient une telle décision parce que la gouvernance d’un pays est extrêmement compliquée. Il faut savoir que dans une transition, nous avons besoin de rassurer nos partenaires. Et l’Allemagne est la première puissance européenne qui apporte la plus grosse contribution financière au sein de l’Union européenne et il faut tout mettre en œuvre pour ne pas créer des tensions avec nos partenaires. Au-delà de cela, je n’ai pas des commentaires à faire en attendant les éléments qui ont fondé cette décision. Je dis simplement que la diplomatie tchadienne doit œuvrer à renouer le fil car ce n’est pas bon pour un pouvoir de transition d’être en crise avec ses partenaires.

Le conflit au Soudan, faut-il craindre les répercussions sur le Tchad ?

A priori, en termes de conflictualité en Afrique, nous sommes une sous-région où il y a suffisamment d’interpénétration. Le Tchad a subi un contre-coup des crises au Soudan, notamment du Darfour. La circulation des armes lourdes et légères dans un tel conflit peut avoir des répercussions claires sur nos frontières. C’est pourquoi j’approuve la démarche actuelle du Président de Transition, Mahamat Idriss Déby Itno, pour faire en sorte que la paix et le calme revienne car si la case de ton voisin brûle, il faut aider à éteindre au lieu d’attendre son extension. Donc le conflit au Soudan est une situation qui doit préoccuper le Tchad.

Le Tchad fait face à la multiplicité des conflits intercommunautaires, le dernier conflit, celui du département des Monts de Lam. Qu’est-ce qui peut expliquer cela et selon vous, que faire pour mettre fin à ces conflits ?

La fin des conflits intercommunautaires au Tchad demande un travail de fond. Le problème est plus profond. Nos méthodes de développement d’agriculture et d’élevage sont restées archaïques. Nous sommes restés dans un élevage de transhumance où l’éleveur va à la recherche de l’eau et de pâturage sur des zones agricoles où les paysans eux-mêmes par le phénomène de la démographie se retrouvent en train d’étendre leurs champs dans une agriculture extensive n’ayant pas les éléments pour faire une agriculture intensive.

Pour faire face à cela, il faut investir dans la maitrise de l’eau dans le Sahel pour freiner l’élevage de transhumance, installer des fermes et produire des fourrages dans les zones d’élevage. Il faut installer avec l’appui des partenaires des abattoirs frigorifiques pour exporter la viande afin que l’éleveur puisse profiter de son élevage, installer des tanneries, des chaines de cuir pour créer de l’emploi, etc. Ainsi, on va créer de la richesse pour l’éleveur, des emplois pour des jeunes tchadiens et de la plus-value pour notre pays. Il faut ensuite améliorer le système de production agricole pour que nos paysans aient une agriculture intensive, avec peu d’espaces mais des grosses récoltes. Si tout ceci est fait, nous pouvons avoir la paix.

Votre successeur, Saleh Kebzabo, estime que le référendum à venir est sans enjeu. Ce qui a suscité votre réaction. Avec la mise sur pied de la CONOREC, que pensez-vous de la préparation du référendum en cours ?

Il a bien dit que le référendum n’a pas d’enjeu et cela m’a fait réagir et beaucoup ont cru que c’est une attaque personnelle, mais non ! Je m’exprime toujours sur des questions nationales. Le DNIS a été très clair que la forme de l’Etat ne peut être discuté en salle et que c’est le peuple qui doit se prononcer. J’étais surpris d’entendre que ce ne soit pas un sujet à enjeu. Si nous voulons refonder la paix, j’ai toujours dit qu’il ne faut pas aller avec l’idée de vaincre mais de convaincre.

Je rappelle que dans le programme politique du RNDT – Le Réveil, la forme de l’Etat doit être tranché par référendum et nous avons dit cela depuis 1996. Maintenant s’agissant de la CONOREC, même si le Premier ministre Saleh Kebzabo, a pensé que ce n’est pas un sujet à enjeu, son parti a reconnu quelques semaines après que j’avais raison en sortant un communiqué pour dénoncer la mise sur pied des démembrements de la CONOREC. On a eu tort d’avoir eu raison trop tôt. Aujourd’hui, la CONOREC va nous amener vers des contestations électorales qui vont nous amener vers des troubles. C’est le risque que je vois venir. Une CONOREC présidée en province par un gouverneur non indépendant, par un préfet, un sous-préfet partisan, quelles élections voulez-vous ? C’est bien le gouvernement qui a mis sur pied par texte réglementaire ces structures alors même si le Premier ministre semble se plaindre aujourd’hui, il est le principal responsable de la CONOREC, qui va inévitablement nous conduire dans des problèmes. Cela est inquiétant.

Aussi, la Primature, par le biais de son Directeur de Cabinet vous a accusé de n’avoir recruté que vos parents, les membres de votre parti à la Primature lorsque vous étiez Premier ministre de transition. Que répondez-vous aujourd’hui ?

C’est vous qui le dites et non la Primature. La Primature ne peut parler de mes proches parents car ce sont aussi les parents de l’actuel Premier ministre. C’était une question des militants et cela m’a amusé. Quand vous êtes chef d’une administration, vous en êtes le responsable. Et tous ceux qui ont des activités passent par une demande d’autorisation. Lorsque vous signez, c’est vous qui avez autorisé pour que les gens partent donc si les gens vident le bureau, vous en êtes responsable. Et cela m’a amusé.

Ensuite, si vous voulez dégager quelqu’un d’un poste, cela s’appelle le pouvoir discrétionnaire de nomination sans avoir à chercher des alibis ou des prétextes infondés. Et la preuve aujourd’hui à la Primature, c’est que l’essentiel des personnes que j’avais nommées sont renvoyées pas pour incompétence mais pour leur position politique. Or, en arrivant à la Primature en 2021, j’ai hérité d’une situation où il n’y avait pas d’archives, du personnel et de local. C’est une Primature que nous avons fondé à partir de rien. Si les gens trouvent qu’il faut dégager ceux qui étaient là pour mettre les leurs, ils sont libres de le faire sans chercher des prétextes.

Quelle est votre vision de l’avenir du Tchad ?

Comme toute transition, vous avez à faire à deux courants. Le premier courant ce sont ceux qui ont les avantages du pouvoir qui font tout pour que rien ne bouge. C’est normal. Et ceux de l’opposition qui pensent que le moment est venu de tout renverser la table et tout récupérer. Entre les deux, il faut une position médiane qui privilégie les intérêts publics et que les deux extrêmes ne dominent pas la scène. Si un extrême domine la scène politique, nous sommes partis pour le chaos. Pour qu’il y ait de concession mutuelle entre les Tchadiens, il faut privilégier l’intérêt national, en faisant en sorte qu’au terme de cette transition, les Tchadiens sortent ressoudés et ressouder n’est pas très difficile car les Tchadiens n’ont besoin que de la paix. Maintenant les conditions pour qu’il y ait cette paix, il faut se focaliser sur la promotion des valeurs de justice, d’égalité, d’équité. En promouvant ces valeurs, il faut que nous arrivions au terme de la transition à des élections vraiment sincères, que les Tchadiens se retrouvent qu’en rentrant, ils ont voté leur candidat et que leurs votes soient pris en compte. La condition de la paix, c’est convaincre, remettre le pouvoir entre les mains du peuple. J’appelle les Tchadiens, le gouvernement et les partenaires à œuvrer pour la restitution du pouvoir au peuple souverain à travers des élections libres et transparentes. Voilà les garanties pour la paix au Tchad

Le Tchadanthropus-tribune avec Tchad info

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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