L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Tchad) a clos jeudi un atelier stratégique consacré à la révision de son Plan de travail 2026, dans un contexte marqué par la volonté des autorités de mieux encadrer un secteur pétrolier dominant et un secteur minier en pleine expansion. La rencontre a mis en évidence les attentes élevées placées sur l’ITIE, mais aussi l’ampleur des défis à relever pour améliorer la gouvernance extractive du pays.

 

Au cours des deux jours de travaux, administration, entreprises et société civile ont passé en revue les faiblesses persistantes du processus ITIE, notamment la qualité inégale des données, les retards de divulgation et le manque de coordination institutionnelle. Ces insuffisances avaient valu au Tchad un score de 64,5/100 lors de la dernière évaluation internationale en 2022, assorti de mesures correctives à mettre en œuvre d’ici avril 2026.

Pour la nouvelle coordonnatrice nationale, Salama Ibni Oumar, nommée le 28 juillet, le redressement du processus est devenu une priorité, d’autant que le Tchad s’apprête à diversifier son économie extractive. « La transparence doit devenir un outil de gestion et un élément d’attractivité », a-t-elle déclaré en clôturant les travaux. Elle plaide pour un fonctionnement plus rigoureux et une meilleure intégration des exigences de la Norme ITIE 2023, qui introduit de nouveaux volets tels que la lutte contre la corruption, la transition énergétique, la divulgation de la propriété réelle ou encore la transparence des audits fiscaux.

 

Le secteur pétrolier continue de représenter la principale source de revenus du pays. Selon le dernier rapport ITIE, il compte pour plus de 70 % des recettes budgétaires et près de 90 % des exportations. Mais la montée en puissance de l’or, dont la production artisanale a été estimée à plus de huit tonnes en 2022, change progressivement les équilibres. Les autorités y voient un potentiel économique, mais aussi un risque en l’absence d’un cadre de gouvernance solide. Le défi consiste à structurer un secteur largement informel, sujet à des flux incontrôlés et à des tensions locales.

Dans ce contexte, l’ITIE entend se positionner comme un instrument de stabilisation et de transparence. Les participants ont convenu de la nécessité de fiabiliser les données publiques, de mettre à jour les registres pétroliers et miniers, d’améliorer la remontée d’informations des entreprises et de renforcer les capacités des administrations chargées du contrôle. Le plan de travail 2026, adopté à l’issue de l’atelier, doit servir de feuille de route à ces réformes.

 

L’enjeu dépasse le strict cadre technique. Les autorités souhaitent rassurer les partenaires internationaux et attirer des investisseurs dans un secteur minier encore peu structuré. Une amélioration du score ITIE lors de la prochaine évaluation constituerait un signal favorable, alors que le Tchad cherche à renforcer sa crédibilité économique à la suite du lancement de son Plan national de développement.

Pour Salama Ibni Oumar, la nouvelle dynamique engagée à Bakara doit permettre de replacer l’ITIE au centre de la gouvernance extractive. « Les attentes sont fortes et les délais serrés », a confié un participant, soulignant que le succès dépendra de la capacité du processus à mobiliser de manière cohérente les administrations concernées.

 

Le Tchad aborde ainsi une phase déterminante. Entre impératif de transparence, pressions économiques et basculement progressif vers les activités minières, le rôle de l’ITIE pourrait devenir plus stratégique que par le passé. Mais sa montée en puissance dépendra de la transformation effective des engagements adoptés lors de cet atelie. (TI).

Tchadanthropus-tribune

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