En marge du 7ᵉ sommet Union africaine–Union européenne à Luanda, le secrétaire général du ministère tchadien des Affaires étrangères, Chef de mission, Dr Djangbeye Guelngar Évariste, nous a accordé un entretien, évoquant les 25 ans de partenariat UA-UE, la sécurité au Sahel, l’accueil des réfugiés soudanais et la coopération Tchad–UE.

 

Vous prenez part à une rencontre d’envergure, réunissant chefs d’État africains et européens. Les travaux se déroulent en grande partie à huis clos. Quelle dynamique se dégage de ces échanges de haut niveau, notamment autour du bilan des 25 ans de partenariat UA-UE ?

 

La session à huis clos réunit les chefs d’État et de gouvernement autour du thème central : paix et prospérité basées sur un multilatéralisme efficace. Les débats sont sereins, mais orientés vers l’évaluation d’un partenariat qui a maintenant un quart de siècle. Chaque pays a fait un diagnostic de sa relation avec l’UE. Pour le Tchad, cela s’inscrit dans la continuité des consultations politiques tenues récemment à N’Djamena. Parler de “multilatéralisme efficace”, c’est reconnaître qu’il y a un problème, et les États travaillent justement à redéfinir cela pour un engagement renouvelé au bénéfice des peuples africains et européens.

Sécurité, développement, investissements : ces thèmes reviennent dans les discours officiels. Comment résonnent-ils avec les réalités tchadiennes, notamment dans un Sahel sous tension ?

 

S’il y a un domaine dans lequel le Tchad a bâti une expérience, c’est bien la sécurité. On ne peut pas évoquer le développement sans parler du nexus paix-sécurité. Nous faisons face à une forte pression sécuritaire au Sahel et dans la sous-région, mais nous restons le seul pays qui continue d’ouvrir ses frontières aux réfugiés. Le drame de El Fasher est un événement que l’humanité n’oubliera pas, mais le Tchad maintient une politique d’accueil, notamment à Adré, Tiné ou Goz Beïda. C’est une politique humaine, malgré un contexte difficile.

Le Tchad absorbe des flux massifs de réfugiés soudanais alors même que ses propres infrastructures et ressources sont sous pression. Quel message portez-vous ici à Luanda sur ce défi humanitaire et sécuritaire ?

 

Oui. Nous avons toujours évoqué deux points : d’abord la sécurité, accueillir nos frères soudanais nous expose directement et ensuite le manque de communication internationale. Les crises hors d’Afrique sont plus visibles ; ce qui se passe au Soudan n’est pas connu du monde. Nous plaidons pour que l’on communique davantage. Ensuite, il ne suffit pas d’apporter une réponse humanitaire. Il faut une solution politique : les belligérants doivent comprendre qu’ils détruisent un pays et qu’il faut s’asseoir pour faire la paix. Nos capacités d’accueil sont dépassées : un centre prévu pour 60 000 personnes en reçoit bien plus. Nous continuons à tendre la main, mais nous appelons les partenaires à renforcer le soutien au Tchad.

Vous avez récemment tenu une consultation politique Tchad–Union européenne à N’Djamena. Quel est aujourd’hui votre niveau de confiance dans ce partenariat bilatéral ?

 

Le mois dernier, nous avons tenu une consultation politique Tchad-UE à N’Djamena. Cela nous a permis de passer en revue tous les aspects du partenariat.

 

Peut-on dire que ces échanges se font dans la transparence et la franchise, notamment au regard de la nouvelle doctrine diplomatique du Tchad axée sur la souveraineté ?

 

Avec sincérité. La ligne du maréchal est claire : la politique étrangère du Tchad repose sur la souveraineté. Nous ne venons pas quémander ; nous venons en État souverain, pour proposer des solutions. À Abu Dhabi, lors du PND, le Tchad n’a pas demandé : il a présenté des projets. Nous vendons des projets. Les investisseurs voient qu’il y a des choses à faire et ils viennent. Tout se discute sur la base de la souveraineté.

 

Le PND Tchad Connexion 2030 est au cœur de la stratégie de développement nationale. Entendez-vous le porter également ici à Luanda, dans les échanges officiels ou bilatéraux ?

 

Nous venons pour parler du bien du pays. Aucun sujet n’est écarté. Tout ne se traite pas en plénière ; certaines discussions franches se déroulent en bilatéral. Chaque fois que l’occasion se présentera, nous en parlerons(TchadInfos)

Tchadanthropus-tribune

[elfsight_social_share_buttons id="1"]
755 Vues

Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article
Vous devez vous connectez pour pouvoir ajouter un commentaire