Sur fond de vague d’homophobie et d’arrestations pour homosexualité présumée, les députés sénégalais ont voté la loi qui réprime les relations entre personnes du même sexe par 135 voix pour, aucune contre et trois abstentions.

Le ministre sénégalais de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Bamba Cissé devant le Parlement pendant l’examen du projet de loi visant à durcir les sanctions contre l’homosexualité. Dakar, le 11 mars 2026.
Le ministre sénégalais de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Bamba Cissé devant le Parlement pendant l’examen du projet de loi visant à durcir les sanctions contre l’homosexualité. Dakar, le 11 mars 2026. © SEYLLOU / AFP.

La loi qui double les peines sanctionnant les relations homosexuelles a été votée, ce 11 mars, par l’Assemblée nationale sénégalaise. Adoptée par 135 voix pour, aucune contre et trois abstentions, le nouveau texte prévoit des peines allant de cinq à dix ans de prison.

La peine maximale sera prononcée si l’acte a été commis avec un mineur, selon le texte. Celui-ci prévoit aussi des amendes de 2 à 10 millions de francs CFA (3 048 à 15 244 euros), contre 100 000 à 1 500 000 de francs CFA (152 à 2 286 euros) auparavant.

La loi entend toutefois punir toute personne qui se lancerait dans la « dénonciation abusive faite de mauvaise foi » de supposés homosexuels et prévoit des sanctions pénales contre la promotion de l’homosexualité au Sénégal.

Arrestations en série

Elle doit désormais être promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye, qui fera ainsi de son pays l’un des plus répressifs en Afrique contre les personnes LGBT+. Depuis plusieurs semaines, le Sénégal est agité par la question de l’homosexualité, un sujet qui revient régulièrement dans les débats ces dernières années.

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Celui-ci est devenu plus brûlant que d’habitude depuis l’arrestation, début février, de 12 hommes, dont deux célébrités locales, accusées d’ « actes contre nature ». Depuis, de nouvelles arrestations sont signalées quotidiennement dans la presse. Certaines des personnes interpellées sont également accusées d’avoir volontairement transmis le sida à leurs partenaires.

« Une belle loi »

« Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. Les homosexuels n’auront plus la liberté d’expression dans ce pays », a lancé du haut de la tribune la députée Pastef Diaraye Bâ, sous les applaudissements de certains de ses collègues. Le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, qui représentait le gouvernement, a qualifié le texte de « belle loi ».

Depuis plusieurs années, des associations religieuses très influentes réclament la « criminalisation » de l’homosexualité. Celle-ci est largement considérée comme une déviance au Sénégal et le durcissement législatif est une promesse de longue date du camp au pouvoir, porteuse politiquement dans ce pays.

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L’homosexualité y est aussi souvent dénoncée comme étant un instrument employé par les Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères à la culture locale. « Le Sénégal est un pays ouvert au monde. Mais cette ouverture ne peut justifier que nous renoncions à nos valeurs », a expliqué le ministre de l’Intérieur.

« Une loi de tromperie »

Avec cette nouvelle loi, la qualification juridique des relations homosexuelles ne change pas et reste « un délit », ce qui est suffisant pour « obtenir ce que nous voulons et même plus », a estimé le Premier ministre, Ousmane Sonko.

Mais comme il avait initialement promis pendant ses campagnes électorales d’en faire un crime, l’opposition et des militants lui reprochent de ne pas avoir tenu parole. « Vous [la majorité] menez une politique basée sur le mensonge. Je ne voterai pas cette loi car c’est une loi de tromperie », a martelé Thierno Alassane, un député de l’opposition.

(Avec AFP)

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