Plusieurs dizaines de recrues venues de Colombie ont fait escale dans la capitale centrafricaine avant de rejoindre les rangs des RSF début mai. L’opération est intervenue dans un contexte de fortes tensions régionales autour du conflit soudanais.

Un nouveau point de friction se dessine entre Bangui et Khartoum. Les relations entre Faustin-Archange Touadéra et le général Abdel Fattah al-Burhan risquent de se tendre davantage après l’arrivée en Centrafrique, le 1er mai, d’une dizaine de paramilitaires colombiens à bord d’un Boeing 737 de Royal Air Maroc reliant Casablanca à Bangui via Douala. L’appareil a atterri dans la capitale un peu avant 6 heures du matin.

Ces hommes ont ensuite embarqué à bord de plus petits appareils en direction de Birao, avant de franchir la frontière vers Nyala, au Soudan, afin de rejoindre les rangs des Rapid Support Forces (RSF) de Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti ». C’est là que siège le centre de commandement des RSF ainsi que leur gouvernement parallèle, baptisé Tasis, qui s’oppose frontalement à celui du général Abdel Fattah al-Burhan, replié à Port-Soudan.

Cette opération intervient dans un contexte de fortes tensions régionales autour du conflit soudanais. Depuis plusieurs mois, Faustin-Archange Touadéra tente de maintenir un équilibre délicat entre son soutien officiel à Abdel Fattah al-Burhan et son rapprochement progressif avec les Émirats arabes unis, principal soutien des RSF. Abu Dhabi cherche à renforcer son implantation logistique dans le Nord-Est centrafricain, notamment à Birao, dans la préfecture de la Vakaga.

Réseau des « Loups du désert »

Située à proximité des frontières soudanaise et tchadienne, cette ville constitue un verrou stratégique entre le Darfour, le nord-est de la Centrafrique et l’est du Tchad, dans une zone marquée par les trafics transfrontaliers, les mouvements de groupes armés et les circulations de combattants. Ce transit de paramilitaires colombiens via Bangui pourrait accentuer la méfiance des autorités soudanaises envers le pouvoir centrafricain. Contactées par Africa Intelligence, les RSF démentent toutefois ces informations, les qualifiant de propagande issue de Port-Soudan.

Le recours à d’anciens militaires colombiens dans la guerre soudanaise s’est progressivement structuré autour de réseaux privés de recrutement opérant entre Bogota, Abu Dhabi et le Darfour. Au cœur de ces filières figure le réseau des « Loups du désert », un groupe informel de mercenaires hispanophones associé au colonel retraité italo-colombien Alvaro Quijano, sanctionné par Washington.

Plusieurs sociétés de sécurité servent de relais pour ces recrutements, notamment l’académie pour la formation à la sécurité A4SI, fondée par Claudia Viviana Oliveros Forero, ainsi que la société émirienne Global Security Service Group (GSSG), basée à Abu Dhabi. D’autres structures installées à Bogota, comme Fenix Human Resources, ont déjà participé à des opérations de recrutement destinées aux RSF.

Ces anciens militaires colombiens, souvent issus des forces spéciales ou des unités de contre-insurrection, sont particulièrement recherchés pour leur expérience du combat, leur maîtrise des opérations en zone hostile ainsi que leurs capacités d’encadrement tactique. Leur présence illustre l’internationalisation croissante du conflit soudanais et les moyens financiers mobilisés par les différents acteurs engagés dans la guerre.

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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