4 juin 2026 Soudan : Le cabinet d’Abdel Fattah al-Burhan étouffe les propositions de son bloc politique.
Le général à la tête des Sudanese Armed Forces avait confié à certains groupes alliés la tâche de préparer la transition politique du Soudan et la formation d’un conseil législatif. Mais leurs propositions semblent rester lettre morte.
C’est un travail de plusieurs mois, qui dort aujourd’hui dans les tiroirs de Dafallah al-Haj Ali. L’ancien ambassadeur en Arabie saoudite, chargé depuis 2025 du suivi des travaux et de la collaboration avec les alliés du Conseil de souveraineté par Abdel Fattah al-Burhan, a récupéré la liste des participants et la feuille de route établie par le Democratic Bloc, censée dessiner les contours d’un Conseil législatif de transition. Trois mois après leurs travaux, les alliés s’agacent de voir leurs efforts en vue de l’après-guerre se heurter au mutisme du commandant des Sudanese Armed Forces (SAF).
Las d’attendre, les alliés se sont rabattus sur les capitales régionales : du Caire à Nairobi ou Addis-Abeba, la classe politique soudanaise multiplie les chartes de désescalade sans jamais obtenir de retour de l’état-major. Pour la première fois depuis le début du conflit, le Democratic Bloc et l’alliance Tasis (ou Sudan Founding Alliance) devront se réunir le 3 juin à la même table dans la capitale éthiopienne pour préparer le dialogue national, sous l’égide du Quintet – rassemblant l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), l’Union européenne (UE), l’Union africaine (UA), la Ligue arabe et les Nations unies (ONU).
Les membres de la délégation du Democratic Bloc – représenté par le gouverneur du Darfour Minni Minnawi – craignent que les travaux ne survivent pas, eux aussi, à l’inertie de Port-Soudan.
Vision commune
En février 2026, les trois poids lourds du Democratic Bloc – alliance qui regroupe les différentes composantes politiques alignées sur l’armée régulière, dont Jaafar al-Mirghani du Unionist Party-Original (DUP-O), Minni Minnawi du Sudan Liberation Movement-MM (SLM-MM) et Gibril Ibrahim du Justice and Equality Movement (JEM) – s’étaient réunis à Khartoum pour la première fois depuis le début de la guerre, déclenchée en avril 2023 entre les SAF et les Rapid Support Forces (RSF).
Les trois hommes avaient annoncé la formation de deux comités chargés d’élaborer une vision commune pour l’avenir politique du Soudan, dont l’un censé notamment rassembler toutes les composantes du paysage politique soudanais pro-SAF.
Chargé de piloter le volet organisationnel de ce plan, Mubarak Ardol, membre du Democratic Bloc, plaidait pour l’élargissement des entités qui composent le groupe, notamment la coalition civile Somoud de l’ancien premier ministre Abdallah Hamdok (AI du 18/03/26).
Promesses de dialogue
Ce n’est pas la première fois que le général Abdel Fattah al-Burhan semble ignorer les propositions pour une issue politique depuis le début du conflit. En décembre 2025, l’ancien porte-parole du JEM, Al-Sadiq Yusuf, avait de son côté réussi à convaincre les services de sécurité de Doha et plusieurs conseillers de l’émir qatarien de parrainer un dialogue national inter-soudanais. Le projet a été gelé par le cabinet de Port-Soudan, alors attiré par les signaux de l’administration américaine de Donald Trump, sous l’influence du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (MbS).
Par la voix de son premier ministre, Kamil Idris (AI du 11/05/26), le régime distille pourtant régulièrement des promesses de dialogue interne au Soudan – le plus récent prévu pour fin mai 2026. Cette ambition, réitérée par Abdel Fattah al-Burhan lui-même, n’a jusqu’à présent pas vu le jour. Les alliés du général craignent à la fois des paroles dans le vent et un dialogue conçu pour n’accueillir que des figures inféodées aux SAF.
En parallèle, les autorités soudanaises menacent de représailles les acteurs civils locaux qui tenteraient d’amorcer des discussions hors de sa tutelle, à l’instar de plusieurs bénévoles des Emergency Response Rooms (ERR) en marge de la conférence de Berlin en avril 2026, à laquelle Port-Soudan n’a pas été convié.
Statu quo
Pour Abdel Fattah al-Burhan, cette stratégie politique vise à conserver la maigre légitimité internationale dont bénéficie le gouvernement de Port-Soudan, tout en empêchant l’émergence d’une alternative politique civile crédible à l’étranger, qui pourrait le marginaliser lors d’une future transition. Sur le plan militaire, il offre un sursis précieux aux généraux des SAF, qui estiment que le sort du pays se joue sur le champ de bataille – dans le Darfour, dans le Kordofan ou dans l’État du Nil bleu – et non autour d’une table de négociations.
Jusqu’à présent, Port-Soudan n’a pourtant pas réussi à effectuer de percée significative auprès des représentations occidentales. Kamil Idris, installé à Genève, ne parvient pas à obtenir de rencontres officielles et doit se contenter de quelques visites techniques.
Une délégation soudanaise plurielle est en cours de constitution pour le troisième trimestre de 2026. Elle devrait associer des représentants du gouvernement, des membres du Democratic Bloc et des chefs de mouvements armés signataires de l’accord de Djouba, au premier rang desquels Minni Minnawi. Cette tournée, planifiée à Paris, à Bruxelles et à Genève, aura pour mission de défendre la légitimité de Port-Soudan et de son projet de dialogue interne. Mais les organisateurs craignent déjà qu’elle ne rejoigne le cimetière d’initiatives de paix qui s’étend aux pieds d’Abdel Fattah al-Burhan.
