En levant l’obligation de visa pour les citoyens africains à partir de 2027, le Tchad rejoint le cercle encore restreint des États du continent qui ont fait le choix de la libre circulation. Une mesure à forte portée politique, qui s’accompagne désormais d’importants défis de mise en œuvre.

À compter du 1er janvier 2027, les ressortissants africains pourront entrer au Tchad sans visa. L’annonce, accueillie par une salve d’applaudissements, a été faite le 15 juillet par le président Mahamat Idriss Déby Itno lors de l’ouverture du Forum africain de l’eau, organisé à N’Djamena en partenariat avec la Banque mondiale.

« Le Tchad, pays de Toumaï, berceau de l’humanité, ouvre ses frontières et supprime les visas d’entrée pour tous les Africains, dès le 1er janvier 2027″, a déclaré le chef de l’État, présentant la mesure comme une « note d’ouverture à toute l’Afrique ».

Une annonce qui a pris de court le gouvernement

L’annonce a surpris jusque dans les rangs de l’exécutif tchadien. « C’était inattendu, je n’étais pas dans la confidence », a concédé à Jeune Afrique Gassim Chérif Mahamat, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, quelques instants après la prise de parole de Mahamat Idriss Déby Itno.

Mais, si le timing avait été gardé dans un cercle très restreint, cette annonce ne s’inscrit pas moins, assure le ministre, dans une forme de continuité. « Le président a toujours soutenu les initiatives africaines et la libre circulation des personnes et des biens, dans notre espace, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), d’abord, mais aussi au-delà. »

Au-delà de sa portée symbolique, la décision répond également à des objectifs économiques. Dans le cadre de son plan national de développement Tchad Connexion 2030, le gouvernement cherche en effet à renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs et partenaires internationaux.

« L’ouverture a toujours été un écueil pour nous, et cela nous a souvent été reproché, constate Gassim Chérif Mahamat. La nature ne nous a pas fait de cadeaux : nous sommes enclavés et le port le plus proche, Port Harcourt, au Nigeria, est à 1 200 kilomètres. » Pour autant, affirme le porte-parole du gouvernement, « nous nous ouvrons : en 2025, nous avons signé douze accords avec autant de compagnies aériennes qui vont venir s’installer au Tchad ».

Dans les couloirs du Forum, les discussions autour de la souveraineté africaine de la gestion de l’eau et des questions sécuritaires, économiques et sociales qu’elle implique ont un temps été éclipsées par l’annonce soudaine. Au sein des délégations présentes, nombreux étaient ceux à saluer une « très bonne décision » et à applaudir « un dirigeant panafricain ».

Du e-visa à la suppression

Reste désormais à passer de la parole aux actes. L’annonce présidentielle intervient alors que le ministère tchadien des Affaires étrangères travaille, depuis plusieurs mois déjà, sur un projet de généralisation du e-visa. Alors que Mahamat Idriss Déby Itno faisait sa déclaration surprise sur la scène du Forum de l’eau, son chef de la diplomatie, Abdoulaye Sabre Fadoul, se trouvait d’ailleurs à Moscou dans le cadre de consultations bilatérales entre le Tchad et la Russie.

La suppression des visas pour les ressortissants africains impose désormais une révision du calendrier et des priorités du ministère des Affaires étrangères. « Nous devons à présent travailler à la mise en œuvre de la décision présidentielle », reconnaît Gassim Chérif Mahamat. « Nous avions déjà mené des travaux sur le sujet en amont », assure, sous couvert d’anonymat, un responsable du ministère des Affaires étrangères, qui promet : « Nous n’avons pas beaucoup de temps, mais nous allons y arriver. »

Selon le calendrier fixé par Mahamat Idriss Déby Itno, le gouvernement dispose désormais d’un peu moins de six mois pour adapter les procédures d’entrée sur le territoire et traduire en actes cette annonce, qui marque un tournant dans la politique d’ouverture du Tchad envers le reste du continent.

Un mouvement qui gagne de l’ampleur sur le continent

Le président tchadien a fait cette annonce face à un parterre de chefs d’État, qu’il avait convié pour cet événement dont il entendait faire une démonstration de force diplomatique : les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), Félix Tshisekedi (RDC), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie) et Romuald Wadagni (Bénin) étaient au premier rang.

En promettant l’exemption de visas à l’ensemble des ressortissants africains, Mahamat Idriss Déby Itno s’inscrit dans un mouvement initié par le Bénin et le Rwanda et qui, depuis, ne cesse de faire des émules : le Ghana a annoncé une mesure similaire en avril dernier, bientôt suivi, le mois suivant, par le Togo et le Congo.

Tchadanthropus-tribune

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