9 septembre 2026 Centrafrique-Tchad : Abdoulaye Miskine, un ancien chef de guerre bien encombrant.
Affaibli après près de sept ans de détention, le chef rebelle centrafricain comparaît de nouveau, ce 24 août, devant la justice tchadienne. Au-delà de son sort judiciaire, c’est la question des fragiles relations entre Faustin-Archange Touadéra et Mahamat Idriss Déby Itno qui se joue.
Dans sa cellule de la prison de Klessoum, à la périphérie de N’Djamena, Abdoulaye Miskine, ancien chef du Front démocratique du peuple centrafricain, 61 ans en octobre prochain, conserve toujours ses médicaments à portée de main. Celui qui fut pendant des années l’une des figures les plus redoutées des rébellions centrafricaines est désormais un « homme diminué », témoigne, sous couvert d’anonymat, une source au sein de la prison où est détenu l’ancien chef de guerre depuis 2019.
« Il refuse les repas qui lui sont servis, il ne se nourrit que des provisions qui lui parviennent de l’extérieur qu’il entrepose dans son petit frigo, seul luxe de sa cellule de 2 mètres sur 3 », détaille notre interlocuteur. Si ses visiteurs se font rares et discrets, il demeurerait néanmoins en contact régulier avec sa famille, notamment à Bangui et à Brazzaville.
Son avocat plaide l’acquittement
Pendant près de deux décennies, le parcours du chef rebelle aura été indissociable des aléas de l’histoire politique et militaire de la Centrafrique jusqu’à son arrestation au Tchad, en octobre 2019, faisant de lui un prisonnier aussi sensible qu’encombrant pour N’Djamena. Depuis bientôt sept ans, Miskine attend que son sort soit définitivement tranché : la justice tchadienne lui reproche notamment la création et la participation à des mouvements insurrectionnels, ainsi qu’une série de crimes. Outre les charges d’enlèvement et de séquestration, il est aussi poursuivi pour assassinats et viols.
À la veille de sa nouvelle comparution, ce 24 août, son avocat affichait pourtant sa confiance. Aboulaye Miskine a « de fortes chances d’être libéré si l’affaire reste purement et exclusivement judiciaire », a assuré à Jeune Afrique Me Benjamin Mamgodibaye. L’avocat, qui réclame l’acquittement de son client, s’appuie sur deux arguments. D’abord, Abdoulaye Miskine étant centrafricain et les faits qui lui sont reprochés ayant été commis en Centrafrique, il ne peut être poursuivi par la justice tchadienne. Ensuite, Me Benjamin Mamgodibaye compte plaider la prescription, « les faits présumés remontant à 2002 et le délai de poursuite en matière criminelle étant de dix ans ».
Un dossier qui dépasse le cadre judiciaire
Depuis ses prémisses, cette procédure dépasse le seul cadre judiciaire. Après l’arrestation du chef de guerre par les autorités tchadiennes, Bangui avait dépêché son ministre de la Justice à N’Djamena pour tenter d’obtenir son extradition, en vain. Selon nos informations, la question a de nouveau été évoquée entre les autorités des deux pays, le 11 août dernier, en marge de la cérémonie de commémoration de l’indépendance à l’ambassade du Tchad à Bangui, à laquelle a notamment assisté le président centrafricain.
Mais le « dossier Miskine » n’est que l’un des nombreux sujets sur lesquels le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le Tchadien Mahamat Idriss Déby Itno négocient dans la perspective d’un apaisement de relations bilatérales marquées par de nombreuses tensions. L’avocat de l’ancien chef rebelle centrafricain, qui évoque un « deux poids de mesure » en défaveur de son client, en veut pour preuve le cas d’Abakar Sabone et d’Al-Khatim, deux anciens chefs de guerre remis en liberté en mars 2025 par N’Djamena, un an après leur arrestation par les services de renseignements tchadiens.
Les liens entre plusieurs groupes armés centrafricains et des hauts responsables tchadiens, réels ou supposés, sont au cœur de la défiance de Bangui envers N’Djamena. La question est d’autant plus sensible que la frontière entre les deux pays vient d’être le théâtre d’une nouvelle montée des tensions. L’attaque d’Am-Dafok, dans l’extrême nord-est de la Centrafrique, par des combattants de l’Alliance pour un sursaut patriotique (ASP) venus du territoire tchadien, a ravivé les soupçons de Bangui.
