14 octobre 2026 TCHAD-France : La page de la défiance se tourne.
Il y a deux ans à peine, on donnait la relation franco-tchadienne pour morte. En novembre 2024, N’Djamena dénonçait l’accord de défense qui la liait à Paris depuis 1958, et les derniers soldats français quittaient le pays au début de 2025. Le 13 octobre 2026, le président Mahamat Idriss Déby Itno était pourtant accueilli avec les honneurs militaires dans la cour de l’Élysée. Entre ces deux dates, une diplomatie patiente a fait son œuvre.
Cette visite de travail s’est conclue par la signature d’une déclaration d’intention entre les ministères des Armées des deux pays. Le texte n’est ni un retour des bases françaises ni un traité en bonne et due forme. Il trace un cadre : formation, expertise, industrie de défense, technologies. Autrement dit, une coopération fondée sur les compétences plutôt que sur la présence de troupes. C’est précisément ce que réclamait le Tchad en rompant l’ancien accord : être traité en partenaire, non en terrain d’implantation.

La délégation tchadienne ne cachait pas sa satisfaction, et on la comprend. Le Tchad vit au cœur d’une région en feu. La guerre au Soudan déverse ses réfugiés et ses armes à l’est, les incursions venues de Centrafrique inquiètent au sud, le lac Tchad reste une zone de menace. Aucun État ne peut surveiller seul des frontières aussi longues et aussi poreuses. Renforcer les capacités de son armée n’est pas un luxe, c’est une nécessité de souveraineté. Cette déclaration d’intention n’est qu’une étape : elle ouvre la voie à un véritable accord de défense, que les deux capitales pourraient signer à l’horizon 2027.
Sans surprise, les opposants politico-militaires désapprouvent ce rapprochement. Ils y voient le retour d’une tutelle et dénoncent une ingérence. Leur voix fait partie du débat démocratique, mais elle ne pèsera pas sur le processus engagé. La décision de 2024 a démontré une chose : c’est N’Djamena qui fixe désormais les termes de la relation. Le Tchad est sorti d’un accord qui ne lui convenait plus ; il en négocie un autre, à ses conditions. Où est la soumission ?
Réduire cette visite au seul volet militaire serait d’ailleurs une erreur. Ce qui tient le plus à cœur au président tchadien, c’est l’économie. Depuis janvier, il le répète : la relation avec la France doit sortir du « tout sécuritaire ». Le forum d’affaires France-Tchad, tenu à Paris le mois dernier, a jeté les bases d’une coopération concrète entre les milieux d’affaires des deux pays. Énergie, numérique, agriculture, infrastructures : les secteurs ne manquent pas, et les besoins non plus.
Bientôt, on verra fleurir des entreprises françaises au Tchad. Encore faut-il que cette présence profite au pays : emplois locaux, transfert de savoir-faire, partenariats avec des entreprises tchadiennes. C’est à cette aune que les Tchadiens jugeront ce partenariat renouvelé, bien plus qu’aux poignées de main sur le perron de l’Élysée.
Paris cherche à garder un pied dans un Sahel devenu hostile ; N’Djamena cherche des investisseurs et un appui pour sa sécurité. Les intérêts convergent, et c’est sans doute la meilleure garantie de durée. Le Tchad n’a pas renoncé à sa souveraineté en revenant à la table de Paris. Il l’exerce.
