14 octobre 2026 Tchad-France : ce que Mahamat Idriss Déby Itno est venu négocier avec Emmanuel Macron.
Après la rupture de leur partenariat militaire fin 2024, Paris et N’Djamena tentent de rebâtir leur relation sur de nouvelles bases. Mahamat Idriss Déby Itno et Emmanuel Macron excluent cependant le retour des troupes françaises sur le sol tchadien.
Les présidents Mahamat Idriss Déby Itno et Emmanuel Macron (au 2nd plan) assistent à la cérémonie de signature d’un accord entre les ministres de la Défense des deux pays, le général Issakha Malloua Djamouss et Catherine Vautrin, à l’Élysée, à Paris, le 13 octobre 2026.
Pour sa deuxième visite officielle en moins d’un an en France, Mahamat Idriss Déby Itno s’est présenté à l’Élysée avec une délégation resserrée. Aux côtés du président tchadien figuraient notamment le ministre de la Défense, le général Issakha Malloua Djamouss, le nouveau chef de la diplomatie, Ahmed Kogri, francophile assumé, et le directeur du cabinet présidentiel, Aziz Mahamat Saleh, qui a fait ses études universitaires en France. Ces deux derniers ont particulièrement œuvré depuis le début de l’année à un rapprochement entre les deux pays.
Reçu par Emmanuel Macron le 13 octobre pour près de deux heures d’échanges, le chef de l’État tchadien a abordé avec son homologue les dossiers sécuritaires, économiques et culturels. Avec un objectif : consolider le rapprochement amorcé après la rupture du partenariat militaire franco-tchadien, fin 2024.
De la rupture à la déclaration d’intention
À l’issue de la rencontre, une déclaration d’intention a été signée par les ministres en charge de la Défense tchadien et français, Issakha Malloua Djamouss et Catherine Vautrin. Son contenu n’a pas été rendu public. L’Élysée indique qu’elle doit permettre de « structurer et développer la coopération bilatérale en matière de défense, notamment dans les domaines de la formation, de l’expertise, de l’industrie et des technologies ». La présidence tchadienne évoque, elle, un texte consacré au « renforcement des capacités industrielles de défense du Tchad ».
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D’après une source proche de la délégation tchadienne contactée par Jeune Afrique, le texte devrait rapidement déboucher sur un accord. Pas question, en revanche, de renouer avec l’ancien dispositif militaire français. Les deux parties ont écarté l’hypothèse d’un retour de troupes françaises au Tchad. « La partie française ne le souhaitait pas et, côté tchadien, il serait difficile de faire accepter à l’opinion l’arrivée de soldats français au Tchad », confie notre source.
Depuis le retrait des derniers militaires français, achevé en janvier 2025, les deux capitales cherchent à reconstruire leur coopération sur de nouvelles bases. En avril, Paris avait envoyé une équipe d’officiers au Tchad pour en évaluer les modalités. Depuis, environ vingt-cinq instructeurs français se trouvent dans le pays pour dispenser des formations. Ils forment notamment les sapeurs-pompiers, la police, la gendarmerie, la garde nomade, l’armée de l’air et la force d’intervention rapide, une unité d’élite créée fin 2023.
Autre signe de cette reprise : le nombre d’officiers tchadiens admis dans les écoles militaires françaises, notamment à Saint-Cyr, est aujourd’hui similaire à celui qui prévalait avant la rupture entre Paris et N’Djamena, selon une source au sein de la délégation tchadienne.
Des investissements aux restitutions
Les discussions ont également porté sur la guerre au Soudan, pays voisin du Tchad, et sur la situation sécuritaire au Sahel. Un espace au sein duquel Paris a perdu une large partie de ses positions militaires et diplomatiques, après les ruptures avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Pour N’Djamena, qui partage une longue frontière avec le Soudan et demeure confronté aux répercussions régionales des conflits, ces enjeux restent particulièrement sensibles.
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Sur le plan économique, les deux pays ont convenu d’une revue de portefeuilles, notamment pour examiner les engagements français au Tchad. Cette démarche fait suite au forum économique tchado-français organisé à Paris le 25 septembre, auquel plus de 150 entreprises françaises ont participé, selon l’Élysée. Transport, logistique, santé et énergie figurent parmi les secteurs prioritaires.
Mahamat Idriss Déby Itno a également profité de son entretien avec Emmanuel Macron pour évoquer la restitution d’œuvres d’art tchadiennes conservées dans les musées français. Le sujet s’inscrit dans le prolongement des débats ouverts par le rapport remis en novembre 2018 à Emmanuel Macron par l’économiste Felwine Sarr et l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, consacré à la restitution du patrimoine africain conservé en France.
Ce document recensait 9 296 objets associés au Tchad au musée du quai Branly-Jacques Chirac, faisant du pays le territoire africain le plus représenté dans les collections étudiées. Huit ans plus tard, le catalogue en ligne du musée répertorie 13 638 œuvres estampillées « Tchad ». Cette augmentation ne signifie pas nécessairement que de nouvelles pièces ont été acquises entre-temps, les méthodes de référencement pouvant varier.
