Le président français se rend du 1er au 5 mars, au Gabon, en Angola, à Brazzaville et en RDC. Objectif : contrecarrer l’influence de la Chine et de la Russie et renouer les liens.

Le programme va s’accélérer pour le président français Emmanuel Macron, qui se rend du 1er au 5 mars dans pas moins de quatre pays d’Afrique centrale, pour un sommet consacré à la protection des forêts équatoriales et pour renforcer des liens bilatéraux dans une sphère d’influence de plus en plus disputée. Ainsi, à Libreville, au Gabon, les 1er et 2 mars, il participera au One Forest Summit consacré à la préservation et la valorisation des forêts du bassin du fleuve Congo, a annoncé, jeudi 23 février, l’Élysée, rapporte l’AFP.

Les temps forts de la tournée de Macron

Avec 220 millions d’hectares de forêts, le bassin du Congo représente le deuxième massif forestier et le deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie à travers plusieurs pays (République démocratique du Congo, Congo-Brazzaville et Gabon notamment).

De l’Afrique au Brésil et l’Asie du Sud-est, ces forêts sont désormais menacées par la surexploitation agricole et industrielle et dans certains cas la production pétrolière.

Emmanuel Macron, qui souhaite intensifier les relations avec les pays anglophones et lusophones du continent, se rendra ensuite à Luanda le 2 mars afin de lancer un partenariat de production franco-angolais en matière agricole.

 

Il poursuivra sa tournée à Brazzaville, au Congo, le 2 mars puis en République démocratique du Congo, les 3 et 4 mars. À Kinshasa, le déplacement sera consacré à « l’approfondissement de la relation franco-congolaise dans les domaines de l’éducation, de la santé, la recherche, la culture et de la défense », a indiqué la présidence française

Un président rattrapé par les réalités du terrain

Cette tournée intervient alors que l’influence de la France est bousculée par la Russie et le groupe de mercenaires russes Wagner dans plusieurs pays d’Afrique francophone, notamment au Mali et en Centrafrique.

 

En juillet, Emmanuel Macron, qui veut faire de l’Afrique une des priorités de son second quinquennat, avait effectué une tournée au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau. Pointant la guerre en Ukraine, il avait alors accusé la Russie d’être « l’une des dernières puissances impériales coloniales » et de mener une nouvelle forme de « guerre hybride » dans le monde. Nombre de pays du Sud, notamment africains, soucieux de préserver leurs intérêts et considérant que cette guerre n’est pas la leur, ont refusé de prendre position sur l’offensive russe menée depuis maintenant un an en Ukraine. Il faut souligner que ces dernières années, Paris est devenu la cible privilégiée du camp russe qui n’hésite pas à faire usage de fake news.

 

Si lors de son premier mandat, le président Emmanuel Macron a clairement affiché sa volonté d’éviter le traditionnel pré carré français en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la donne a changé et son second mandat est marqué par un réinvestissement dans les pays autrefois boudés. L’objectif est de défendre les intérêts français, et renouer les liens politiques, économiques et sécuritaires avec ses partenaires traditionnels, eux aussi courtisés par la Chine, la Russie, la Turquie ou encore les pays du Golfe. Et il y a urgence, car au-delà de la Chine ou de la Russie, il y a aussi une compétition qui se joue entre pays européens. Le Gabon, pays de l’ancien pré carré français, a rejoint en 2022, l’organisation du Commonwealth.

 

En tout cas, sur place, ce voyage suscite aussi la colère d’une partie de la société civile et de l’opposition gabonaise, à six mois de l’élection présidentielle prévue fin août. Cette opposition suspecte Emmanuel Macron de vouloir apporter, via cette visite, son soutien à Ali Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 2009 et dont la réélection en 2016 est toujours contestée. « À tort ou à raison, les Gabonais interpréteront votre arrivée dans leur pays comme l’expression du soutien de la France au régime en place, en vue de favoriser son maintien au pouvoir », peut-on lire dans une lettre datée du 10 janvier, signée par les principaux leaders de groupes d’opposition et de la société civile parmi les plus virulents contre le régime en place. Ancienne colonie française indépendante depuis 1960, cet État d’Afrique centrale de deux millions d’habitants et riche de son pétrole a longtemps constitué un pays clé pour la France sur le continent.

 

Le même soupçon pourrait peser sur le déplacement du chef de l’État français en République démocratique du Congo, alors qu’un scrutin présidentiel est censé s’y dérouler en décembre.

 

Le Tchadanthropus-tribune avec Le point

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