La mise à l’écart en septembre du conseil juridique de l’UA, Guy-Fleury Ntwari, a déclenché un processus de recrutement. Mais le poste, très convoité, fait encore l’objet d’un recours devant le tribunal administratif, cette fois par celui qui l’occupe dans l’intervalle, Mohamed Khalil.

La deadline pourrait être difficile à tenir. Le cabinet de la vice-présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Monique Nsanzabaganwa, qui est responsable des ressources humaines, espère boucler le recrutement d’un nouveau conseiller juridique avant le sommet des chefs d’État qui se tiendra à Addis-Abeba mi-février. Cependant, depuis la mise à l’écart du Burundais Guy-Fleury Ntwari, fin septembre, la direction des ressources humaines est confrontée à certains imprévus.

Le poste aiguise les appétits. À commencer par celui de son titulaire par intérim, le Sahraoui Mohamed Salem Boukhari Khalil, qui a déposé un recours devant le tribunal administratif de l’UA quelques jours après qu’une nouvelle fiche de poste a été diffusée, fin septembre, pour le remplacement de Guy-Fleury Ntwari, recruté en 2022. Mohamed Khalil dénonce la célérité avec laquelle la Commission a publié cette offre, les statuts de l’institution panafricaine exigeant le respect de trois mois d’intérim.

Un combat farouche

Autre difficulté, Mohamed Khalil conteste également la légitimité de la juge marocaine Jamila Sediq à statuer sur le dossier. Aux côtés du Mozambicain Paulo Daniel Comoane et du Namibien Sylvester Mainga, elle compte parmi les trois juges du tribunal administratif de l’UA dont le mandat a pris fin et doit prochainement être renouvelé. Depuis qu’il a pris la relève, le conseiller juridique sahraoui est farouchement combattu par le Maroc, en l’occurrence par son représentant permanent auprès de l’UA, Mohamed Arrouchi (AI du 24/10/23).

En attendant l’issue de ce recours, les candidatures s’empilent sur le bureau de la DRH de la Commission, qui s’est arrêtée sur une shortlist. Des entretiens avec les quatre candidats retenus devraient avoir lieu à partir de la semaine prochaine. Selon nos informations, ceux-ci sont de nationalités sud-africaine, égyptienne, tunisienne et camerounaise. En vertu du Merit Based Recruitment System (MBRS), c’est le candidat camerounais qui serait pour l’instant le mieux placé. Ce dispositif, instauré en 2021, est censé supprimer les biais de recrutement, dans le cadre de la mise en conformité avec les objectifs fixés par la réforme institutionnelle de l’UA, impulsée en 2017 par le président rwandais Paul Kagame.

Or, d’après un jugement du tribunal administratif de l’UA de septembre 2023, le Cameroun, qui est déjà surreprésenté dans les hautes sphères de la Commission, ne devrait pas présenter de candidat à ce poste (AI du 08/09/23).

Un report demandé

L’empressement du cabinet de la vice-présidente à retrouver un conseiller juridique n’est pas du goût de tous les États membres. Début octobre, le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, a envoyé son directeur de cabinet adjoint, Alex Tordeta Ratebaye, briefer le Comité des représentants permanents de l’Union africaine (Corep) sur le processus de recrutement. À l’issue d’une réunion tendue, les États membres ont demandé un report de la date limite de dépôt des candidatures pour éviter qu’une embauche précipitée ne mène à un nouveau fiasco (AI du 24/10/23).

Dans leur décision de septembre annulant le recrutement de Guy-Fleury Ntwari, les juges du tribunal administratif s’étaient montrés exceptionnellement virulents à l’égard de la Commission, qu’ils avaient qualifiée de laxiste et avaient accusée de faire obstruction à la justice. Auparavant, la Commission avait déjà été épinglée pour sa politique de recrutement dans un rapport du conseil des auditeurs externes de l’UA (AI du 21/07/23).

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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