A Dakar et Kinshasa les 12 et 13 octobre, François Hollande s’est initié à l’Afrique ambiguë en balisant son discours avec la défense des droits de l’homme, l’ouverture aux sociétés civiles et la bonne gouvernance des Etats – mais aussi des entreprises. Toutefois, le coup de semonce adressé au club tranquille des chefs du village franco-africain n’est pas sans conséquence sur les relations bilatérales. Enquête dans les coulisses.

Les nouveaux alliés de Paris – En attendant de poser les actes concrets de sa politique africaine (livre blanc de la défense, aide publique au développement…), François Hollande recourt aux symboles. Il déroule le tapis rouge aux chefs d’Etat élus démocratiquement et évite de s’afficher trop longtemps avec des présidents "élus à vie". Sur ce baromètre, Macky Sall et surtout Mahamadou Issoufou caracolent en tête. Membre de l’Internationale socialiste, l’homme fort de Niamey sera de nouveau reçu à l’Elysée le 14 novembre, en marge d’une visite à Paris où il doit assister à une table ronde des bailleurs de fonds – il sera logé à l’Intercontinental. Au menu : toujours la crise sahélienne après le récent enlèvement de quatre ressortissants nigériens par AQMI. Cette visite vient compléter son précédent déplacement officiel en juin. Chouchouté, Mahamadou Issoufou fut par ailleurs le seul chef d’Etat africain à s’être entretenu avec le candidat Hollande durant sa campagne électorale (LC nº632). 

Le club des "infréquentables" – François Hollande fuit inversement les présidents inoxydables, au risque de tendre les relations avec certains pays. Invoquant "un agenda chargé", ses conseillers repoussent régulièrement l’échéance d’entretiens à Paris, préférant privilégier les sommets internationaux pour de brefs échanges. A Kinshasa, deux conversations d’un quart d’heure chacune ont bousculé Paul Biya etDenis Sassou Nguesso. Malgré son forcing, Idriss Deby ne parvient pas à être reçu à l’Elysée. La pression des sénateurs socialistes Gaëtan Gorce et Jean-Pierre Sueur est un facteur aggravant. Ces derniers veulent la lumière sur la disparition, en 2008 à N’Djamena, de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh. Du coup, le président tchadien, ulcéré, a boycotté le Sommet de la francophonie. Tout aussi mal aimé,Teodoro Obiang Nguema lui a emboîté le pas. A ce petit jeu de la défiance, d’autres partenaires agacés par le côté "donneur de leçons" de la France pourraient faire de même. François Hollande s’en est expliqué au Congo-K : "On me reproche de ne pas parler de la même manière à mes interlocuteurs chinois ou russes. Si j’ai le discours de la franchise envers mes homologues africains, c’est parce que j’aime l’Afrique". Un argument qui laisse pour le moins perplexe !

Les ONG, invités personnels du chef ! – S’inspirant de la ligne américaine, le successeur de Nicolas Sarkozy contourne également les milieux d’affaires – forcément vus avec suspicion – et les palais africains, en favorisant les rapports directs avec les sociétés civiles et les ONG. Quitte à contredire Laurent Fabius, avocat d’une "diplomatie économique". Aux côtés de nombreux parlementaires comme Philippe Baume, président du groupe d’amitié France/Congo-K, ou la députée de Paris Seybah Dagoma, les seuls invités non politiques de la délégation française au Sénégal et au Congo-K venaient du milieu associatif. Inédit. Il s’agissait de Jean-Louis Vielajus, PCA de Coordination Sud, et de Jean-Charles Ahomadegbe, président du Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations. Reste que le soin apporté à éviter toute collusion avec les milieux d’affaires commence sérieusement à irriter le milieu patronal. Dans un flash-info au vitriol publié le 18 octobre et intitulé "Kinshasa : la dérive", le président délégué du CIANAnthony Bouthelier, dénonce une approche "dogmatique" du président Hollande. Ce texte traduit une initiative personnelle, mais il reflète le sentiment général des hommes d’affaires lassés d’être la cible de tous les maux de la relation entre la France et l’Afrique. 

La lettre du Continent.

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