Le Pastef veut contraindre Bassirou Diomaye Faye à déclarer son patrimoine en fin de mandat. Le chef de l’État contre-attaque en visant aussi Ousmane Sonko. Analyse d’un nouvel épisode de la guerre à laquelle se livrent les deux hommes.

La rivalité entre Ousmane Sonko et son ancien allié Bassirou Diomaye Faye s’est à nouveau invitée au sein de l’hémicycle, mercredi 12 août, autour d’une nouvelle réforme constitutionnelle relative à la déclaration de patrimoine du président de la République. La proposition de loi a été initiée par le député Amadou Ba, des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), parti majoritaire à l’Assemblée nationale et désormais opposé au pouvoir exécutif.

Le texte prévoit une révision de l’article 37 de la Constitution, afin de rendre obligatoire la déclaration de patrimoine du président de la République au début, puis à la fin de son mandat. Dans la version actuelle de la Loi fondamentale, le chef de l’État n’est assujetti à une déclaration de patrimoine qu’en début de mandat, qu’il doit livrer dans les trois mois suivant son entrée en fonction.

Bassirou Diomaye Faye s’y était astreint en juillet 2024. Le Conseil constitutionnel avait alors rendu public son patrimoine, comprenant deux comptes bancaires, crédités respectivement de 14,7 millions de francs CFA (plus de 22 000 euros) et de 7,4 millions de francs CFA (plus de 11 000 euros). Le patrimoine foncier du chef de l’État comprend notamment un terrain d’environ 3 000 mètres carrés à Ndiaganiao, son village d’origine, un domaine agricole de 4,3 hectares dans une localité voisine de celui-ci et une maison de 200 mètres carrés à Dakar.

Manœuvre « politicienne »

La proposition de loi, examinée en commission des lois le 12 août, devrait être débattue en plénière. Mais, lors des débats en commission, un amendement du texte par le gouvernement est venu perturber le plan imaginé par l’ex-Premier ministre : Bassirou Diomaye Faye, par le biais de son ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, a demandé d’étendre les futures nouvelles dispositions au président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre.

L’argument d’une nécessaire transparence n’a pas convaincu certains cadres du Pastef, qui y ont vu une manœuvre « politicienne » du chef de l’État sénégalais. « Le président Diomaye est si désespéré [qu’il en vient] à faire dans la petite politique politicienne, jusqu’à faire des fautes que même un étudiant en première année de droit ne ferait pas », a ainsi fustigé le député Guy Marius Sagna, après s’être étonné que le pouvoir exécutif souhaite élargir au président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre une disposition contenue dans un article de la Constitution qui ne concerne que le président de la République.

Difficile de ne pas voir dans ce débat le prolongement du bras de fer auquel se livrent Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, alors que les échéances électorales se rapprochent, en particulier les locales, qui doivent – en théorie – se tenir en janvier prochain. Hasard du calendrier ? Le 12 août, alors que le texte sur le patrimoine présidentiel était au cœur des discussions au sein de la commission de l’Assemblée nationale, l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) a publié une liste des responsables politiques et des directeurs d’institutions publiques assujettis à la déclaration de patrimoine s’étant effectivement conformés à la loi dans les délais impartis.

L’organisme a dressé une « liste rouge » des indélicats, à peine plus de la moitié des fonctionnaires et dirigeants ciblés par cette obligation ayant effectivement fait leur déclaration de patrimoine avant le 31 juillet. Parmi les « bons élèves », outre l’intégralité du gouvernement, figure Ousmane Sonko.

Jeune Afrique

61 Vues

Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article
Vous devez vous connectez pour pouvoir ajouter un commentaire