Sur l’échelle des accès de fièvre dont il est coutumier, le régime de Blaise Compaoré vient de connaître un pic des plus aigus suite à la défection en bloc des leaders historiques du Congrès pour la démocratie et le progrès(CDP), le parti au pouvoir. Plus qu’un signal d’alarme après les graves mutineries militaires de 2011, le basculement dans l’opposition des principaux lieutenants impatients de succéder au chef de l’Etat souligne la fragilité d’un régime de plus en plus fissuré. 


2015 en ligne de mire –
 Le président burkinabè voit ses ex-amis de trente ans rejoindre un à un les rangs des contestataires. Ce mouvement amorcé le 4 janvier était tout sauf improvisé. Elaborée par Salif Diallo, ex-bras-droit de Blaise Compaoré en rupture de ban depuis 2007, cette stratégie a consisté à accumuler depuis décembre les signatures de démissionnaires au sein du CDP, puis à les rendre publiques au compte-gouttes pour mieux déstabiliser le pouvoir. La première liste a concerné 75 membres du bureau national. Parmi eux, Roch Marc Christian Kaboré, appelé à devenir une figure majeure de l’opposition, avait préalablement informé le chef de l’Etat de sa décision. Celle-ci a été motivée par les velléités de Compaoré de briguer un nouveau mandat en 2015, une candidature pourtant interdite par l’article 37 de la Constitution. Après une tentative de conciliation au palais de Kosyam, l’ancien président de l’Assemblée nationale a campé sur ses positions, laissant augurer d’une prochaine guerre fratricide entre les deux hommes. La participation ou non de ces anciens barons du parti dominant à une manifestation prévue le 18 janvier dans la capitale permettra de jauger le niveau de défiance. 


Soro à la rescousse –
 Cette hémorragie a été perçue comme suffisamment critique à Abidjan pour qu’une délégation composée de Guillaume Soro, du ministre de la sécurité, Hamed Bakayoko, et du frère du président ivoirien, Ibrahima, s’envole le 7 janvier pour le Burkina Faso à la demande d’Alassane Ouattara. "Parrain" de l’ex-rébellion des Forces nouvelles(FN) et toujours très influent à Abidjan, Blaise Compaoré se serait vu conseiller par son "petit frère" Guillaume Soro de maintenir l’idée d’un référendum populaire pour se prononcer sur l’amendement constitutionnel envisagé. Burkinophile patenté, le patron du Parlement ivoirien avait déjà rencontré Roch Marc Christian Kabore à plusieurs reprises fin décembre. Il aurait de nouveau proposé sa médiation entre le chef de l’Etat et ses contempteurs. 


Sursaut –
 Même délétère, ce contexte ne signe pas pour autant la fin de règne de Blaise Compaoré. Animal politique à sang froid – voire glacé -, le "Beau Blaise" s’appuyait déjà depuis plusieurs années sur une nouvelle génération incarnée par son premier ministre Luc Adolphe Tiao, son ministre des affaires étrangères récemment bombardé général, Djibril Bassolé, ou encore son ex-directeur de cabinet et actuel secrétaire exécutif du CDP, Assimi Kouanda. Le parti majoritaire, renforcé par la puissante Fedap-BC dirigée par François Compaoré, frère du chef de l’Etat, bénéficie par ailleurs toujours d’une large couverture nationale. Prêt à organiser des meetings de soutien, le CDP peut user en toute liberté des moyens de l’Etat pour diffuser sa propagande et contre-attaquer. En venant gonfler les rangs de l’opposition, désormais hypertrophiés, les "démissionnaires du 4 janvier" risquent aussi, paradoxalement, de faire le lit du pouvoir. Car l’ex-ministre des finances Zéphirin Diabré, jusqu’à présent leader de l’opposition à la tête de l’UPC, doit désormais composer avec les nouveaux transfuges, lesquels devraient lancer officiellement leur parti le 25 janvier. Faute d’union sacrée entre toutes ces personnalités, la présidentielle de 2015 pourrait donc tourner court. A moins qu’un soulèvement populaire d’envergure appuyé par l’armée n’ait, d’ici-là, emporté le régime Compaoré. Ce scénario toujours envisageable rappellerait alors trait pour trait les événements ayant précipité la chute de Maurice Yaméogo, premier président du Burkina Faso indépendant.

 

La Lettre du Continent

 

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