Le Grand conseil du canton de Genève pourrait interdire à Paul Biya de séjourner dans la ville, après l’agression d’un journaliste suisse par six gardes du corps du président camerounais en 2019.

Le 2 octobre, le Grand conseil, l’assemblée législative du canton de Genève, débattra d’une pétition demandant aux autorités helvétiques de déclarer le président camerounais, Paul Biya, persona non grata dans la ville suisse.

Lancé en juin 2019 par le député Sylvain Thévoz à la suite de la plainte pour violences déposée contre des hommes du service de sécurité du chef de l’État camerounais par Adrian Krause, un journaliste de la Radio Télévision Suisse (RTS), le texte a déjà recueilli près de 15 000 signatures.

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Le journaliste couvrait une manifestation d’activistes camerounais hostiles à Paul Biya, qui tentaient de pénétrer dans l’hôtel Intercontinental de Genève, où résidaient le président et sa suite, quand six des gardes du corps du chef de l’État s’en sont pris à lui.

« Choqué et menacé ».

Jugés en comparution immédiate, ces hommes ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Mais cela ne suffit pas au député Sylvain Thévoz. « Ils se sont attaqués directement à la liberté de la presse et à la démocratie, s’indignent les pétitionnaires. Faut-il craindre que les personnes qui manifesteront demain en Suisse subissent le même sort que celles qui osent manifester au Cameroun ? Nous demandons au Grand conseil d’inviter le Conseil d’État à déclarer Paul Biya persona non grata à Genève et que ce dernier entame immédiatement des discussions avec le Conseil fédéral [organe exécutif fédéral] pour que Paul Biya soit déclaré persona non grata en Suisse. »

 

La pétition 2084 a été évoquée au cours de deux séances de la commission des pétitions, le 9 mars 2020 et le 8 juin 2020. Selon Léna Strasser, la députée rapporteure de cette commission, Sylvain Thévoz, a déclaré avoir été « choqué » de constater l’impact international de cette affaire et avoir été « menacé » par des soutiens du président camerounais pour avoir pris parti. Le parlementaire a aussi affirmé avoir recueilli les témoignages de Camerounais de la diaspora qui auraient été menacés à leur domicile.

Décision le 2 octobre.

À sa suite, des activistes anglophones ont été auditionnés par la commission. Parmi eux, Dabney Yerima, vice-président de la « République fédérale d’Ambazonie », qui a décrit les affres de la crise anglophone et martelé que Paul Biya « [profitait] des libertés et des droits qui lui ont été accordés en Suisse pour s’attaquer à la liberté d’expression en s’en prenant à un journaliste ». Un autre activiste, Francis Awudu, a ajouté que « les Américains ont déjà sanctionné le Cameroun en réduisant leur coopération ».

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« Les débats autour de cette pétition se sont focalisés sur la question de savoir si la commission était légitime et compétente pour traiter d’un sujet relatif à un dirigeant étranger, précise Léna Strasser. Une partie de la commission souhaitait un classement sans suite, estimant que cela ne relevait pas de sa compétence. L’autre partie demandait à ce que la question soit renvoyée aux instances fédérales, directement ou par le biais du Conseil d’État, afin qu’elle puisse être traitée de manière adéquate. Le désaccord au sein de la commission s’est soldé par un dépôt de la pétition sur le bureau du Grand Conseil. »

La délibération officielle du Grand conseil sera retransmise le 2 octobre sur son site internet.

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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