Incapable de maîtriser une situation qui semble l’avoir dépassé dès son arrivée au pouvoir, le président centrafricain par intérim, Michel Djotodia, risque du même coup d’hypothéquer fortement les perspectives d’une transition douce vers une élection début 2015. Au train où vont les événements, son régime n’est même plus assuré de perdurer jusqu’à cette échéance. Ajoutées à la situation humanitaire et à la menace d’un conflit ethno-religieux généralisé, les tensions se font jour au sein de son clan, tandis que l’économie nationale est à terre. Analyse. 

Tensions chez les seigneurs de guerre – Installé au pouvoir surtout en raison de sa maîtrise du français, Michel Djotodia se fait progressivement déborder dans son propre camp, notamment par la figure de Nourredine Adam. Actuel patron des renseignements, le président de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), l’un des trois mouvements composant l’ex-Séléka, se pose en véritable homme fort du régime de Bangui, dont il représente la tendance radicale. Alors que la France a songé un temps à le mettre aux arrêts, ce général autoproclamé né à Ndélé (préfecture du Bamingui-Bangoran) et d’ethnie rounga s’est illustré par le passé dans plusieurs rébellions contre Idriss Déby. En quête de notoriété, il avait été nommé ministre de la sécurité en avril, avant d’être limogé pour prendre la tête du Comité extraordinaire pour la défense des acquis démocratiques. Une structure que Michel Djotodia a été contraint de dissoudre car apparentée à un centre de torture. Le pouvoir de nuisance de Nourredine Adam n’en est que plus grand. Lors d’une récente réunion avec d’ex-chefs rebelles, ce partisan d’une partition de la Centrafrique sur le modèle soudanais aurait intimé l’ordre à ses hommes d’engager une guerre totale contre les forces françaises déployées dans le cadre de l’opérationSangaris.

Economie en lambeaux – L’incapacité de Michel Djotodia à contenir ses troupes et à stabiliser le pays est aggravée par la descente aux enfers de l’économie. Alors qu’une récession s’est durablement installée (-15% en 2013), ce contexte obère toute perspective de réussite de la transition politique. Plusieurs entreprises du secteur formel (TotalCFAOTelecel,AzurMoovSefcaIFBThanryCastelSucaf…) contribuant d’ordinaire à soutenir les recettes ont été pillées ou ont stoppé leurs activités. Les caisses du Trésor sont à l’étiage. Les arriérés de rémunérations s’accumulent. Les salaires d’octobre ont été versés fin novembre, à la veille de la fête nationale du 1er décembre grâce à un prêt de 25 milliards F CFA accordé par Denis Sassou Nguesso. L’Etat doit encore régler les salaires des fonctionnaires de novembre et de décembre. Une délégation conduite par le ministre centrafricain des finances, Christophe Bremaidou, s’est rendue en catastrophe à N’Djamena pour persuader Idriss Déby d’apporter à son tour sa contribution. Michel Djotodia a d’autant moins de chances de redresser la barre que plusieurs seigneurs de guerre hors de contrôle siphonnent les recettes des importations pour leurs propres comptes, notamment à travers de multiples barrages sur l’axe stratégique Bangui-Douala.
 

Sécurisation très incertaine – Très tôt alarmée de ces différentes menaces, la France s’efforce désormais de s’appuyer sur les deux autres acteurs de la transition : le premier ministre Nicolas Tiangaye et le président du CNT, Ferdinand-Alexandre Nguendet. Comme au Mali, Paris veut imposer son agenda en écourtant cette transition. Mais ce préalable passe par la pacification du pays, une mission que les contingents deSangaris et de la Misca ne peuvent assumer à eux-seuls. Surtout que les troupes européennes ardemment souhaitées ne se déploieront pas au sol. La tentative de François Hollande de persuader le premier ministre socialiste belge Elio Di Rupo de fournir 150 hommes pour protéger l’aéroport de Bangui a tourné court. Angela Merkel et son homologue autrichien Werner Faymann refusent de mettre les pieds en Centrafrique. Quant à l’ONU, elle attend une pacification du pays pour déployer ses casques bleus… 

La Lettre du Continent

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