Loin de l’idée de vouloir me moquer du patronyme du ministre de la Sécurité publique, Ahmat Mahamat Bachir. C’est plutôt ses décisions qui m’ont inspirées le titre de cette chronique. «Bachiriade»: signifie dans mon dictionnaire personnel: décision incompréhensible, brutale, risible, prise à l’emporte pièce. Le tout expliqué avec arrogance dans un français approximatif.

Aux dernières nouvelles, en date du 5 juillet, le ministre a décidé de passer à la vitesse supérieure en arrêtant plusieurs mendiants et handicapés dans une rafle à N’Djamena, capitale tchadienne. Ils sont tous envoyés à Gassi. Une décision inhumaine. Extrême. En dehors des valeurs tchadiennes. Hors de tout humanisme.

Le mois dernier, sous prétexte de juguler l’insécurité, le ministre Bachir a aussi interdit : la traversée à la pirogue des fleuves Chari et Logone vers le Cameroun,  le fait de mendier etc. Constatant le tollé qu’a suscité son initiative, il s’est, après coup, lancé dans une opération de communication. Quelques morceaux choisis lors d’une entrevue au journal de 20h de la télévision tchadienne.

Question de la confrère, qu’est-ce qui a motivé ces décisions M. le ministre ? 

Réponse du ministre : « Pour la sécurité des personnes et de leurs biens, une zone rouge est créée. Elle va du pont à 2 voies jusqu’à Milézi . Cette bande est un « agglomerant » des malfaiteurs. C’est  un consortium de malfaiteurs constitué des blanchisseurs, des piroguiers, des pêcheurs, des trafiquants de drogue. Ils sont tous complices. A partir de cette zone que l’insécurité se règne (il veut dire se propage) dans la capitale, N’Djamena. » Aucune cohérence dans les propos du ministre.

Pourtant, rien ne prouve que ceux qui pratiquent ce métier sont à l’origine de l’insécurité. La grande majorité d’entre eux sont des paisibles citoyens qui gagnent honnêtement leur vie (exclu les trafiquants de drogue).  Avec plus de dignité que la plupart des politiciens tchadiens. M. Bachir doit dans ses déclarations faire preuve de retenu. De nuance. Et éviter les amalgames.

Les bras me sont tombés lorsque je l’ai entendu dire que la grande majorité des blanchisseurs sont des étrangers. Donc, ce sont eux (sous entendu), qui sont responsables des crimes. Une stigmatisation dangereuse. Gratuite. Xénophobe. Une première au Tchad. Je me suis alors posé cette question: d’où le ministre tirent ces informations ? S’il se permet d’accuser les étrangers, il doit avoir des preuves entre les mains. Rien de tout cela. La seule raison qui justifie cette sortie hasardeuse est qu’il est ministre. Il peut donc tout s’autoriser. Même celui de dire des sottises.

Une autre question adressée au ministre. Elle concerne les cartes grises. Et le nombre de places qui doit être inscrit sur les portes des véhicules. Le ministre répond par une question, visant directement la présentatrice. «  Regardez la carte grise de votre véhicule, on vous a bien indiqué sur votre carte grise 5 places ? Vous aussi vous n’allez pas tout le temps prendre 10 personnes dans votre véhicule ». Un vrai méli-mélo.

La journaliste le relance quand même  sur le fait que c’est à la police de faire son travail de vérification. Et non au propriétaire de le mentionner sur la porte. Le ministre affirme que cette décision ne concerne que le transport en commun. Même là, c’est tiré par les cheveux. A propos du code de la route et du port de casque, il se lance dans une explication mathématique boiteuse : «  tout le monde ne va pas dire que 1+1= 2. Mais il y a des belliqueux qui vont dire 1+1= 3. Ceux-là, qu’ils nous démontrent que c’est 3 ou on leur démontre le contraire», explique le ministre. Une démonstration qui ne rime à rien. Je ne suis pas convaincu que le ministre sait de quoi il parle.

A la question concernant les parades lors des mariages. Le ministre dit « Ah ! Ça, c’est une question pertinente. Elle existe dans mon agenda. La question de « arouss » là. Je dis. Ecoutez-moi bien, s’adressant à la camera, il ne faudrait pas faire du désordre ici et là. Si nous surprenons les nouveaux mariés entrain de faire du désordre, ils finiront en prison. Ils y passeront un mauvais quart d’heure», hallucinant. La journaliste n’ a pu s’empecher de rire. Oui, vaut mieux rire des décisions du ministre. Sa manière d’expliquer est cocasse. Et sa parole vulgaire.

Une dernière question sur les marabouts et les Mahadjirine (les foukoura ou talibés) lui a été posé. Sans broncher, le ministre affirme, « je ne veux plus voir les Mahadjirine. Si j’en rencontre un. Je le prends. Je demande à voir son marabout. Et j’enverrai le marabout en prison. Comme ça, il pourra aller enseigner les prisonniers en prison». Je crois rêver  mais que dire…

Parierez-vous avec moi? Sur quoi dites-vous ? Sur le fait qu’avec le ministre Bachir, ce n’est qu’un début. On en verra, à l’avenir, des vertes et des pas murs. A moins que le président Deby Itno ne finisse par s’en débarrasser.

Bello Bakary Mana 

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