Parfait inconnu du public jusqu’à sa récente propulsion à la tête du Ministère de la Justice. Et à celui de la Moralisation et de l’Assainissement public, le ministre Abdoulaye Sabre Fadoul (ASF) s’est révélé un maillon central dans les nouvelles affaires politico-juridiques qui défraient la chronique à N’Djamena, capitale tchadienne. Qui est-il? Fait-il preuve d’amateurisme à la tête de ces deux ministères? A-t-il mis la justice tchadienne sous les ordres de l’exécutif pour des fins politiciennes? Enquête.
La jeune trentaine bien entamée Abdoulaye Sabre Fadoul tire ses origines de la région de l’Est, principalement de la ville de Iriba dans le Dar Zagkhwa. Issu de la large famille des notables Kobé de la région, il est par son père lié à la famille d’un illustre enfant du pays Abbo Nassour. Par sa mère, il est le petit neveu (petit-fils éloigné à l’africaine) de l’ex secrétaire Général à la Présidence (SGP), Mahamat Saleh Annadif (MSA) emprisonné pour malversation financière depuis plus de 2 mois. De son parcours, on connait très peu. Mais le peu que l’on sait de lui, est qu’il a fait l’École militaire de Saint-Cyr en France. A-t-il été militaire? Mystère. Il est également juriste de formation. Certaines de nos sources affirment qu’il a été introduit dans les sérails du pouvoir par l’actuel ministre des Affaires Étrangères Moussa Faki. Alors que d’autres sources soutiennent que c’est MSA qui a été son parrain. « MSA a facilité sa nomination comme conseiller juridique à la présidence.», dit un collaborateur du président Deby itno.
A la tête de deux ministères à la fois, ASF est l’étoile montante du gouvernement. « Sans doute c’est l’étoile. Mais attention, il ne faut pas prendre cela seulement comme une promotion», dit un proche du chef de l’État. Lorsqu’on relance notre interlocuteur pour clarifier ses propos, il brouille encore plus ses déclarations. « Non je veux dire qu’il faut qu’il fasse attention à lui. Avec toutes ces affaires qui sentent la manipulation», rajoute-il. Voulez-vous dire que le ministre est sous influence? Si oui par qui? A ces questions notre interlocuteur marque quelques secondes de silence. Et lâche, « ASF est un ministre junior qui dirige 2 ministères importants. Mais il fait preuve d’un amateurisme effrayant.»
Selon plusieurs observateurs, l’amateurisme du ministre a même débordé les frontières tchadiennes. Ils font référence à l’initiative épistolaire du ministre lorsqu’il a décidé d’écrire une lettre de 3 pages en février dernier, avec à l’en-tête les sceaux de la présidence tchadienne, de la Primature et du département de la Justice. Une missive destinée aux sénateurs socialistes français Gaëtan Gorce et Jean-Pierre Sueur. Le ministre tchadien reprochait à ces élus leur activisme dans le dossier du professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, assassiné en février 2008. Une attaque épistolaire qui a provoqué l’indignation de deux parlementaires. Conséquence: ils ont interpellé, à l’époque, le ministre des Affaires Étrangères français Alain Juppé sur le caractère inusité de la procédure. Lorsqu’on demande aux collaborateurs du ministre Sabre, si leur patron n’a pas fait là preuve de son amateurisme? Tous répondent qu’il a agit dans les règles de l’art.
Autre dossier, autre controverse. Pour des nombreux juristes tchadiens, le ministre a aussi fait preuve d’amateurisme dans le dossier du député de l’opposition Gali Gatta Ngothé. « Par son acharnement. Par la faiblesse du dossier, le ministre donne la preuve que la Justice est sous les ordres de l’exécutif. Surtout lorsqu’il a demandé au Conseil Supérieur de la Magistrature de suspendre pour 3 mois le juge Emmanuel Deukembé après que ce dernier eut annulé la procédure condamnant le député Gali», dit un avocat bien introduit. Les amis de ASF rejettent ces affirmations. « En aucun cas le ministre n’a intervenu. Le juge Derkembé n’a pas été suspendu pour avoir annulé la procédure mais pour divulgation de secret de délibération», assène un membre du cabinet du ministre. Pour rappel, le député Gali a été arrêté le 4 mars pour complicité de braconnage, tentative de corruption et détention illégale d’arme. Il a écopé d’une peine de 5 ans de prison ferme et 200000 francs CFA d’amende.
Selon nos sources, les dernières affaires de corruption, particulièrement celle de l’ex-chef de l’administration présidentielle, Annadif met le ministre dans l’embarras à tout point de vue. D’un côté, il est le Garde des Sceaux et ministre de la Moralisation et de l’Assainissement public. Il tient donc à faire son travail sans aucune pression. Et de l’autre côté, il est un parent de l’ex-SGP. Pour la famille de ce dernier, ce petit-fils (le ministre) est un traître. Plusieurs cadres du ministère affirment que la position du jeune ministre est inconfortable.
Les critiques sur la faiblesse des preuves dans les récents affaires fusent de partout. « C’est un amateur qui veut se déguiser en justicier », affirme un député de l’opposition. Pour rendre les agissements de son ministère plus crédibles, le ministre a annoncé le lundi dernier la mise en place de « l’opération cobra ». Objectif: lutter contre les détournements des fonds publics. « Le ministre Sabre vient de se rendre compte que les documents collectés par le ministère de la Moralisation ne constituent en rien une preuve juridique devant les tribunaux », dit un membre du barreau tchadien. Dans les hautes sphères du pouvoir à N’Djamena, plusieurs pontes du régime susurrent que ASF prend ses ordres de la présidence. Faux rétorque ses amis . Face aux pressions, le ministre a cette phrase à la bouche: « j’agis sur instruction du chef de l’État ».
Bello Bakary Mana
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