A la veille de la publication des résultats officiels de la présidentielle, Emmanuel Macron a téléphoné à Alassane Ouattara, réélu cette nuit avec 94,27 % des voix, pour l’inciter à faire “un geste majeur” envers l’opposition. Révélations.

Alors que les résultats partiels du premier tour n’étaient pas encore tombés, Emmanuel Macron a appelé son homologue ivoirien Alassane Ouattara dans la soirée du dimanche 1er novembre. Le chef de l’Etat français a ouvertement fait part de sa très “vive inquiétude” au président ivoirien au vu du climat délétère dans lequel s’est déroulé le scrutin. Outre un taux d’abstention record – bien loin des 46,1 % annoncées par la Commission électorale indépendante, selon plusieurs sources -, ce premier tour a été marqué par de très violents affrontements dans tout le pays, bien au-delà des seules régions fidèles à l’opposition.

Dans ce contexte et alors que plane plus que jamais le spectre de la crise post-électorale de 2010, Emmanuel Macron a demandé à Alassane Ouattara de faire un “geste majeur” envers l’opposition. Aucune mesure concrète n’a cependant été évoquée lors de la conversation entre les deux présidents, le chef d’Etat français se limitant à demander une initiative qui irait bien au-delà d’une simple ouverture vers certaines figures de l’opposition.

Pas de main tendue vers l’opposition avant décembre

La vigueur des propos d’Emmanuel Macron a suscité un certain malaise à la présidence ivoirienne, dont la version officielle est que le président français a appelé son homologue ivoirien pour lui faire part de sa “satisfaction” quant au déroulement du scrutin. Alassane Ouattara n’envisage pas pour le moment d’ouvrir un dialogue direct avec l’opposition et écarte la formation d’un gouvernement d’union nationale. Pour temporiser, le président ivoirien serait en revanche prêt à avancer les élections législatives, initialement prévues en mars 2021, au mois de décembre prochain. Dans la foulée des élections, il souhaiterait former un gouvernement dans lequel pourraient entrer plusieurs figures de l’opposition. Mais alors que le mouvement de désobéissance civile porté par l’opposition devrait encore s’intensifier dans les prochains jours et que le climat politique ne cesse de se tendre, Alassane Ouattara pourra-t-il tenir le rapport de force jusqu’en décembre ?

Bédié à la tête du Conseil national de transition

Réélu pour un troisième mandat avec un score de 94,27 %, Alassane Ouattara et son premier cercle avaient prévu de fêter la victoire sans encombre, mais le président ivoirien a lui-même été surpris par la très faible participation ainsi que par l’étendue des violences en dépit de l’important dispositif sécuritaire qui avait été déployé. Des heurts ont ainsi éclaté dans plusieurs fiefs de barons du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix comme dans la région d’Adzopé (Sud), le bastion de Patrick Achi, ou encore à Abengourou, ville natale de l’épouse du premier ministre, Hamed Bakayoko. Dans le Moronou et l’Iffou (centre-est), les fiefs de Pascal Affi N’Guessan et d’Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le vote n’a pas pu se tenir.

Plusieurs organismes en charge de veiller à la bonne tenue du scrutin, à l’instar de la Mission internationale d’observation électorale (MIOE) – formée par l’Électoral (EISA) et le Centre Carter -, ont évoqué “un scrutin non inclusif” qui laisse un pays “fracturé”. Le porte-parole de la coalition de l’opposition, Pascal Affi N’Guessan, n’a pour sa part pas attendu les résultats définitifs pour annoncer hier la création d’un Conseil national de transition (CNT). Ce dernier sera présidé par Henri Konan Bédié, qui devrait former dans les prochains jours un gouvernement de transition. Dans la foulée du lancement du CNT, plusieurs figures de l’opposition ont par ailleurs fait état d’actes d’intimidation devant leur domicile, dans la capitale économique ivoirienne.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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