L’attaque des ports d’Es Sider et Ras Lanuf par l’organisation Etat islamique (ou Daesh) les 4 et 5 janvier vise moins à saboter la production pétrolière nationale qu’à accentuer les rivalités entre les ennemis "naturels" du groupe, Khalifa Haftar et Ibrahim al-Jadhran.

L’offensive n’aura guère d’impact sur une production pétrolière déjà très perturbée. Les deux terminaux visés étaient fermés depuis plus d’un an, à la suite d’une attaque de Fajr Libya, la coalition de milices affiliées à l’exécutif tripolitain. Daesh ne cherche pas, du moins dans l’immédiat, à relancer leur exploitation pour son compte. Les champs pétroliers alimentant ces deux terminaux (ceux de MabroukJofra et Wafaen particulier) sont situés loin de sa zone d’influence. Même le brut déjà stocké sur place ne semble pas intéresser l’organisation, qui s’est empressée de mettre le feu à des réservoirs de Harouge Oil Operations, joint-venture entre Petro-Canada et la NOC (National Oil Corp.) libyenne. 

L’opération a, en revanche, permis de creuser le fossé entre Ibrahim al-Jadhran, commandant de la force Petroleum Facilities Guard (PFG) qui a repoussé l’assaut, et l’armée "régulière" de Khalifa Haftar. Alors qu’Es Sider et Ras Lanuf sont – théoriquement – contrôlés par les autorités de l’Est, auxquelles est rattaché Haftar, celui-ci n’a pas apporté la moindre assistance à la PFG, se contentant de positionner par précaution quelques chasseurs-bombardiers à Marsa El Brega, plus à l’est.

Cette absence de réaction a accentué les tensions existant depuis longtemps entre Ibrahim al-Jadhran et Khalifa Haftar. Leur relation avait pris un tour ouvertement hostile dans la deuxième moitié de décembre, lorsque l’aviation de Haftar avait pilonné Ajdabiya, officiellement pour détruire des groupes combattants islamistes. Or la ville est le fief politique d’Ibrahim al-Jadhran, qui a installé à la mairie son frère, Salem al-Jadhran. 

L’incapacité des deux hommes forts de l’Est à s’allier contre Daech risque de précipiter une action militaire occidentale. A Rome, Londres, Paris ou Stuttgart – où est basé le commandement africain de l’armée américaine, Africom -, cette perspective est désormais considérée comme inéluctable. Toute intervention nécessiterait cependant l’accord du "gouvernement d’union nationale" de Fayez Sarraj, dont la formation est elle-même très problématique (lire ci-dessous). 

Fayez Sarraj peine à former son exécutif


La formation du gouvernement d’union nationale prévu par l’accord onusien signé à Skhirat le 17 décembre reste très incertaine. Moins d’une semaine après avoir tenu son premier conclave, le 1er janvier à Tunis, le Conseil présidentiel entourant le "premier ministre" Fayez Sarraj menace déjà d’imploser. Les deux représentants de la Cyrénaïque (Est), Ali al-Gatrani et Fathi al-Mejbari, ont suspendu leur participation à ses travaux, boycottant la réunion du 5 janvier. Ils exigent, selon nos sources, d’avoir la haute main sur l’attribution des portefeuilles stratégiques des affaires étrangères, du pétrole et de l’investissement. Tous deux se trouvent être des proches du commandant de l’armée "régulière" de l’Est, Khalifa Haftar. Ce dernier n’a pas l’intention de se contenter de garder la tête de son opération "antiterroriste" Al Karama, comme le lui a proposé l’envoyé spécial des Nations unies, Martin Kobler. Il ne désespère pas de décrocher le poste de ministre de la défense ou, à défaut, de le voir attribué à l’un des siens. Mais cette perspective est rejetée par Ahmed Miitig, représentant de Misrata et, de ce fait, membre le plus puissant du Conseil présidentiel. Miitig serait également entré en dissidence, ce qui risque de faire fuir les membres du Congrès général national tripolitain ralliés à l’accord de Skhirat, dont il est aussi le chef de file.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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