Riccardo Mortara, patron de SIPJ, fournisseur aérien de Khalifa Haftar et ex-pilote d’Alfred Sirven. ©Skyglobe Racing/DRDiscret groupe d’aviation d’affaires basé à Fujairah (Emirats arabes unis) et dirigé par Riccardo MortaraSonnig International Private Jet(SIPJ) s’impose parmi les prestataires favoris de l’armée de Khalifa Haftar. Tandis que l’homme fort de l’Est libyen s’attelle à renforcer ses forces aériennes, SIPJ vient de mettre à sa disposition un jet militaire L-39Cissu des surplus soviétiques, selon nos informations.

Le bel oiseau, basé depuis le début du mois à l’aéroport de Benina, porte une immatriculation américaine périmée – N393WA – et arbore encore le logo de SIPJ, qui en aurait fait l’acquisition en décembre auprès d’un broker américain. Interrogé, SIPJ n’a pas souhaité détailler les missions effectuées par son appareil en Libye. Mais ce biplace conçu pour l’entraînement permet vraisemblablement au général Haftar de former ses pilotes. Son chef des forces aériennes Sakr al-Jarouchi presse justement ses mécaniciens de remettre en service une quinzaine de L-39, pour la plupart récupérés lors de la reprise de l’aéroport militaire de Tamanhint, en mai 2017 (Non sans quelque succès, puisqu’un L-39 a décollé de l’aéroport de Barak al-Shati, le 10 mai. Outre les entraînements, ces appareils peuvent aussi mener des missions d’observation, et même des attaques au sol, étant dotés de plusieurs points d’emport d’armement.

SIPJ œuvrait déjà depuis plusieurs mois dans l’ombre de Khalifa Haftar : c’est cette société qui détient le Falcon 900 employé par le général et certains proches – dont son directeur de cabinet Aoun al-Ferjani – pour effectuer des visites diplomatiques et des séjours médicaux à l’étranger. Entre deux missions, le jet, mis à disposition de Haftar via la société émiratie Golden Eagle Trading FZE, regagne l’aéroport de Turin, où SIPJ a une filiale.

Créé en 2014, SIPJ est la réincarnation de Sonnig, une société d’aviation privée basée à Genève et clouée au sol cette année-là par l’Office fédéral de l’aviation civile suisse pour des irrégularités de maintenance de sa flotte. Fondée en 1997 par Riccardo Mortara, Sonnig a transporté son lot de stars, comme le couple Jay-ZBeyoncé. Mais Mortara fut aussi – et surtout – le pilote personnel d’Alfred Sirven, l’homme des dossiers secrets d’Elf (absorbé par Total). Cette proximité a valu à l’aviateur italo-suisse d’être cité dans le volet genevois de l’Angolagate : la justice suisse suspectait Sonnig d’avoir participé à la gestion de fonds occultes du groupe pétrolier français… Ni le groupe ni son patron n’ont été inquiétés dans ce dossier. Mortara s’attache désormais à associer son nom à des records aéronautiques, comme celui du tour du monde avec escale, décroché en 2010.

L’aviation de Khalifa Haftar partiellement privatisée

 

Si “l’armée nationale libyenne” opère elle-même une petite flotte d’avions de combat, d’hélicoptères et d’appareils de transport, Khalifa Haftar reste très dépendant de sous-traitants privés et d’alliés étrangers pour conserver la maîtrise des cieux libyens. Comme l’avait révélé notre lettre sœur Intelligence Onlineles appareils de contre-insurrection émiratis Air Tractorbasés sur l’aérodrome d’AlKhadim sont pilotés par des spécialistes fournis par l’Américain Erik Prince, fondateur de la société de services militaires privée Blackwater, désormais disparue. Plusieurs firmes issues de l’ex-bloc soviétique jouent aussi les supplétifs auprès de la LNA. Les groupes moldaves Sky Prim Air et Oscar Jet, dirigé par la famille Ghilan, ont ainsi mis à sa disposition permanente deux Iliouchine – un bimoteur IL-18 et un quadriréacteur IL-76, qui multiplie les missions délicates. Le kazakh Southern Sky effectue aussi, ponctuellement, ce type de missions, tandis que le biélorusse RubyStar Airlines joue un rôle central dans l’approvisionnement en matériels de défense commercialisés par son compatriote BelTechExport. Khalifa Haftar ferait aussi appel à des sociétés de services pour assurer la maintenance et la remise en état de sa propre flotte. Mais leurs noms restent, pour l’instant, nimbés d’un épais mystère…

 

La lettre du Continent.

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