La traque lancée par Tripoli pour récupérer les milliards de pétrodollars dispersés de par le monde par Mouammar Kadhafi et son entourage, voit s’affronter différents clans au sein des nouvelles autorités. Ainsi, une âpre bataille se prépare en ce début d’année, pour remplacer Abdalla Kablan, qui a démissionné mi-décembre de la tête du Tracing and Assets Recovery Support Bureau (TARSB), après une tentative d’enlèvement à Tripoli.

Créé fin août sur décision du premier ministre Ali Zeidan, ce bureau – aujourd’hui décapité – veut être son bras armé pour reprendre en main et centraliser la chasse aux avoirs étrangers des fonds souverains libyens (LIALAPLafico, etc.). Le prochain directeur du TARSB devra en premier lieu poursuivre la collaboration entamée avec les interlocuteurs internationaux impliqués sur ce dossier, notamment Interpol, le représentant de la Banque mondiale en Libye, Marouane El Abassi, les ambassadeurs français (Antoine Sivan) et britannique (Michael Aron), ou encore le procureur général des Etats-Unis, Eric Holder. A l’instar de Kablan, son successeur devra en parallèle lutter contre deux organisations qui ne comptent pas se laisser déposséder du dossier. Il s’agit d’un côté de la puissante LIA, déjà engagée dans un rude rapport de force avec le premier ministre (MC nº1056) et qui désire plus que tout récupérer elle-même ses avoirs, à tel point qu’elle engage ses propres conseils juridiques (MC nº1090). De l’autre, le nouveau patron devra porter le coup de grâce à l’instance créée par le précédent gouvernement d’Abdul Rahim Al-Kib, l’Asset Recovery Committee (ARC), piloté par le magistrat Bechir Al-Akari jusqu’en octobre (MC nº1081). L’ARC, qui n’a pour le moment pas voulu passer la main, fait tout pour entraver le TARSB. Les fidèles d’Al-Akari sont entrés dans une guerre d’usure avec le nouveau bureau en refusant systématiquement de lui transférer les dossiers en cours.

Enfin, le successeur de Kablan devra s’imposer auprès du cabinet du premier ministre lui-même. Après avoir créé le TARSB, le chef du gouvernement ne l’a toujours pas doté d’un budget propre et viable !

 

TARSB, l’arme contre les chasseurs de primes.
 
Selon nos sources, le numéro un mondial des cabinets d’investigation, l’américain Kroll, multiplie les démarches pour assurer la récupération des avoirs de Tripoli à l’étranger. C’est son bureau émirati, piloté par Yaser Dajani, qui est à la manœuvre. Pas sûr toutefois que les autorités de Tripoli confient un nouveau contrat global à une firme étrangère, semblable à celui qu’elles ont retiré à la fin du mois d’octobre au cabinet Command Global Services (CGS, MC nº1090). Celui-ci a été écarté après le limogeage deBachir Al-Akari de la tête de l’Asset Recovery Committee (ARC), qui l’avait mandaté. D’ailleurs, l’ex-patron du Tracing and Assets Recovery Support Bureau (TARSB), Abdalla Kablan, avait explicitement "vendu" le projet de ce nouvel organisme à Ali Zeidan comme un moyen de ne plus dépendre des "chasseurs de primes" étrangers. L’idée des deux hommes était que le TARSB constitue sa propre cellule de recherche, avec ses enquêteurs dédiés. Ils ont mis au point cette stratégie lors de leur rencontre en juin. Libyen exilé à La Valette, Kablan faisait alors partie de la délégation du premier ministre maltais, Joseph Muscat, en déplacement à Tripoli.


La Lettre du Continent. 
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