En annonçant la mort de deux chefs d’Aqmi, le pouvoir tchadien rappelle que son rôle aux côtés de la France est primordial.

 

Alors que la France livre une bataille importante dans le Nord du Mali pour déloger les djihadistes retranchés dans le massif des Ifoghas, l’appui tchadien se fait plus visible, au point que l’opération Serval s’est muée en une opération franco-tchadienne, plutôt que franco-malienne. Et le Tchad tient à le faire savoir.

Ainsi, au lendemain des rumeurs sur la mort des deux responsables d’Aqmi, Abou Zeid et Mokhtar Bel Mokhtar, le président tchadien, Idriss Deby, a pris les devants et déclaré que son armée avait bien tué les deux figures islamistes.

Des informations non confirmées par Paris, bien que de nombreuses sources jugent crédible une telle hypothèse. D’autres informations, par ailleurs, faisaient plutôt état d’un bombardement aérien opéré par les Français. Quoi qu’il en soit, l’armée d’Idriss Deby joue bien un rôle de premier plan au Mali.
 

Opération franco-tchadienne

Bien que le Tchad ne fasse pas partie de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) sur laquelle Paris compte s’appuyer pour prendre le relais à terme, le pays a envoyé le plus important contingent africain : plus de 2.000 hommes dont 1.800 en première ligne, notamment commandés par le propre fils du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno.

Armés, expérimentés et aguerris aux terrains comme le Sahel, la participation de ces forces à l’intervention française, a été accueillie avec soulagement par Paris, qui mène une partie de l’opération depuis la base aérienne de la capitale tchadienne, N’Djamema. Après avoir prêté main forte aux forces françaises à Gao et à Kidal notamment, les soldats tchadiens se battent sur le front dans le massif des Ifoghas, l’antre supposé des islamistes.

L’armée tchadienne est réputée pour être unes des meilleures de la région. C’est l’élite, issue des Zaghawa, l’ethnie du président, qui a été déployée sur le terrain. Le pays s’est plusieurs fois illustré sur différents fronts : dans le Darfour soudanais ou encore plus récemment comme force d’interposition en Centrafrique. Avec l’argent du pétrole, Idriss Déby a réorganisé et modernisé son armée, qui n’est plus orientée uniquement vers la défense contre les rebelles venus de l’Est. Désormais, le chef d’Etat peut projeter ses troupes à l’extérieur. Autre avantage, le Tchad a plusieurs fois collaboré avec la France. Mais son expérience des opérations est entachée de nombreuses violations des droits de l’Homme. Cette aide providentielle lui permettrait de gommer cette image et de se positionner comme un acteur majeur de la région. "Notre mission est de combattre le terrorisme et de l’éradiquer de la région", a ainsi déclaré à Reuters Mahamat Idriss Déby Itno.
 

L’impatience du Tchad

Mais le pays n’est pas prêt à tous les sacrifices. Le 23 février, 26 soldats tchadiens sont morts dans des affrontements avec les combattants d’Aqmi. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement tchadien presse les forces africaines de la Cédéao de se mobiliser davantage. "Aux soldats maliens, votre place est au front pour accomplir votre devoir de protection des populations. Nous vous attendons dans les montagnes du Nord, à la lisière de la frontière algérienne", a ainsi insisté le président tchadien lors d’un sommet extraordinaire de la Cédéao en Côte d’Ivoire et a ajouté : "l’heure n’est plus aux discours, mais plutôt à l’action; l’ennemi n’attend pas. Nous appelons l’état-major de la Cédéao à accélérer le déploiement des troupes dans les zones libérées."

Le président en exercice de cette dernière, le chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara, a cependant assuré de la détermination de la région à porter ses effectifs à "8.000 hommes". La Cédéao assure que quelque 6.000 de ses soldats sont déjà au Mali, mais côté français on parle plutôt d’environ 3.500. Dans tous les cas, l’essentiel de ces troupes n’est pas présent sur les points chauds. Le président ivoirien a reconnu implicitement que la Misma rencontrait des difficultés en appelant à la mobilisation urgente des fonds promis lors d’une conférence internationale à Addis Abeba fin janvier, et à l’apport des "ressources additionnelles indispensables".

L’enjeu est de taille, et la probable mort des chefs d’Al-Qaïda vient de le rappeler.


Avec AFP


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