Parcourant les hôpitaux de N’Djamena, notamment dans les services de chirurgie, le silence pesant est brisé par les gémissements des accidentés de la route, témoins muets de la tragédie qui sévit à N’Djaména. Parmi eux, une majorité désolante de victimes abandonnées, laissées pour compte par des conducteurs fuyards.

Dans les couloirs de la plupart de nos hôpitaux à N’Djamena, le tumulte des urgences s’apaise par moments, laissant place aux voix étouffées des patients. Parmi eux, des hommes, des femmes et même des enfants, victimes d’accidents de la route, leurs vies désormais suspendues à un fil. Mais derrière chaque histoire de douleur et de lutte pour la survie, un sinistre motif se répète : le délit de fuite des conducteurs.

Ali, âgé d’une vingtaine, gît depuis plus de trois mois sur son lit d’hôpital, son visage marqué par la douleur. Il a été renversé par une voiture alors qu’il était sur une mototaxi pour rentrer chez lui. “Le conducteur n’a même pas ralenti. Il m’a juste laissé là, comme un animal blessé“, murmure-t-il faiblement. Il s’en est sorti complément paralysé et toujours sur le lit d’hôpital, après plus de trois mois de soins intensifs.

Les histoires comme celle d’Ali sont devenues monnaie courante à N’Djaména, où les accidents de circulation et les délits de fuite sont devenus un fléau. Selon les constats des infirmiers dans différents hôpitaux de la capitale, le nombre d’accidents de la route a augmenté de manière alarmante au cours des derniers mois, avec une tendance inquiétante à la hausse du nombre de fuite après l’accident.

MHI, infirmier au service de la chirurgie de l’Hôpital général de Référence nationale (HGRN), qui requiert l’anonymat, est témoin de cette tragédie au quotidien. “C’est un cauchemar sans fin. Nous recevons des patients dans un état critique, souvent laissés pour morts sur le bord de la route et transportés par des policiers. Certains ne survivent pas assez longtemps pour nous donner ne serait-ce qu’un indice sur l’identité du chauffard responsable afin que les policiers puissent le traquer“, déplore-t-il.

Outre les conséquences physiques et émotionnelles dévastatrices pour les victimes et leurs familles, le délit de fuite pose également un défi majeur pour les autorités chargées de faire respecter la loi. Les enquêtes sur ces incidents sont souvent entravées par le manque de témoins oculaires et de preuves tangibles, laissant les coupables impunis et les familles des victimes sans justice. “Dans la plupart des cas des AVP (Ndlr, accident de voie publique), les conducteurs fuient et très peu sont ceux qui les pourchassent pour, ne ce reste que prendre le numéro d’immatriculation pour nous permettre de faire des recherches. Mais faut reconnaître aussi que les clandomen font un travail remarquable à ce niveau. Il faut que les Tchadiens prennent conscience afin de ne pas laisser un accident sans auteur“, fait savoir Brahim, policier à la Compagnie de la Circulation Routière (BCR).

 

 

Pour Mahamat Adoum, juriste, le délit de fuite est le fait pour un conducteur de véhicule, sachant qu’il vient de causer ou d’occasionner un accident, de ne pas s’arrêter et de tenter ainsi d’échapper à sa responsabilité civile ou pénale. Le code pénal et le code de la route prévoient et répriment le délit de fuite. Car, le fait, pour tout conducteur d’un véhicule ou engin sachant qu’il vient de causer ou d’occasionner un accident, de ne pas s’arrêter et de tenter ainsi d’échapper à la responsabilité pénale ou civile qu’il peut avoir encourue, constitue une infraction, fait-il savoir. Ils invitent ainsi les conducteurs à la prise de conscience et surtout d’avoir le cœur humain et ne pas fuir à leur responsabilité. “C’est pourquoi il est aussi important pour tout propriétaire de véhicules de disposer d’une assurance”, indique Mahamat Adoum.

Face à cette crise, des voix s’élèvent pour réclamer des mesures plus strictes pour dissuader les conducteurs de fuir après un accident. Pour cela, certains observateurs conseillent au gouvernement des campagnes de sensibilisation, mettant en lumière les conséquences désastreuses du délit de fuite et appelant à une responsabilité accrue sur les routes. Car, tant que le phénomène persiste, les rues de N’Djaména resteront le théâtre de tragédies évitables, où la vie de chacun peut être bouleversée en un instant par le choix irresponsable d’un conducteur de fuir ses responsabilités.

Tchadanthropus-Tribune  avec Tchad info

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