En grande difficulté à Khartoum, le patron des Sudanese Armed Forces, Abdel Fattah al-Burhan, a entrepris une tournée diplomatique en amont de l’Assemblée générale des Nations unies. Décidé à y annoncer la nomination d’un gouvernement d’intérim à Port-Soudan, le général soudanais a fini par reculer par manque de soutien, notamment, du Caire.

Avant le départ pour New York du président du Conseil de souveraineté soudanais, Abdel Fattah al-Burhan, la semaine dernière, le bruit courait qu’il allait y annoncer la nomination d’un gouvernement intérimaire et la création d’une capitale administrative à Port-Soudan. Il n’en a rien été. À l’Assemblée générale des Nations unies (UNGA), le chef des Sudanese Armed Forces (SAF) s’est contenté de réitérer la promesse – jusqu’ici jamais tenue – de rendre le pouvoir aux civils aussitôt la guerre terminée.

En marge de l’UNGA, il s’est aussi dit être d’accord sur le principe de négociations avec Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti« . À condition que les Rapid Support Forces (RSF) se retirent des zones « résidentielles » et retournent dans leurs baraquements. En d’autres termes, que les RSF se retirent de la capitale, Khartoum, qu’elles occupent à près de 80 %.

Revers militaires, échec diplomatique

L’équation est complexe pour al-Burhan, qui ne veut pas se résoudre à retourner à la table des négociations en position de faiblesse face à Hemeti. Aux revers militaires essuyés à Khartoum, le général des SAF cherche à apporter une réponse politico-diplomatique, et renforcer sa stature d’homme d’État. C’était tout l’objet de son déplacement à New York, où il a multiplié les entretiens, et de la tournée régionale qui a précédé. Au siège de l’ONU, il a été photographié en train d’échanger de manière informelle avec la directrice Afrique du département d’État américain, Mary Catherine Phee, dite « Molly Phee« . Il s’est aussi entretenu avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le ministre des affaires étrangères saoudien Faisal bin Farhan al-Saud, ou encore le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan.

Depuis son exfiltration de Khartoum, fin août, Burhan a cherché à vendre l’idée d’un gouvernement intérimaire, basé à Port-Soudan, mais n’a pas reçu le soutien qu’il espérait. Notamment de la part du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à qui il avait pourtant réservé sa première visite. Le chef d’État égyptien n’est pas enthousiaste à l’idée que le Soudan emprunte le même chemin que la Libye, où deux gouvernements rivaux se font face depuis près d’une décennie.

Résistances envers Malik Agar

Pour prendre la tête de son gouvernement intérimaire, Burhan aurait jeté son dévolu sur l’actuel vice-président du conseil de souveraineté, Malik Agar. Cet ancien chef rebelle du Sud-Kordofan, issu des rangs du Sudan People’s Liberation Movement (SPLM), est le choix idéal à plusieurs égards. En choisissant un homme issu du sud du pays, il répond aux accusations régulièrement faites à l’armée soudanaise de cultiver une domination arabe sur les périphéries non arabes. Surtout, il placerait un visage séculier sur une armée dont de larges pans sont sous l’influence de cadres du National Congress Party (NCP) de l’ancien président Omar el-Béchir (1989-2019), et du Sudanese Islamist Movement (SIM), une mouvance affiliée aux Frères musulmans (lire notre enquête du 10/07/23).

C’est justement au Qatar et à la Turquie, deux pays où de nombreux hauts dignitaires du SIM et du NCP ont trouvé refuge après la chute de Béchir, qu’al-Burhan a réservé la suite de sa tournée. Face aux caciques de l’ancien régime, Burhan doit faire face à un son de cloche très différent, et à un vent de résistance très appuyé contre le choix de Malik Agar, perçu comme un ennemi naturel et historique.

Face à toutes ces réticences, il a finalement été contraint de renoncer, temporairement, à son idée.

Tchadanthropus-tribune avec AI.

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