Alors que les affrontements se durcissent à Khartoum, les Etats-Unis, les Nations unies et les pays de l’Union européenne travaillent sur plusieurs scénarios d’évacuation de leurs ressortissants et agents.

Au siège new-yorkais des Nations unies, l’équipe Afrique de l’UN Department of Safety and Security (UNDSS) est sur le qui-vive depuis le 15 avril, date du début des affrontements entre les hommes du chef de la junte Abdel Fattah al-Burhan et ceux de son numéro deux, Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti« . Le 19 avril, l’UNDSS a donné l’ordre d’évacuation, en interne, de son personnel hors du pays, « dans la mesure du possible ». Au vu de l’intensité des combats, elle n’a jusqu’ici pas pu être effectuée. Alors que l’espace aérien soudanais est fermé et que les affrontements se déroulent non loin de l’aéroport, aucune évacuation n’était possible jusqu’au 20 avril au soir. Mais une trêve de 72 heures annoncée vendredi matin à l’aube par les Rapid Support Forces (RSF) devrait permettre l’ouverture de corridors humanitaires. Selon le magazine allemand Der Spiegel, Berlin a échoué à évacuer 150 de ses ressortissants mercredi 19 avril.

Dans la capitale soudanaise, l’ONU compte plusieurs centaines d’agents répartis entre ses différents programmes : UnicefOrganisation internationale pour les migrations (OIM), Programme alimentaire mondial (PAM), Mission des Nations unies pour la transition politique au Soudan (Minuats). L’ONU a mobilisé son quartier général de Nairobi où elle dispose d’une cinquantaine d’aéronefs. Un peu moins de 2 000 km séparent la capitale kenyane de Khartoum. Plus à l’ouest, en RDC, l’organisation exploite plusieurs dizaines d’avions gros-porteurs dans les aéroports de Kinshasa et de Goma, qui pourraient éventuellement être mis à contribution.

Mais les Nations unies font face à une difficulté de taille : plus d’une centaine de leurs agents au Soudan sont actuellement au Darfour, dans l’ouest du pays. Une situation qui rend très difficile leur transfert vers Khartoum, alors que trois agents du PAM sont morts le 16 avril dans les affrontements. Le scénario d’une évacuation par la route, pour rejoindre le Tchad, plutôt que par la voie des airs, pourrait être dans ce cadre privilégié.

Les Etats-Unis, entre Espagne et Djibouti

Côté américain, le Département d’Etat n’a, pour le moment, pas annoncé d’évacuation de ses ressortissants et agents. En coulisses néanmoins, plusieurs hypothèses sont à l’étude. L’US Air Force dispose d’une base et d’un aérodrome à Morón, à 50 km de Séville, en Espagne. Cette dernière accueille un contingent de Forces de réaction rapide spécialisé dans les opérations d’évacuation en Afrique.

C’est depuis cette base aérienne que l’armée américaine avait évacué en 2011, puis en 2014, une partie de ses ressortissants de Libye et au Soudan du Sud. Dépendante directement du commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), c’est elle qui pourrait être chargée de l’évacuation des ressortissants américains présents au Soudan, dont le nombre est estimé à un peu plus d’un millier. Cette logistique pilotée depuis l’Espagne pourrait également s’opérer depuis Djibouti, où l’US Army dispose aussi d’une base. D’ores et déjà, au moins deux C-17 de l’US Air Force ont rejoint la capitale djiboutienne dans l’après-midi du 20 avril.

Nécessaire cessez-le-feu

Côté européen, aucune procédure au niveau des 27 n’a encore été arrêtée. Les opérations d’évacuation pourraient toutefois s’effectuer sous la coordination de la France et via Djibouti où sont installées les Forces françaises stationnées à Djibouti (FFDJ). Entre 1 000 et 1 500 ressortissants européens seraient actuellement présents au Soudan. Les FFDJ pratiquent ce type d’opérations depuis plusieurs années : elles avaient déjà été mises à contribution en 1996, pour évacuer les ressortissants européens d’Erythrée. Entre le 19 et le 20 avril, deux A400 et un C130 de l’Armée de l’air ont quitté l’Hexagone pour Djibouti.

Ces opérations restent tributaires du cessez-le-feu annoncé ce vendredi matin, et qui doit durer le temps des célébrations de la fête de l’Aïd ce week-end. Il se négociait à Abu Dhabi depuis plusieurs jours, entre émissaires de Hemeti et de Burhan.

De leur côté, plusieurs opérateurs privés étrangers actifs au Soudan tentent aussi d’évacuer leurs salariés et se sont rapprochés de compagnies aériennes privées. C’est notamment le cas pour 50 ressortissants étrangers présents à Port Soudan qui doivent être évacués vers Entebbe en Ouganda dès que la situation le permettra.

Africa intelligence

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