Maldom Bada Abbas est le grand-frère de l’actuel Secrétaire Général du MPS, Mahamat zen Bada. Il a joué un rôle capital dans la conquête du pouvoir par le MPS. Il a été Vice-président du MPS, ministre de l’Intérieur (10 mois), ministre de la Justice et puis Président d’honneur du MPS jusqu’à sa mort en 2004. Qui était donc Maldom Bada Abbas et son histoire du MOSANAT au MPS ?

En 1986, le Lieutenant-colonel Maldom Bada Abbas, Haroun Godi (Secrétaire d’État au ministère de la Santé) et quelques cadres administratifs et officiers des FANT, tous originaires du Guéra, se rebellèrent contre le régime du Président Hissein Habré en créant le Mouvement pour le Salut National du Tchad (MOSANAT) au Darfour soudanais.

Plusieurs raisons ont été évoquées ça et là au cours des années pour justifier cette entrée en dissidence mais la véritable cause de leur révolte demeure la perte des privilèges aux détriments des Zaghawas qui montaient en puissance dans l’appareil sécuritaire et dans l’administration territoriale du pays. Il faut rappeler que feu Hassane Djamous était le Com-Chef des FANT, Brahim Mahamat Itno était ministre de l’Intérieur et Idriss Deby était Conseiller du Chef de l’État pour les questions de Sécurité nationale, Commissaire à la sécurité de l’UNIR.

En effet, les Hadjaraïs avec feu Idriss Miskine comme ministre des Affaires étrangères (2ème personnalité de l’État) étaient perçus comme les seconds du régime Habré. Car à l’époque, tous les gens du BET, du Kanem et même les Zaghawas étaient considérés par les autres communautés tchadiennes comme faisant partie d’un seul groupe, d’autant plus qu’ils s’exprimaient tous en Gorane. Dès lors, les Hadjaraïs s’accommodaient aux postes de commandement adjoint dans l’armée et étaient aussi bien représentés dans l’administration publique. Cette situation va changer drastiquement et ce sont les Zaghawas qui se substitueront à eux.

La mort d’Idriss Miskine le 7 janvier 1984 a été l’objet d’une intense récupération politique aussi bien par le GUNT qui opérait dans le Nord aux côtés des libyens que par certains cadres Hadjaraïs qui vivaient mal l’ombrage et la notoriété d’Idriss Miskine.

Le GUNT propageait la thèse de l’empoisonnement du ministre des Affaires étrangères Idriss Miskine, alors que tout le monde le savait cardiaque et il avait même eu une première une attaque sérieuse au maquis qui lui a valu une évacuation en Égypte, ce qui expliquait d’ailleurs son absence lors de la conquête de N’djaména en juin 1982 par les FAN.

Certains cadres Hadjaraïs manifesteront ouvertement leur désaccord avec le Président Hissein Habré lorsque ce dernier choisit un de ses fidèles compagnons, en l’occurrence M. Gouara Lassou, pour succéder à feu Idriss Miskine au ministère des affaires étrangères. Pour feu Ahmat Dadji (Conseiller spécial du Chef de l’État, Ex-DG de la Sonasut), Haroun Godi et bien d’autres cadres et officiers du Guéra, le poste de la 2ème personnalité de l’État devrait rester entre les mains d’un Hadjaraï. Ce que le Président HH rejettera totalement.

Ces fonctionnaires initieront des grèves de zèle puisqu’ils refusèrent de se rendre à leur travail pendant plusieurs semaines. Sur cette affaire, on apprendra plus lors du procès de Dakar, de la bouche même de M. Mahamat Nour, fils du défunt Ahmat Dadji qui déclara face aux Juges : « Idriss Miskine n’était qu’un simple Technicien de la STEE et un combattant, il ne méritait pas les privilèges que lui accordait Hissein Habré et surtout pas au nom du Guéra qui compte d’autres cadres plus méritants. Mon père (Ahmat Dadji) était un haut cadre de l’administration tchadienne, il a beaucoup fait sur le plan diplomatique pour les FAN, c’était lui le vrai chef politique des Hadjaraïs. Idriss Miskine a seulement la sympathie des militaires originaires du Guéra ». Le fond du problème est là, sans équivoque. La mort d’Idriss Miskine n’a été qu’un alibi pour assouvir des ambitions politiques personnelles.

Toujours durant le procès Habré, M. Mahamat Nour Ahmat Dadji de confesser ce que tout le monde savait déjà : « Mon père et des officiers originaires du Guéra tenaient régulièrement des réunions secrètes nocturnes chez nous à la maison ». Et d’ajouter en guise de justification : « C’était pour se parer à toute éventuelle arrestation ou répression. ».

Malgré les médiateurs envoyés par la présidence pour ramener tout le monde à la raison, et les mises en garde par la suite, rien n’a changé. Le coup d’État rampant était en marche. La DDS procédera à des arrestations et des éliminations. Haroun Godi, Maldom Bada Abbas et bien d’autres parviendront à filer entre les mains de la DDS et de la BSIR. Ils ont été sauvés par l’armée française qui les a gardés à la base militaire de N’djaména puis exfiltrés vers Bouar en RCA, enfermés dans des caisses.

Le MOSANAT a été créé au Darfour mais ne fera pas long feu. Haroun Godi a été tué lors d’un accrochage à la frontière soudanaise avec les FANT. Maldom et ses principaux compagnons ont été arrêtés et écroués à la prison d’el Djinéné par les Soudanais. Ils ne seront libérés qu’avec l’arrivée du groupe du 1er avril 1989, dirigé par le duo Idriss Deby et Abbas Koty Yacoub. Hassane Djamous et Brahim Itno n’ayant pas pu s’échapper.

Le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) a été créé. C’est un mouvement hétéroclite qui regroupait une multitude de rébellions dormantes et d’opposants exilés au régime Habré. Idriss Deby a été désigné Président du MPS, Maldom Bada Abbas devient vice-président et Abbas Koty Yacoub deviendra plus tard le Com-Chef du MPS. Le mouvement a bénéficié du soutien de la France qui a mobilisé quelques officiers sudistes (Nadjita Béassoumal, Moïse Kété, etc.), de la Libye qui fournit tout son aide à travers le Général Adoum Togoï et le Soudan qui offrait son territoire, autorisait le recrutement parmi les Darfouris et facilitait l’arrivée des adhérents.

Le 1er décembre 1990, c’est Maldom qui entre à N’djaména à la tête d’une colonne de combattants du MPS. Idriss Deby est resté à Abéché avec les officiers français. Le premier couac apparaît à la formation du gouvernement : Maldom ne peut être Vice-président car le schéma politique du Tchad ne prévoyait pas ce poste. Il exigera la création du poste pour lui à défaut il réclame la Présidence de la République, vu qu’il estime que ce sont ses hommes qui ont fait le gros du boulot sur le front militaire. L’Ambassadeur de France monte au créneau et parvient à le convaincre de s’occuper du ministère de l’Intérieur. Maldom accepte et s’installe confortablement à l’ancienne présidence de Habré. Ses bras droits, le Colonel Kaffine Chadallah et Garboubou Gatchelmé sont casés à l’état-major des armées, derrière Abbas Koty devenu Chef d’état-major général des armées.

Les premiers mois du MPS au pouvoir furent agités pour le trio qui dirige le pays. Entre l’euphorie de la victoire, les délices et le souci de la consolidation du pouvoir et le positionnement individuel, Idriss Deby, Maldom et Abbas Koty s’affichaient comme des piètres apprentis dans la gestion de la chose étatique. L’audace de Maldom (réclamation de la présidence) aura comme conséquence immédiate une opposition silencieuse de deux groupes d’un même mouvement : celui du 1er avril 1989 avec le duo Deby-Koty, renforcé par les ex FANT, particulièrement les gens du BET et du Kanem et celui du MOSANAT de Maldom Bada Abbas, plus ou moins soutenu par le FAT/MPR de feu Colonel Djibrine Dassert, Ousmane GAM, etc.

Cette situation où le Chef de l’État n’est pas détenteur de tous les pouvoirs va créer un duel à distance et dégénérer en moins d’une année. Les deux groupes se renforçaient à vue d’œil à travers des ralliements et de nouveaux recrutements. Le spectre des tendances vécu en 1979-80 à N’djaména se dessine à nouveau. La tension est perceptible, chaque fait, chaque acte est analysé et interprété à volonté par l’autre partie, chacun était sur ses gardes. Contrairement aux hommes du duo Deby-Koty, certains hommes du Ministre de l’intérieur Maldom ne cachaient pas leurs ressentiments : « Les Goranes nous ont trahi mais on ne se laisserait pas faire par les Zaghawas » clament-ils publiquement.

Que s’est-il passé le 13 octobre 1991 ?

Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1991, soit moins d’un an après la victoire du MPS, des coups de feu nourris sont entendus à N’djaména. Il y avait beaucoup en ce temps. Maldom qui était ministre de l’Intérieur a été appelé d’urgence à la présidence de la République. Il se précipite pour s’y rendre sans aucune précaution. Il fut immédiatement arrêté, enfermé dans un WC et aurait même été torturé et humilié par ses compagnons de Bamina. L’opération de liquidation de Maldom et de son groupe de MOSANAT minutieusement préparée est lancée à N’djaména et dans les autres villes comme Mongo et Bitkine.

Une véritable chasse à l’homme a eu lieu à N’Djamena et dans tout le reste du pays contre les hommes de Maldom (les Hadjaraï) et cela a duré plusieurs mois. Les morts, les arrestations et disparus se comptent par centaines. A titre d’exemples : Abdoulaye Malloum a été froidement assassiné dans son lit d’hôpital à Melfi, le Com-zone de Dourbali Hassane Barka et le capitaine Assi Issa ont été froidement exécutés.

Les Colonel Garboubou Gatchelmé et Kaffine Chadallah et quelques rescapés de N’djaména tous d’ethnie Hadjaraï parviendront à se sauver et se réfugier autour du massif du Guéra. Un détachement de la garde présidentielle s’est lancé à leur poursuite. Plusieurs combats ont eu lieu. Et comme toujours dans des circonstances pareilles, la répression prend une dimension ethnique.

L’ancien ministre de l’Intérieur, Vice-président du MPS, Maldom Bada Abbas a été accusé de fomenter un coup d’État contre les nouvelles institutions démocratiques du pays. Il a été incarcéré à la maison d’arrêt et de Correction de N’djaména en attendant son jugement.

Entre temps, ses partisans, les Colonels Kaffine Chadallah et Garboubou Gatchelmé créeront une nouvelle rébellion armée, morte née, dénommée : Front d’Action pour l’Instauration de la Démocratie au Tchad (FAIDT) dirigé par un banquier exilé en France, d’ethnie Hadjaraï ayant la nationalité française, éphémère ministre des Finances du MPS, feu Hisseine Lamine, décédé il y a quelques années.

Le FAIDT étant mort-né, le Colonel Kaffine Chadallah et certains fidèles compagnons se réfugient au Nigéria. Là, ils seront contraints de rallier le gouvernement d’Idriss Deby à défaut d’être livrés manu militari par les Nigérians comme ce fut le cas en 1992 avec les responsables du MDD (Goukouni Guet, Mahamat Bidon, Issa Gourane, Mahamat al Boukhari, Oumar Tahar, Oumar Kachallami, etc). Kaffine Chadallah est mort en 1993, en plein séance de la Conférence nationale souveraine de suite d’un arrêt cardiaque. Encore une fois. La conférence nationale et le MPS l’ont vite oublié.

Le procès de Maldom Bada Abbas n’aura pas lieu. Le Président Idriss Deby l’a gracié quelques mois plus tard, une fois son mouvement décapité, ses hommes éliminés. Pour la petite anecdote, l’homme était devenu polygame avec 4 épouses en 10 mois de pouvoir. A sa libération, vue que toutes ses domiciles ont été pillés et occupés par les Zaghawas, le protocole d’État l’a conduit chez sa maman. Blanchi, il sera nommé, ironie de l’histoire, ministre de la Justice. Il n’y restera pas longtemps au gouvernement et sera écarté définitivement du cercle décisionnel du pouvoir MPS. Il gardera tout de même le titre honorifique de Président d’honneur du MPS.

Feu Maldom Bada Abbas est décédé en 2004 dans des circonstances encore une fois mystérieuses. Dans un article publié le 22 octobre 2006 sur le site Tchadactuel, le Dr. Albissati Allazam rapporte : « Il (Maldom) était tombé mortellement malade après un déjeuner avec le Président de la République Idriss Deby Itno ».

Rappelons qu’en ce temps, le contexte politico-sécuritaire était explosif. Le régime MPS était secoué par des vagues de désertions dans l’armée. C’était le début de la rébellion armée du Darfour en 2005. Tout le monde se révoltait contre le régime Deby : les Zaghawas, les Goranes, les Ouaddaiens, les Arabes. Il ne manquait que les Hadjaraïs et les Saras.

Aujourd’hui que reste-t-il de tout cela ? Certains du Guéra croient toujours qu’Idriss Deby a un problème de conscience. En tout cas, beaucoup se sont à cœur défendant aplatis derrière le régime, se casant dans le parti et dans certains ministères (Pétrole, Justice, Éducation, etc.), la Police et l’armée. Point de politique et … d’ambitions.

Signé Youssouf Ramadan

Entrepreneur bâtiment – Paysagiste

N’djaména – Tchad

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