Abdelkerim Yacoub, un opposant ? Un militaire ?

 

Non, un activiste pour un Tchad démocratique et sans violence. Il est d’ailleurs l’un des rares opposants qui milite sans tenir compte des clivages ethniques et politiques. Il ne milite pas seulement contre le pouvoir actuel, il propose aussi des solutions via des think tank, des conférences, des manifestations.

Dans un besoin vital de faire vivre un contre pouvoir jeune et dynamique, Tchadinfos a eu le privilège de l’interviewer.

Voici un extrait de l’Interview d’Abdelkerim Yacoub Koundougoumi donnée au site Tchad Info.

1- BONJOUR, c’est quoi être activiste ?

L’activisme politique n’est rien d’autre qu’une modalité parmi d’autres de la participation politique. J’entends par là , la volonté d’être un citoyen engagé. Engagé dans la défense de droits qu’il estime essentiels. Je pense aussi qu’ici on fait référence à des valeurs que je partage, au sommet desquels se trouve la dignité humaine. De là découlent évidemment des conséquences politiques que souhaite l’activiste. Par exemple le droit d’avoir à boire et à manger, d’être instruit, d’être libre de manifester sa pensée et enfin un droit important celui de vivre en pleine sûreté et sécurité dans son pays.

2- Vous l’êtes depuis longtemps ?

J’ai grandi au Tchad, j’ai été dès mon adolescence habité par cet esprit activiste, même si à l’époque ce mot n’était pas spécialement en vogue. En effet, mes activités associatives dans les mouvements de jeunesses pour la défense des droits de l’homme, la protection de l’environnement ou la promotion de la culture tchadienne était déjà une participation politique, et donc de l’activisme politique. Mon engagement politique actuel est une suite logique d’un processus qui date de mes années au collège à Bol puis à Ndjamena.

3- Quelles sont vos actions concrètes depuis votre exil ?

Notre pays est très enclavé, pour ce qui concerne l’information qui circule sur lui dans le monde. Je veux par là , dire que l’avenir du Tchad, demain passera certainement par la manière dont circule l’information sur le pays dans le monde. Je me suis attelé dès mon arrivée en France à faire parler de mon pays , notamment à travers des espaces de discussion sur l’avenir de l’Afrique, et du Tchad en particulier. J’ai créé un think thank déjà en 2003 « Afrik connexion », qui a animé des réflexions sur les questions relatives à l’avenir social et économique de l’Afrique et plus particulièrement du Tchad. Je participe activement à toutes les actions de l’opposition et de la société civile tchadienne en Exil.

Cet engagement ma permis de prendre conscience de la nécessité de dénoncer ces attentats répétés à la dignité humaine dans mon pays, des abus politiques, et le népotisme du gouvernement. Je pense notamment à la modification de la constitution, qui signifiait surtout que la volonté du sommet du pouvoir était de se maintenir quasiment à vie. Je ne pense pas que le sens de l’histoire du monde aille vers l’autocratie. Nous le voyons la pluralité politique et l’alternance ont des vertus. Elles améliorent les sociétés. Quelles que soient d’ailleurs les formes que prend cette possibilité de pluralité.

4- Quelles sont les raisons de votre exil ?

Je regrette être le ressortissant d’un pays dans lequel l’exil extérieur est la seule manière d’être en sûreté lorsqu’on exprime son opinion sur l’état de la société et de la manière dont on est gouverné.

5- L’exil ne vous éloigne pas des réalités du pays

Le monde aujourd’hui est un village global. Le son et l’image voyagent entre les hommes à la vitesse de la lumière et sont diffusés par le plus extraordinaire appareil de diffusion de l’information inventé par l’homme. Sur ce point, le Tchad est un pays qui je pense ralentit de manière volontaire l’accès de sa population à Internet. C’est un tort. Néanmoins sachez qu’à 6000 kms de N’Djamena, je suis probablement plus informé de ce qui se passe que la plupart des gens qui y vivent. Je suis , grâce à ce réseau, en contact permanent avec de nombreux tchadiens et m’informe quotidiennement des réalités dont vous parlez. Ce sont justement ces informations sur cette réalité qui motivent mon engagement politique dont nous parlions plus haut.

6- Qu’est-ce qui vous manque beaucoup depuis votre exil ?

Mon pays me manque, ma famille, mes amis, la vie au Tchad me manquent. Je souhaiterais, mais il s’agit ici d’un monde idéal en raison des garanties de sûreté dont je vous parlais, pouvoir faire au Tchad ce que je fais à l’extérieur. Actuellement, cela n’est pas possible dans les conditions politiques qui hélas, y prévalent.

7- C’est quoi votre combat, comment résumez-vous votre combat ?

Mon combat est celui que mènent et qu’ont mené tous ceux qui se battent pour la dignité des tchadiennes et tchadiens. Je pense que redonner leur dignité d’hommes et de femmes à nos compatriotes est une tâche majeure du XXIème. Je pense que chaque tchadien devrait être concerné par cette tâche. Mon combat est donc celui pour l’amélioration des conditions de vie des tchadiens qui est en dessous de ce qui devrait être. Par exemple, pensez-vous qu’il soit normal que l’eau et l’électricité manquent dans un pays producteur de pétrole ? Que la moindre aiguille médicale soit impossible à trouver pour les nécessiteux ? Que les journalistes qui dénoncent cette situation risquent à tout moment leur profession et leur vie ? Que des opposants politiques soient assassinés impunément pour leurs idées ? Que les citoyens n’ aient pas accès aux services publics sans avoir à subir la corruption ? Que les opérateurs économiques ne puissent pas entreprendre dans un environnement juridique sécurisé ? Etc.…

8- Vous appartenez à un parti politique ?

Non. J’ai évolué dans la société civile. Je pense qu’une partie essentielle de l’action politique doit d’abord aujourd’hui faire ses preuves au sein de cette société civile. Les partis politiques au Tchad vous savez, avec notre jeune Etat dit moderne, ne sont pas des représentations d’idées, mais plus des représentations de sensibilités ethniques et claniques. Pas tous, mais pour l’essentiel c’est malheureusement le cas …

 

Lire la suite de l’interview sur tchadinfos.com: “Je suis pour ma part un non violent et un pacifiste. Je crois que les solutions politiques proviennent du dialogue et de la concertation inclusive”

 

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