Récit d’une chronique judiciaire

Au Tchad, courant janvier 2020, des cargaisons de stupéfiants ont été saisi par les services de douanes à l’entrée sud de N’Djamena. D’après les investigations, les deux Camions qui transportaient ces chargements de drogues illicites seraient enregistrées aux noms d’un des fils de Saley Deby Itno, le frère cadet du Président de la République.

Or, il se trouvait que, ces deux véhicules impliqués dans le trafic des stupéfiants ont été vendus vers mi-octobre 2019 à 65 millions chacun au Général Tougoud, un ancien cadre des services de renseignement du pays, sans une attestation de vente quelconque. Ce dernier a revendu ces camions, quelques jours plus tard, pour un bénéfice de 10 millions à Suleyman Mahamat Délio, un autre cadre des mêmes services que le premier. Cette fois, une attestation de vente a été proposée, préparée en deux copies par l’acquéreur et signée par les deux parties qui ont gardé chacune une copie du document.

De ce fait, les deux engins de transports seraient les propriétés de Sieur Souleyman Mahamat Délio au moment de la saisie des cargaisons de drogues par la douane. Ce dernier aurait même tenté à plusieurs reprises de libérer les voitures avec leurs cargaisons et a aussi dédouané en son nom les chargements illicites arrêtés en faisant une fausse déclaration de contenus.

D’après, des enregistrements vocaux dont nous détenons une copie, le Sieur avait déjà, au début, essayé d’user de ses relations et de ses influences pour libérer les stupéfiants mais sans succès, car beaucoup de services de sécurité et de renseignement seraient désormais au courant de l’existence de ces marchandises illicites. La situation s’était compliquée pour lui.

Tentative de corruption dans les services de douane

Après que la tentative de libération des cargaisons illicites a échoué, des émissaires aurait été envoyés par le Sieur Souleyman Mahamat Délio auprès de Ahmat Ayeré, le chef de brigade mobile de la douane, pour lui proposer de libérer les voitures et les cargaisons en échanges d’une avantageuse commission. Ce dernier ayant refusé les avances, propose de mettre les émissaires en contact avec le Directeur Général de la Douane pour qu’ils trouvent un compromis dans la légalité.

Reçu par le Directeur Général de la Douane, les émissaires de Souleyman Mahamat Délio auraient proposé une commission de 900 millions de francs CFA en échange de la libération des cargaisons et des camions. Le Directeur, après avoir écouté et avisé de l’intention de ses visiteurs, a appelé les services de renseignement pour leur remettre l’argent censé le corrompre et a saisi le Procureur de la République pour lui informer de l’affaire de trafic des stupéfiants. Une situation qui a abouti à l’arrestation mi-janvier 2020 de plusieurs personnes impliquées dans l’affaire par les agents de renseignements généraux.

Plus de trois semaines plus tard, après des multiples concertations et tractations entre les différentes personnalités de l’Agence Nationale de Sécurité et les proches de Sieur Souleyman Mahamat Délio, le Général Tougoud a été arrêté à son tour début février 2020 par les mêmes agents, pour motif que son nom revient à plusieurs reprises dans la vente des véhicules qui ont servis à transporter les cargaisons de drogues illicites. Il est accusé d’être le propriétaire de ces engins, et donc, faisant parti du réseau de trafic.

Dans les pressions des agents de renseignement, le Sieur Souleyman Mahamat Délio qui aurait affirmé dans le procès-verbal de la police lors de son arrestation que les deux camions l’appartenaient, a changé de version quelques jours après, en désignant le Général Tougoud comme le propriétaire légitimes des véhicules qu’il tentait de libérer. Une déclaration qui a conduit à des longs feuilletons judiciaires.

Chroniques des procès et les non-dits

Les procès de cette affaire de trafic des drogues au tribunal de la première instance de N’Djamena puis à la cour d’appel de Moussoro, sont allés très vite aux verdicts malgré les vices de procédure soulevés par les avocats de deux parties. Tout semble donner l’impression que la justice veut trouver un coupable et refermer très vite ce dossier qui devient très embarrassant pour le pays sur le plan politique et diplomatique.

D’abord, pour la détention abusée des personnes présumées impliquées dans le transport, la fausse déclaration de dédouanement des stupéfiants et la tentative des corruptions des services de douanes, et malgré le fait que les personnes présumées impliquées dans l’affaire ont passé plus de trois mois dans les locaux de l’agence nationale de sécurité, les procès sont allés vite. La justice a estimé que les locaux de cette institution ne relèvent pas d’elle. Alors que dans le décret portant la création de cette agence, il est précisé que cette institution et ses services opèrent selon les lois de la République.

Pendant le procès en première instance, les éléments vocaux qui qui semblent établir que le Sieur Souleyman Mahamat Délio serait la base et voir même le coordonnateur du réseau censé transporter et livrer les stupéfiants à la destination, d’une part et les trafics d’influence de son géniteur auprès de la douane et des services de renseignement pour l’innocenter de cette affaire d’autre part, n’ont pas été retenus comme preuve par le juge. Alors même qu’ils sont capitaux pour déterminer le degré d’implication de chacune des personnes citées dans l’affaire.

Troisième fait majeur, le sieur Tarick qui a convoyé les cargaisons de la frontière jusqu’à N’Djamena n’a pas été entendu par le juge alors que son témoignage serait fondamental pour permettre à la justice d’identifier son employeur ou son complice qui pourrait être le propriétaire des marchandises.  Le juge n’a pas aussi accédé aux requêtes des avocats du général Tougoud qui sollicitent une descente sur le terrain pour faire de constats des lieux de saisie des véhicules.

Autres faits marquants, pendant le procès en appel à Moussoro, le Procureur qui est censé demander la confirmation des peines de dix ans de prisons pour toutes les personnes condamnées comme telle en première instance, a curieusement changé d’avis et a fait une exception pour le Sieur Souleyman Mahamat Délio. En prétendant qu’il a des doutes sur les charges qui pèsent sur ce dernier malgré que beaucoup des preuves démontraient son implication en tant que cerveau des opérations dans cette affaire. Stupéfaction.

Une affaire de trafic de drogue devenu un problème d’Etat

En analysant très près les faits et en suivant les procès de cette affaire de trafic de drogue illicite impliquant les hautes personnalités de services de renseignement, tout donne l’impression que le pays veut sacrifier certains de ses cadres pour redorer son image auprès de l’opinion nationale et auprès de ses partenaires internationaux.

Condamnant lourdement le Général Tougoud, le pays voulait se blanchir de toute implication dans un réseau de trafic de drogue et montrera qu’il ne fait aucune exception dans sa lutte contre les trafics de stupéfiant. Quitte à sacrifier un officier innocent et dévoué pour son travail, celui de sécuriser son pays, pour montrer l’exemple.  Le seul tort du Général est celui de vendre des camions à un acquéreur qui en a fait un mauvais usage, notamment les trafics de stupéfiant.

En dépit des preuves qui vont de la fausse déclaration des contenus à la douane, des tentatives de libération des camions avec leurs cargaisons, des preuves sur des contenus vocaux enregistrés impliquant les vrais auteurs de trafics, les changements de versions de déclaration à la police et au tribunal, le procureur décide d’avoir de doute sur celui que tout incriminerait et sollicite la condamnation de celui qui est lié à l’affaire que par la vente des camions.

Nous continuerons de suivre l’affaire dans sa phase de recours à la cour suprême pour vous informer davantage de cette chronique qui est à la fois passionnante pour le public mais très embarrassante pour le pays.

Correspondance particulière 

Tchadanthropus-tribune

1012 Vues

Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article
Vous devez vous connectez pour pouvoir ajouter un commentaire