Le groupe bancaire gabonais BGFI Bank est visé par une enquête du Parquet national financier français. Les investigations portent sur des flux financiers jugés « suspects » entre ses filiales en République démocratique du Congo (RDC) et la France.

Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire sur la filiale parisienne du groupe bancaire BGFI Bank. Cette saisie du PNF fait suite aux plaintes de trois organisations de lutte anti-corruption : SherpaTransparency International et le Réseau panafricain de lutte contre la corruption (UNIS), à la suite de la publication de l’opération dite « Congo hold-up ».

Établi à Paris depuis 2009, BGFI Bank Europe se retrouve soupçonné de complicité de blanchiments de fonds publics. Le PNF s’intéresse aux flux financiers transférés depuis la BGFI Bank RDC, dirigée, entre 2012 et 2018, par Francis Selemani Mtwale, frère adoptif de Joseph Kabila. Selon les documents de « Congo hold-up », BGFI Bank Europe jouait le rôle de banque correspondante de la BGFI Bank RDC et se chargeait d’effectuer des opérations en devises étrangères. Des flux estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars, qui auraient pu directement profiter à une poignée de membres de la famille et du premier cercle de l’ancien président Kabila. La filiale congolaise du groupe bancaire a été l’un de leurs instruments pour injecter des fonds dans le système financier international, à l’aide de sociétés spécialement créées à cette fin.

Fuite massive de données

Le PNF s’appuie notamment sur l’exploitation de plus de 3,5 millions de documents extraits des serveurs de la banque congolaise rendus publique en novembre 2021 par 19 organes de presse internationaux – parmi lesquels Mediapart et Bloomberg – et des ONG très actives en RDC à l’instar de Resource Matters ou encore The Sentry. Ce « leak » avait été coordonné par la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) présidée par l’avocat parisien William Bourdon et dirigée par son confrère Henri Thulliez. Une partie des données illustre les défaillances du processus de conformité de BGFI Bank Europe à l’égard de certaines opérations jugées « suspectes ». Elles mettent également en exergue le rôle clé de la filiale européenne auprès de la BGFI

Bank RDC. Celle-ci est dirigée, depuis août 2021, par Francesco de Musso, directeur général de BGFI Bank Europe depuis cinq ans, remplacé à Paris par son adjoint Boris Bilé Coffi qui hérite de la gestion de ce dossier judiciaire.

La banque pourrait être amenée à s’expliquer auprès des enquêteurs français sur plusieurs virements et dépôts d’espèces dans sa filiale congolaise, du temps où elle était dirigée par Francis Selemani Mtwale. Plusieurs de ces mouvements bancaires sont liés à la signature de grands contrats miniers ou provenant des caisses d’institutions publiques, comme la Gécamines et la Banque centrale du Congo (BCC). Pour assurer sa défense, le groupe BGFI Bank, présidé par Henri-Claude Oyima, s’est tourné vers l’avocate parisienne Marie-Alix Canu-Bernard. Pour cette dernière, « il n’y a aucun élément nouveau dans cette affaire qui date de 2018 et a été traitée en son temps ».

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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