N’y allons pas par quatre chemins : le choix de Monsieur Alassane Dramane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, dans cette nouvelle aventure n’est pas neutre dans la stratégie de l’Eco, version UEMOA.

Mais, comme de nombreux journaux ont décortiqué le contenu des réformes proposées, résumons un peu :
1- la fermeture des comptes d’opérations à Paris, servant de réserve de changes pour chacun des 14 pays de la zone CFA,  et la restitution des soldes par pays est une très bonne chose.
2- la fin du contrat des administrateurs français au sein de la BCEAO est un symbole important.
Mais,
1- la parité fixe entre l’Eco et l’Euro ne change rien à la survivance de la réalité du CFA. La politique monétaire de l’Eco, version UEMOA, reste dirigée par la Banque Centrale Européenne (BCE) et la France.
2- la garantie de convertibilité illimitée par la France indique que la politique économique et monétaire  de l’Eco, version UEMOA, reste du ressort du pays tuteur.
3- les grandes économies ouest-africaines, Nigeria et Ghana, n’adhéreront pas à la nouvelle version du Franc CFA, rebaptisé Eco, version UEMOA, car elle ne reflète pas la puissance de leurs économies et n’accepteront pas de se soumettre aux politiques monétaires dictées depuis l’Union européenne.
4- L’Eco ne concerne que les 8 pays de la CEDEAO. Les 6 pays de la zone  CFA en Afrique centrale ne sont pas concernés.
5- l’Eco, version UEMOA, ne change rien dans les orientations des politiques monétaires reflétant les fragilités économiques des pays africains qui en sont membres.
Parce que :
1- la monnaie est l’un des attributs de souveraineté internationale des États ou des organisations d’États, l’Eco devrait être une construction souveraine et libre des États concernés, à savoir les 15 pays la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. L’UEMOA ne concerne que les 8 pays anciens utilisateurs du CFA.
2- les économies africaines sont encore trop faibles pour supporter la puissance de l’Euro comme monnaie tutélaire d’échanges des biens et des services, notamment dans les importations des biens d’équipements pour lancer des activités industrielles.
3- l’Eco, version UEMOA, lie encore les économies des pays concernés à l’Union européenne, via l’euro. La réévaluation de l’euro face au dollar pénalise mécaniquement les pays fragiles de la zone CFA et les déconnecte des autres partenaires, tels que les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde, la Turquie, etc.
4- la monnaie africaine de la CEDEAO, l’Eco -version CEDEAO- doit être un “panier de monnaie ajustable”, constitué à partir des monnaies des principaux partenaires économiques. Chaque région africaine, -ici : l’Afrique Occidentale-, choisit la constitution de ce panier en fonction de la densité des échanges. Le yuan chinois, le yen japonais, le dollar américain, l’euro européen, la livre britannique, la rand sud-africain, etc. devraient faire partie du “panier de monnaies” pour constituer l’Eco.
5- la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, comprenant tous les pays de cette Communauté économique régionale, devraient comprendre les gouverneurs issus de chaque État membre et coordonner les politiques monétaires de la région en toute souveraineté.
Ce modèle de construction s’impose ensuite sur les autres Communautés économiques régionales, soit la SADC, la EAC et la CEEAC.
Pour aller plus loin dans cette construction, l’on peut lire les propositions concrètes dans ce livre :

Emmanuel Nkunzumwami

Analyste économique et politique

Écrivain – Essayiste

mail : emmankunz@gmail.com

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