A un an et demi de l’élection présidentielle de 2022, à laquelle il s’est d’ores et déjà déclaré candidat, Jean-Luc Mélenchon multiplie les sorties africaines et les critiques envers la politique d’Emmanuel Macron sur le continent. Derrière cet activisme, le leader de La France insoumise s’appuie sur une équipe diplomatique renouvelée. Enquête. “34 596”, c’est le numéro d’une question écrite posée le 8 décembre par le député Jean-Luc Mélenchon (groupe La France insoumise, LFI) à Florence Parly. Dans la missive, activement relayée sur les réseaux sociaux et dans la presse par l’équipe du patron de LFI, le candidat malheureux à la présidentielle 2017 questionne la ministre française des armées sur la livraison fin 2019 de trois hélicoptères Gazelle au Togo (Africa Intelligence du 17/04/20), qu’il qualifie de “plus vieille dictature d’Afrique de l’Ouest”. Pour rédiger son adresse à la ministre, Jean-Luc Mélenchon a largement sollicité l’un de ses principaux conseillers sur l’Afrique depuis plus d’un an : Thomas Dietrich.
Si le candidat déclaré à la présidentielle de 2022 n’a pas officiellement de “Monsieur Afrique”, il s’appuie néanmoins très régulièrement sur le journaliste et écrivain âgé de 30 ans, particulièrement proche de plusieurs mouvements citoyens en Afrique francophone. Conseiller Afrique de Mélenchon durant la campagne présidentielle de 2017, Patrice Finel s’est ainsi quelque peu mis en retrait, ces derniers mois, de l’entourage de l’ancien ministre socialiste. En novembre 2016, c’est lui qui avait organisé à Paris la rencontre entre Mélenchon et l’opposant gabonais Jean Ping.
Outre Mélenchon, Thomas Dietrich conseille plusieurs députés de La France insoumise. Très actif sur le Tchad ou la Guinée, il est un contributeur régulier du Média, lancé en janvier 2018 par plusieurs proches de la LFI et qui, même s’il proclame son indépendance envers le mouvement lancé par Jean-Luc Mélenchon, reste très proche de ses axes politiques. Il est en outre chargé de l’Afrique au sein du média d’actualités internationales lancé par Jean-Luc Mélenchon en mai 2020 et piloté par sa fidèle communicante Sophia Chikirou, Le Monde en commun.
Le Monde en commun, laboratoire de la politique internationale de LFI. Le site internet, qui se veut un “média d’actualités internationales, d’analyses et de contributions répondant à la théorie de l’ère du peuple”, constitue l’un des principaux laboratoires d’idées de la politique internationale du patron de LFI. Au sein du Monde en commun, un autre contributeur est particulièrement actif sur les questions diplomatiques : Arnaud Le Gall. Chargé de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au sein de la Délégation générale aux relations internationales (DGRI) de la Mairie de Paris, Arnaud Le Gall a notamment la haute main sur la politique internationale de LFI.

Il devrait, dans ce cadre, prochainement rejoindre l’équipe de campagne que forme actuellement Mélenchon en vue de 2022.

Egalement actif sur l’Afrique subsaharienne, Arnaud Le Gall a réalisé le 20 novembre une longue interview de l’ex-sous-directeur Afrique de l’Ouest au Quai d’Orsay, Laurent Bigot. Dans cette dernière, l’ancien diplomate français, qui avait été remercié en 2013 par le ministère des affaires étrangères après des propos jugés “déplacés” au sujet du président burkinabé Blaise Compaoré tenus lors d’une conférence à Paris, tirait notamment à boulets rouges sur la diplomatie africaine de Paris, taclant au passage l’équipe Afrique d’Emmanuel Macron. Reconverti depuis 2014 dans le conseil, Laurent Bigot est très investi auprès du mouvement dit des “Gilets jaunes”, et a même lancé son propre média indépendant, AB7 Média, avec lequel il a couvert plusieurs mobilisations du mouvement.

Tournée africaine en 2021 ?

Depuis cet été, Jean-Luc Mélenchon multiplie les sorties médiatiques sur la vie politique africaine, du coup d’Etat au Mali jusqu’au Togo, en passant par la Guinée ou la Côte d’Ivoire, ne manquant aucune occasion d’épingler la diplomatie d’Emmanuel Macron. Très active contre les “troisièmes mandats anticonstitutionnels”, La France insoumise a été en contact régulier avec le Front national pour la défense de la constitution (FNDC), qui s’oppose à la réélection du président guinéen Alpha Condé.
Rompant avec son tropisme personnel pour l’Amérique latine, qui est aussi celui de Sophia Chikirou, Jean-Luc Mélenchon avait même prévu une tournée africaine en 2020, avant que la pandémie de Covid-19 ne vienne changer ses plans. Ce voyage aurait dû reproduire la tournée sud-américaine qu’il avait effectuée en septembre 2019 et durant laquelle il s’était notamment rendu au Mexique, en Uruguay, en Argentine ainsi qu’au Brésil. Dans ce dernier pays, il s’était entretenu avec l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva. Le périple africain souhaité par le patron de LFI pourrait néanmoins être reprogrammé en 2021.
Parmi les pays que voudrait visiter Mélenchon figure le Burkina Faso, dirigé de 1983 à 1987 par Thomas Sankara, à qui le patron de LFI a régulièrement fait référence.
Parlementaires très actifs sur les dossiers africains sur l’Afrique, Jean-Luc Mélenchon est également aidé par une poignée de parlementaires, à l’instar de Clémentine Autain, d’Adrien Quatennens ou encore de Bastien Lachaud. Ce professeur d’histoire est très investi sur le dossier sahélien (Africa Intelligence du 13/10/20) dans lequel il s’est à plusieurs reprises déclaré pour un retrait graduel de l’opération française Barkhane.
Le 30 novembre 2019, il avait cosigné avec Jean-Luc Mélenchon, cinq jours après le décès de treize militaires français dans un accident d’hélicoptère, une tribune dans le Journal du dimanche. Tous deux y appelaient à “ramener nos soldats à la maison”.
Un message qui avait, dans la foulée, été largement relayé par les députés du groupe parlementaire de La France insoumise. La formation devrait ainsi tenter de mettre tout au long de l’année 2021 la question de la présence française au Sahel au centre de l’agenda politique (Africa Intelligence du 13/10/20).
Autre député en vue sur les dossiers africains : Eric Coquerel.Cet élu de Seine-Saint-Denis avait organisé à l’automne 2019 une rencontre entre Mélenchon et l’opposant nigérien et candidat à la présidentielle du 27 décembre, Ibrahim Yacouba (Africa Intelligence du 06/11/19).

Tchadanthropus-tribune avec la lettre du Continent

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