L’équipe diplomatique du président Emmanuel Macron, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, dimanche 10 avril, poursuit son travail comme si de rien n’était. Mais en coulisses, son avenir et particulièrement celui de la « cellule Afrique », dirigée par Franck Paris depuis 2017, fait l’objet de discrètes consultations.

Emmanuel Macron et son conseiller Afrique Franck Paris, à Nairobi (Kenya), le 14 mars 2019. © Ludovic Marin/AFP

Le premier tour de l’élection présidentielle française a été suivi de très près dans les capitales d’Afrique francophone, d’Abidjan à Bamako. Si une éventuelle « inflexion » de la diplomatie française est espérée au Mali, la reconduction ou non de l’équipe Afrique du président français suscite d’ores et déjà de nombreuses spéculations. Sous réserve d’une réélection d’Emmanuel Macron, au lendemain du 24 avril, aucune décision ne devrait cependant être actée avant le début du mois de mai. Mais derrière ce statu quo de façade, l’avenir est sérieusement envisagé.

2, rue de l’Elysée

Le sort du « M. Afrique » de l’Elysée depuis 2017, Franck Paris, a suscité ces dernières semaines quantité de bruits de couloir au sein du Quai d’Orsay. Ces rumeurs ont successivement, et parfois contradictoirement, présenté le diplomate comme le prochain ambassadeur de France au Kenya ou encore au Sénégal, un scénario d’autant moins probable alors que l’ambassadeur à Dakar, Philippe Lalliot, doit être prolongé une année supplémentaire. A ce jour, aucune option n’est définitivement arrêtée : Franck Paris pourrait également rester en poste plusieurs mois, voire une année supplémentaire, afin de continuer à suivre plusieurs dossiers stratégiques au premier desquels le Sahel. Il est cependant peu vraisemblable que le conseiller rempile pour un quinquennat complet.

En cas d’une hypothétique succession au rez-de-jardin du 2, rue de l’Elysée, plusieurs noms circulent, à commencer par celui de Jean-Christophe Belliard, actuel ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Le profil de l’ancien n°2 du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) avait déjà été évoqué en 2017 pour prendre le même poste. Il avait discrètement conseillé le candidat Macron sur les dossiers africains lors de sa campagne de 2017. Quant à Marie Audouard, conseillère Afrique chargée des diasporas depuis le début du quinquennat, elle pourrait prendre dès cet été la tête d’une ambassade.

Comme si de rien n’était

En attendant et parallèlement à l’élection, la cellule diplomatique de l’Elysée continue à traiter les dossiers internationaux et planche d’ores et déjà sur des échéances prévues au-delà du mois d’avril, notamment dans le cadre du suivi du Sommet Afrique-France. Marie Audouard s’est elle-même rendue à Abidjan du 21 au 22 mars, où elle a participé à une séquence à ce sujet. L’Elysée phosphore également sur la création de la « maison des mondes africains », qui devrait être dirigée par l’universitaire Achille Mbembe, ainsi que sur l’avenir du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), sous la responsabilité depuis 2019 de Wilfrid Lauriano do Rego.

Le mercato des ambassades africaines, qui devraient débuter dès le mois de mai, pourrait également largement rebattre les cartes alors que plus d’une dizaine de représentations sur le continent doivent être renouvelées cet été (Afrique du Sud, Maroc, Ouganda, Ghana, Cameroun, Congo, Tchad, Kenya, Niger, Madagascar…). Plusieurs conseillers ministériels – notamment au sein du cabinet du chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian – se sont d’ores et déjà positionnés sur plusieurs d’entre elles.

Retour à l’Elysée

Deux diplomates particulièrement influents auprès du président français sur les dossiers africains devraient dans ce cadre quitter leur poste : Aurélien Lechevallier, ambassadeur en Afrique du Sud et Jules-Armand Aniambossou, à la tête de la chancellerie tricolore à Kampala. Les deux hommes n’ont en effet pas souhaité solliciter une quatrième année supplémentaire à la tête de leur ambassade respective. Ancien n°2 de la cellule diplomatique, lorsque celle-ci était dirigée par Philippe Etienne, Aurélien Le Chevallier devrait vraisemblablement opérer un retour au château en cas de réélection d’Emmanuel Macron.

L’ambassadeur de France en Ouganda, qui a coordonné le CPA de 2017 à 2019, pourrait quant à lui prendre la tête d’une nouvelle ambassade. Comme Emmanuel Macron et Franck Paris, Aurélien Le Chevallier et Jules-Armand Aniambossou sont tous deux issus de la promotion Léopold-Sédar-Senghor (2004) de l’ENA.

Du côté de l’Afrique du Nord et Moyen-Orient, le sort de l’actuel conseiller d’Emmanuel Macron, Patrick Durel, ne devrait être tranché qu’en mai.

Le climat d’incertitude qui entoure l’avenir de la cellule diplomatique de l’Élysée contraste avec la fin de mandat de François Hollande, il y a cinq ans. L’ancien chef de l’État avait en effet procédé dès 2016 à une série de nominations de plusieurs de ses collaborateurs à la tête d’ambassades.

Emmanuel Macron avait néanmoins annoncé la couleur dès le mois de janvier, faisant le choix de ne procéder à aucune nomination d’ambassadeur avant la présidentielle (AI du 15/02/22). Leur renouvellement devrait ainsi s’étendre progressivement sur trois mois, entre début mai et fin juin, au lendemain des élections législatives, avec un départ en poste des nouveaux titulaires en juillet.

Africa intelligence

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