À deux semaines du premier tour, quels candidats ont les faveurs des Français issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne ? Décryptage du sondage IFOP commandé par Jeune Afrique.

Sondage exclusif : pour qui votent les Français d’origine africaine

Décalé. En rupture. Lorsqu’on découvre les intentions de vote des citoyens français d’origine africaine à l’élection présidentielle qui va se tenir les 10 et 24 avril prochain, la première impression est celle d’un grand écart avec la moyenne de la population. « En ce moment, nous faisons des enquêtes sur la présidentielle tous les jours, confirme Frédéric Dabi, le directeur du pôle opinion de l’Ifop, qui a réalisé ce sondage pour Jeune Afrique. Nous avons interrogé les cadres, les jeunes, les seniors, les LGBT… Aucune catégorie ne présente un tel décalage avec la moyenne de l’électorat. »

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Il faut aussi noter, ajoute le sondeur, la continuité très nette des opinions exprimées. En 2007, l’Ifop avait déjà sondé pour JA les électeurs d’origine africaine, et ceux-ci plébiscitaient alors la socialiste Ségolène Royal (57 % d’intentions de vote au premier tour), très loin devant tous ses concurrents et en particulier celui qui allait, finalement, sortir vainqueur du scrutin, Nicolas Sarkozy.

Mélenchon superstar

En 2022, la tendance est comparable, quoique dans des proportions moindres : c’est Jean-Luc Mélenchon, candidat de gauche le mieux placé dans les sondages (mais avec un score oscillant entre 11 % et 12 %) qui se détache, avec 36 % d’intentions de vote. Loin devant le favori de toutes les enquêtes d’opinion, le président sortant Emmanuel Macron (27 %). Quant aux autres, tous les autres, ils sombrent à moins de 10 %.

LA « FRANCE DE LA DIVERSITÉ » PENCHE CLAIREMENT À GAUCHE

« Comme en 2007, poursuit Frédéric Dabi, il se confirme que cette population a vraiment un tropisme de gauche. Si l’on additionne les candidats de ce camp, on obtient un total de 47 % ». Un phénomène connu : dans la dernière édition de la grande enquête Trajectoires et origines consacrée par l’Institut national d’études démographiques (Ined) à la diversité en France, le politologue Vincent Tiberj et le démographe Patrick Simon notaient déjà que « la “France de la diversité” penche clairement à gauche », cette inclination pouvant s’expliquer « par l’influence du milieu d’origine qui devrait s’estomper avec l’intégration sociale et notamment la mobilité sociale, par des raisons religieuses ou, selon plusieurs auteurs, par l’influence des discriminations raciales et ethniques. »

Dans le détail, et même si l’Ifop n’a pas, cette année, distingué au sein de son échantillon les personnes d’origine maghrébine (majoritaires) et celles issues d’Afrique subsaharienne, des éléments d’information existent et font émerger certaines différences. Les électeurs descendants de familles maghrébines sont ainsi, globalement, plus à gauche que la moyenne, avec 38 % d’intentions de vote pour Jean-Luc Mélenchon, contre 36 % pour le total du panel. Les Subsahariens, à l’inverse, seraient moins hostiles à Valérie Pécresse (13 % de suffrages), mais l’échantillon semble trop faible pour en tirer des conclusions définitives.

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Pécresse et Hidalgo à la traîne

L’extrême polarisation du vote de la population étudiée suscite, par ailleurs, des interrogations : derrière le duo de tête, composé du candidat de gauche le mieux placé dans les sondages et du président sortant, nul n’atteint les 10 % d’intentions de vote. Les candidats de ce que l’on appelait encore, il y a cinq ans, les « partis traditionnels » – Les Républicains, le Parti socialiste – affichent des scores insignifiants. La socialiste Anne Hidalgo ne recueille ainsi que 10 % des voix des électeurs, se déclarant proches du parti qu’elle représente et 4 % chez ceux qui avaient opté pour son prédécesseur, Benoît Hamon, en 2017. L’immense majorité de l’ancien électorat PS a fui, dans des proportions presque égales, dans les camps Macron et Mélenchon.

Intention de vote des électeurs de la diaspora au premier tour de la présidentielle 2022 en France. © Jeune Afrique/Ifop

Le bilan est moins catastrophique pour la représentante de la droite républicaine, Valérie Pécresse, qui capte presque la moitié des électeurs se déclarant proches du parti qui l’a intronisée. Mais beaucoup d’anciens fidèles sont partis chez Macron, Zemmour ou même Mélenchon, et seuls 32 % des électeurs ayant voté François Fillon en 2017 disent cette année vouloir choisir la candidate des Républicains. L’atmosphère très particulière de la campagne électorale explique sans doute en partie ces résultats. À droite, la primaire visant à désigner le candidat et la droitisation générale des discours ont laissé des traces.

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Mélenchon ne fait plus peur

À gauche, l’échec complet des tentatives de rapprochement ou d’union entre les différentes formations a contribué à faire de Jean-Luc Mélenchon, indéboulonnable candidat insoumis, un choix par défaut pour des électeurs déboussolés. L’attaque de l’Ukraine par la Russie, fin février, a encore contribué à perturber les électeurs, d’origine africaine ou non.

« C’est une campagne extrêmement étrange, insiste Frédéric Dabi. D’ordinaire, lorsque le scrutin approche, le débat public se concentre sur des sujets nationaux, on s’interroge sur l’identité du pays, et les questions internationales n’existent plus. Cette année avec l’Ukraine, ces questions comptent et influent sur le choix des électeurs, avec le fameux “effet drapeau”, qui pousse un certain nombre d’entre eux à se tourner vers le président sortant, dans un réflexe légitimiste. Mon hypothèse, c’est que l’électorat d’origine africaine réagit comme tous les autres et est sensible à ces questions. »

 LE DISCOURS RELATIVEMENT APAISÉ SUR L’ISLAM DU CANDIDAT DE GAUCHE LUI A GAGNÉ DE NOMBREUSES SYMPATHIES

Si le statut de meilleur candidat à gauche de Jean-Luc Mélenchon est confirmé par notre sondage, l’ampleur du score du chef des Insoumis peut étonner. L’ancien socialiste incarne en effet une gauche relativement radicale, dont on aurait pu penser qu’elle pouvait effrayer une partie des électeurs, plus enclins à opter pour l’écologiste Yannick Jadot, la socialiste Anne Hidalgo, voire le communiste Fabien Roussel. Il n’en est rien : Mélenchon fait pratiquement le plein des voix de gauche et, dans une simulation de deuxième tour face à Emmanuel Macron, il l’emporte même d’une courte tête. Même si l’Ifop précise ici que l’écart minime (51-49) se situe « dans la marge d’erreur ».

« On peut véritablement parler de “tropisme Mélenchon”, confirme Frédéric Dabi. C’est même assez impressionnant car il est en tête dans pratiquement toutes les catégories de la population. » Et de fait, si les électeurs d’origine africaine optant pour le leader de gauche sont en moyenne plus jeunes, issus des classes moyennes et des zones urbaines, et légèrement moins diplômés que la moyenne, Mélenchon arrive aussi en tête des intentions de vote chez les dirigeants d’entreprise, les retraités ou (très légèrement) chez les diplômés de l’enseignement supérieur.

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Visiblement, « Méluche » ne fait plus peur et suscite de plus en plus de votes d’adhésion. « On n’est plus sur la figure tribunicienne qui clamait en 2012 : “je suis le bruit et la fureur” et venait de claquer la porte du PS », insiste Frédéric Dabi. Il ne fait guère de doute non plus que le discours relativement apaisé du candidat sur l’islam lui a gagné de nombreuses sympathies, surtout dans un contexte où toute la droite, mais aussi une partie de la gauche s’autoproclamant « républicaine », n’a cessé de brandir l’épouvantail du « séparatisme ». Sans même parler d’un Éric Zemmour qui répète sans se lasser que « l’islam et l’islamisme, c’est la même chose ».

Rappelant l’Histoire comme le fait, justement, Zemmour, Mélenchon ne rate pas une occasion de souligner que « les musulmans n’ont jamais manqué à la France : ni à Monte Cassino, ni pendant le débarquement de Provence, alors que bon nombre de ceux qui leur font des leçons, eux, ont manqué à la France ». Louant la « créolisation » de la société, mettant en avant la députée franco-gabonaise Danièle Obono, le leader insoumis prend à rebours certaines idées présentées comme des « évidences » par la droite et l’extrême droite. Il appelle à la régularisation de tous les travailleurs sans papiers, veut remplacer les patrouilles de surveillance aux frontières par un corps civil de sauvetage en Méditerranée, protéger les « mineurs isolés » étrangers « comme tous les enfants »…

Un discours qui parle à une partie de l’électorat issu de l’immigration, également séduit par la propension du dirigeant de gauche à taper à bras raccourcis sur tous les symboles de la « Françafrique », présence militaire en tête, et à se montrer tolérant avec les régimes les plus hostiles à Paris.

LE CANDIDAT MACRON PLAÎT PARTICULIÈREMENT AUX ÉLECTEURS D’ORIGINE AFRICAINE LES PLUS ÂGÉS

Macron, le choix de la sécurité

En deuxième position, le président sortant, qui n’a déclaré que très tardivement sa volonté de briguer un second mandat, même si nul n’en doutait, enregistre-lui aussi un très bon score chez les électeurs d’origine africaine. À 27 % d’intentions de vote au premier tour, il est proche des performances enregistrées dans les enquêtes menées auprès de la population générale, qui le créditent en général de 29 % à 30 %.

Au second tour, il est au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon mais écrase Marine Le Pen dans l’hypothèse – probable, à ce jour – où elle serait à nouveau son adversaire : 73 % contre 27 %. Soit un écart bien plus net qu’en 2017, où le tout jeune ex-ministre de François Hollande l’avait emporté avec 66,1 % contre 33,9 % pour la dirigeante du Front national.

Intention de vote des électeurs de la diaspora au second tour de la présidentielle 2022 en France. © Jeune Afrique/IFOP

Dans l’actuel contexte de crise profonde et angoissante, le réflexe légitimiste semble jouer à plein, et beaucoup d’électeurs privilégient la sécurité, préférant rester en terrain connu et reconduire le sortant. Qui affiche en outre des positions moins clivantes que la plupart de ses adversaires, en particulier sur l’immigration ou l’islam. « Bien sûr il n’est pas en tête, mais 27 % pour un président sortant ce n’est absolument pas infamant. Je crois que la légitimité du sortant joue très fortement, on n’avait pas vu cela à un tel niveau depuis Mitterrand en 1988 », commente Frédéric Dabi.

Qui détaille le profil type de l’électeur macroniste : un peu plus âgé que la moyenne – même si le président enregistre de très bons scores chez les primo-votants – plutôt urbain, appartenant aux catégories sociales supérieures et plus diplômé que la moyenne. Le candidat Macron plaît particulièrement aux électeurs d’origine africaine les plus âgés (il est en tête des intentions de vote chez les 65 ans et plus), ainsi que chez ceux qui n’affichent pas de sympathie partisane marquée et se retrouvent dans son discours de « dépassement du clivage droite-gauche ».

Zemmour et Marine Le Pen pas totalement disqualifiés

Loin derrière le duo de tête, on trouve un trio composé de la candidate de droite, Valérie Pécresse (6 %), et des deux représentants de l’extrême droite : l’« habituée » Marine Le Pen, à 9 %, et le nouveau venu, le polémiste Éric Zemmour, à 6 %. Des scores très nettement inférieurs à ceux des sondages menés auprès de la population générale, dans lesquels Zemmour et Pécresse évoluent autour de 11 % ou 12 % tandis que la candidate du Rassemblement national (RN, le nouveau nom du FN) est solidement accrochée à la deuxième place, entre 17 % et 19 %.

Ces chiffres constituent une surprise si l’on se réfère à la précédente enquête menée par l’Ifop pour Jeune Afrique en 2007. À l’époque, le seul candidat d’extrême droite était Jean-Marie Le Pen, le patriarche de la lignée, et il recueillait péniblement 1 % des intentions de vote chez les électeurs d’origine africaine.

LA STRATÉGIE DE « DÉDIABOLISATION » MENÉE DEPUIS DES ANNÉES PAR MARINE LE PEN A PORTÉ SES FRUITS

Les temps changent, et la stratégie de « dédiabolisation » menée depuis des années par Marine Le Pen, qui tente de gommer les aspects les plus radicaux de son discours et a exclu du mouvement ses militants les plus bruyamment racistes et antisémites, a porté ses fruits. « Il y a une certaine institutionnalisation du RN, admet Frédéric Dabi, mais à un niveau encore assez faible. Si vous additionnez le score de tous les candidats de la droite extrême, en ajoutant aussi Nicolas Dupont-Aignan, vous obtenez 16 %. Sans être ridicule, c’est deux fois moins que dans l’ensemble de l’opinion. Ce vote reste archi marginal au sein de la population étudiée ici. »

Marginal mais pas nul, et cela étonne. Certes le parti de Marine Le Pen a poli son discours, se pose avant tout en défenseur des couches populaires et des déclassés face à une supposée élite déconnectée des réalités et inféodée aux instances européennes. Mais la lutte contre l’immigration et la stigmatisation des musulmans reste solidement ancrée au cœur de son projet dont on voit mal comment il peut séduire certains électeurs qui en constituent une cible désignée.

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Quant à Éric Zemmour, on peine encore plus à comprendre comment ses propos caricaturaux sur le « grand remplacement » ou les musulmans qui seraient tous des islamistes souhaitant imposer la charia ne le disqualifient pas entièrement aux yeux de l’électorat issu de l’immigration maghrébine et subsaharienne. Tanguy David, l’étudiant noir régulièrement mis en avant lors des meetings du candidat de Reconquête !, a lui-même fini par jeter l’éponge, dénonçant à la mi-mars les agressions dont il avait été victime, y compris dans son propre camp. « J’ai moi-même été la cible d’injures racistes et de messages abjects, en raison de ma couleur de peau, par des soutiens du mouvement Reconquête ! », a-t-il déploré sur les réseaux sociaux, annonçant son ralliement aux Républicains et son intention de déposer plainte.

Le relatif succès des candidats d’extrême droite dans les sondages, la présence de thèmes très identitaires dans les débats de la primaire de droite, les affrontements à gauche entre une tendance très critique à l’égard des musulmans au nom de la laïcité et une autre plus encline à prôner le vivre-ensemble, accusée par certains de capituler face à la « menace » djihadiste ont profondément imprégné l’atmosphère.

Plus de violences racistes

Interrogées sur la façon dont la perception des Français d’origine africaine a changé au cours des dernières années, les personnes sondées par l’IFOP se montrent majoritairement pessimistes. Plus de la moitié d’entre elles (53 %) estiment que la situation a évolué « plutôt en mal » contre 22 %, qui la voient changer « plutôt en bien » et 25 % qui jugent que rien n’a bougé. Aux mêmes questions, la population française en général répond à 42 % que les choses vont plus mal, à 17 % qu’elles vont mieux et à 41 % qu’elles ne changent pas.

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« Ce décalage entre les personnes d’origine africaine et la moyenne de la population est préoccupant, souligne Frédéric Dabi. En tout cas, tout le monde pense que les choses se dégradent. » Les chiffres publiés début mars par le ministère français de l’Intérieur le confirment d’une certaine façon. Entre 2019 et 2021, les autorités ont enregistré une hausse de 13 % des crimes et des délits à caractère raciste dans le pays (et même de 26 % en ce qui concerne les contraventions relatives à ce genre de faits).

L’étude annuelle précise aussi que « les ressortissants d’un pays d’Afrique représentent à eux seuls 14 % des victimes alors qu’ils ne représentent que 4 % de l’ensemble de la population ». Et que ces statistiques, reposant sur le décompte effectué par les services de police et de gendarmerie, sont très certainement sous-estimées, car, « selon une enquête menée entre 2013 et 2018, seule 1 victime de menaces ou de violences physiques racistes sur 4 et 1 victime d’injures racistes sur 20 déclare avoir déposé plainte. »

L’ATMOSPHÈRE PESANTE JOUE SUR LE TAUX D’ABSTENTION ET LE NIVEAU D’INCERTITUDE

Abstention et incertitudes

Au-delà du choix de tel ou tel candidat, l’atmosphère pesante de la campagne électorale et de l’actualité internationale semble aussi se refléter dans le taux d’abstention et le niveau d’incertitude de certains électeurs. Parmi les personnes sondées par l’Ifop, 45 % ne se disent « pas certaines » d’aller voter le 10 avril, et 31 % ne sont pas certaines de leur choix.

Le niveau de doute est particulièrement élevé chez le chômeurs (57 %), les personnes peu ou pas diplômées (61 %) et celles n’affichant aucune affinité partisane (60 %). « On est presque à la moitié des personnes interrogées qui songent à s’abstenir, souligne Frédéric Dabi. Cela en dit long sur la désaffection, l’idée d’une certaine vanité du vote dans le contexte, un malaise peut-être. »

Indice de participation des électeurs de la diaspora à la présidentelle 2022 en France. © Jeune Afrique/Ifop

« Le vote reste l’acte politique central par excellence en démocratie », rappellent dans l’étude « Trajectoires et origines » les chercheurs Patrick Simon et Vincent Tiberj, et l’inscription sur les listes électorales constitue, pour les Français d’origine étrangère, un signe fort de leur volonté d’intégration. Traditionnellement, on estimait que les immigrés naturalisés étaient, en moyenne, deux fois moins inscrits sur ces listes que la population majoritaire.

Mais cette tendance a évolué depuis une vingtaine d’années, et le taux de participation aux élections des citoyens issus de familles immigrées tend à se rapprocher de la moyenne. Une tendance qui fait écho au fait que, dans ces familles, le sentiment d’être français est généralement très fort dès la deuxième génération et a tendance à se renforcer avec le temps, même si l’impression de ne pas être considéré comme français à part entière par une partie de la population peut demeurer présente.

Voter, c’est affirmer son intégration à la communauté nationale, son adhésion à ses valeurs. Lorsque les valeurs en question semblent remises en question, que certains candidats à la magistrature suprême contestent dans leurs meetings l’idée d’intégration, des questions émergent. Elles expliquent sans doute en partie les résultats de la présente enquête.

Jeune Afrique

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