Extension de l’aéroport Diori-Hamani de Niamey par le groupe turc Summa. ©DRAlors que de nombreuses capitales se dotent de nouvelles plateformes aéroportuaires pour décongestionner les centres urbains, ces chantiers soulèvent, malgré l’insécurité croissante dans la sous-région, une âpre concurrence entre anciennes et nouvelles puissances sur le continent. Analyse.

Un bastion de Paris

Entreprises locales et internationales s’arrachent les marchés générés par la construction de l’aéroport de Ouagadougou-Donsin. Un projet rendu nécessaire par l’enclavement progressif dans la ville de l’actuel aéroport international Thomas-Sankara. Située à une trentaine de kilomètres de la capitale, la nouvelle enceinte sera inaugurée en 2021. Les travaux sont pilotés par MeridianAéroport de Marseille après des études préalables confiées à la société Egis. Les lobbyistes de ce consortium, parmi lesquels l’ex-ambassadeur de France au Sénégal Jean-Félix Paganon, ont rencontré fin mars le premier ministre, Christophe Dabiré, pour faire avancer le dossier. Celui-ci doit être finalisé en août. Meridian-Aéroport de Marseille finance et construit le terminal via un partenariat public privé (PPP). Il en assurera la gestion pendant trente ans.

Sogea-Satom construira, pour sa part, les voies d’accès à l’aéroport. D’autres opérateurs se sont positionnés sur les contrats annexes, à l’instar du tunisien Soroubat sur la voirie. Les appels d’offres pour la construction de la tour de contrôle et de la piste d’atterrissage doivent être lancés en juillet. Sont pré-qualifiés : Sogea-Satom associé au koweïtien Kharafi ; le consortium français EiffageDT Terrassement ; le chinois China Airport Construction Group Corp (CACC) ; l’espagnol Acciona ; le consortium turco-tunisien TAV Construction-Soroubat.

Summa étend sa toile

A l’inverse, les nouveaux aéroports de Dakar et de Niamey ont éloigné les intérêts français au profit de Summa. Porte-étendard d’Ankara mais aussi de Turkish Airlines en Afrique, le groupe familial fondé par Mete Bora et dirigé par ses fils Selem BoraSinan Bora et Fatih Bora s’est associé au Saudi Bin Laden Group sur l’aéroport international Blaise-Diagne de Diass.

Summa fait une percée remarquée en Afrique de l’Ouest, contrôlant de bout en bout l’extension de l’aéroport Diori-Hamani de Niamey. Il est appelé à gérer cette enceinte qui, en juillet, accueillera le sommet de l’Union africaine (UA), tout comme les activités de sécurisation et de contrôle.

En Sierra Leone, Summa a décroché, fin 2018, la construction de l’aéroport de Lungi, dans l’estuaire du fleuve Sierra Leone. Un contrat rendu possible après l’éviction par le président Julius Maada Biode China Railway Group, initialement retenu pour ce projet sous le régime de son prédécesseur Ernest Bai Koroma.

Dominante au Congo-K, la Chine modernise pour sa part l’aéroport international de Ndjili-Kinshasa via Weihai International Economic & Technical Cooperative (WIETC). Ces travaux nécessitant 364 millions $ d’investissement ont été lancés en mai 2018 par Joseph Kabila. Ils ne seront pas remis en cause par son successeur Félix Tshisekedi.

Singapour en force au Gabon

Libreville attend également son nouvel aéroport. Situé à Nkoltang, à 36 km de la capitale, ce dernier est érigé par la filiale du groupe singapourien Olam, pilotée par Gagan Gupta. La livraison est attendue pour juin 2021. L’aéroport sera géré par GSEZ Airports, filiale du groupe singapourien qui pilote déjà l’aéroport Léon-Mba de Libreville et celui de Port-Gentil depuis octobre 2018.

Au Congo-B, Aéroports du Congo (AERCO), société détenue par Segap, le Français Egis Airport Operation, l’Etat congolais et des privés, gère les deux principaux aéroports du pays : Maya Maya-Brazzaville et Agostinho-Neto de Pointe-Noire. Réaménagé par le chinois Weitec, l’aéroport de la capitale pétrolière a repris ses opérations en avril, après plusieurs mois de travaux.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent.

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