Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) publie, ce mardi 7 février, un rapport sur les logiques à l’œuvre dans la montée des violences extrémistes en Afrique subsaharienne, plus particulièrement les processus d’adhésion à des groupes extrémistes. La situation économique constitue la principale motivation à s’enrôler.

 

Le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement se penche sur « les voies du recrutement et du désengagement » des groupes armés extrémistes en Afrique subsaharienne. C’est le second de ce type, après un premier rapport sur les facteurs de l’extrémisme en 2017. La question est d’autant plus saillante que ces dernières années, la région est devenue un « épicentre » du terrorisme à l’échelle de la planète, constatent les chercheurs du Pnud.

Ces derniers ont interrogé 2 200 personnes dans huit pays d’Afrique subsaharienne : le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, le Mali, le Niger, le Nigeria, la Somalie et le Soudan. Parmi elles, plus d’un millier a fait partie d’un groupe extrémiste violent, volontairement ou non ; 25% des anciennes recrues volontaires citent le manque d’opportunités d’emploi comme première raison de rejoindre un groupe extrémiste. Le chômage n’est pas en lui-même un vecteur d’adhésion, mais la précarité économique, les difficultés matérielles, poussent les personnes à s’enrôler. La religion, elle, est la troisième motivation la plus citée.

 

Les moteurs du recrutement

L’adhésion à un groupe extrémiste peut se jouer très tôt, dès l’enfance. Les conditions de vie d’un enfant, son « bonheur », ont un impact significatif sur les risques qu’il finisse par rejoindre un groupe violent. La présence et l’implication des parents est déterminante. L’éducation, même basique, est aussi un frein aux dérives extrémistes. Toutes choses égales par ailleurs, une année supplémentaire de scolarisation réduit de 13% les risques d’enrôlement volontaire.

 

L’éducation religieuse a également un rôle à jouer : les recrues volontaires sont généralement moins cultivées en la matière, ne lisent pas directement les textes, mais s’appuient sur des sources intermédiaires. Selon le rapport, l’instruction et la culture religieuse sont déterminantes dans la résistance à l’extrémisme.

Par rapport aux résultats de 2017, le Pnud constate une dégradation de la confiance dans les institutions et l’État. Dans certaines zones, les groupes armés viennent justement combler des failles en apportant des services normalement assurés par l’État. Au Mali, 70% des anciennes recrues soulignent le rôle de ces groupes dans la médiation de conflits locaux.

 

Comment en sortir ?

Soixante-dix-sept pour cent des recrues ayant choisi de quitter les groupes extrémistes expliquent avoir été déçues et désabusées. Les pratiques (meurtres de civils notamment) et l’idéologie de ces groupes sont à l’origine des départs volontaires. Quarante pour cent citent aussi les programmes d’amnistie mis en place par les gouvernements.

La prolifération des groupes armés, la progression de l’insécurité et de l’instabilité dans certaines zones menacent le développement, rappelle le Pnud. Le rapport cible par ailleurs les solutions militarisées à l’extrémisme violent : « Les réponses antiterroristes axées sur la sécurité sont souvent coûteuses et peu efficaces ». L’organisation défend les approches préventives qui souffrent, selon elle, d’un manque cruel d’investissement.

Le Tchadanthropus-tribune avec Rfi

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