La fulgurante pénétration turque sur le continent est gérée directement par le président Erdogan, avec quelques interlocuteurs clés.

Effectuant, du 6 au 11 décembre, son deuxième séjour en Turquie en moins de deux mois (LC n°811), le président guinéen Alpha Condé n’a eu aucun contact avec l’entourage du ministre des affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu. Et pour cause : depuis l’accession de Recep Tayyip Erdogan à la présidence, en 2014, le ministère ne joue plus aucun rôle dans la politique africaine de la Turquie. Le président écoute en revanche les dirigeants de l’ONG musulmane IHH (Insan Hak ve Hürriyetleri), ainsi que quelques oligarques actifs sur le continent.

Secours musulman

Numéro deux d’IHH, Hasan Aynaci est l’homme qui centralise les dossiers africains au sein de l’ONG. Pays par pays, en partenariat avec l’agence de coopération turque TIKA, IHH coordonne le remplacement des écoles et des structures humanitaires mises en place par les réseaux de l’imam Fethullah Gülen, allié devenu ennemi juré d’Erdogan. La Guinée, le Sénégal et le Gabon ont été les premiers à fermer les établissements Gülen, qui continuent cependant à prospérer au Nigeria et en Afrique du Sud, et ce malgré les efforts de l’oligarque du textile Remzi Gür, un ami personnel d’Erdogan qui est également consul honoraire de Turquie à Pretoria.

Signe de l’importance des réseaux religieux dans la politique africaine turque, le principal think-tank stambouliote sur l’Afrique, Ortadogu ve Afrika Arastirmacilari Dernegi (Ordaf), est animé par un professeur de théologie musulmane, Ahmet Kavas, qui fut ambassadeur au Tchad de 2013 à 2015.

Diplomatie privée

Outre les responsables religieux, une poignée d’oligarques actifs en Afrique ont également l’oreille du président. Parmi eux : les dirigeants du conglomérat Albayrak, qui gère les terminaux minéraliers du Port autonome de Conakry et est également présent à Mogadiscio ; le géant du BTP Kalyon appartenant à la famille Kalyoncu, qui vient de remporter un contrat pour construire un réseau routier express pour les bus de Bamako ; Cengiz Insaat, candidat malheureux à la construction du barrage de Kandadji, en amont du fleuve Niger, mais qui vient de déposer une offre pour les infrastructures de la mine de Konkola, dont le gouvernement zambien tente de reprendre le contrôle à l’indien Vedanta Resources (AMI n°442).

Toutes ces entreprises, et d’autres comme le conglomérat Summa, bénéficient du soutien actif de la Turk EximBank. Pour pousser les intérêts de son pays sur le continent, Erdogan sollicite par ailleurs régulièrement le DEIK (Conseil turc des relations économiques extérieures, LC n°799). Très actif en Afrique, ce groupement des entreprises turques actives à l’export, qui est dirigé depuis 2017 par l’homme d’affaires Nail Olpak, dispose notamment d’une trentaine d’antennes sur l’ensemble du continent.

Tchadanthropus-tribune avec La Lettre du Continent

 

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