Bien parti pour s’approprier la fibre optique, le Tchad a laissé le Cameroun lui ravir la place avant qu’Esso ne parvienne à drainer le produit dans ses champs pétroliers de Doba. Mais bien que reliée à N’Djamena depuis plus d’un an, la fibre optique n’est toujours pas accessible au grand public.
 

16 mars 2012. A la Chambre d’équipements de Goudji, le président de la République, Déby Itno, inaugure la première phase qui matérialise la fin du transport de la fibre optique de Komé à N’Djamena, sur 700 km. L’événement se célèbre à grandes pompes. Assis devant un écran d’ordinateur, le chef de l’Etat entre en communication avec son ambassadeur en France. Le diplomate tchadien à Paris et le personnel de l’ambassade communiquent avec leur président de la République, comme s’ils étaient face à face. Le commun des mortels, à travers cet exercice, pense que la fibre optique est ainsi lancée.  

 

Le Tchadien ordinaire pense également que l’opérationnalité de la fibre ne saurait tarder, pour permettre à tous les usagers d’être enfin connectés à haut débit, et à des coûts acceptables. Que non! Seize mois après la cérémonie solennelle, plus rien! Personne ne sait trop ce que devient la fibre optique. A l’Office tchadien de régulation des télécommunications (OTRT), la satisfaction d’avoir drainé la fibre optique de Komé à N’Djamena prend le dessus sur toute autre considération. Mission accomplie. Même s’il a manqué de savoir- faire et de perfectionnisme dans la manière d’enfouir le câble à fibre le long de son parcours de Komé à N’Djamena.  

 

Par endroit, le câble est à ciel ouvert. Effectivement, la prouesse de l’OTRT est d’avoir réussi à traîner sur cette distance le câble de 12 filaments à N’Djamena, sur les 24 qui forment le bouquet transporté depuis le terminal camerounais à Komé. C’est dire que le pétrolier Esso et l’Etat tchadien se sont partagés à équité les filaments. Et pour avoir transporté le câble des côtes camerounaises dans les champs pétroliers de Komé, l’Etat tchadien a dû débourser à Esso une bagatelle de 400 millions francs CFA en compensation. Depuis son lancement, l’on n’entend plus parler de la fibre optique. Pourtant, elle était vivement attendue pour offrir une large bande nécessaire au développement des Technologies de l’information et de la communication (Tic) qui, sous d’autres cieux, ont le mérite de booster le développement socioéconomique des pays, et de vendre les meilleures images des Etats à l’extérieur. Chez nous, le projet est en train de se rétrécir comme peau de chagrin. Pour cause, trouver un opérateur d’un plateau technique à même de gérer et d’exploiter la fibre optique pose problème. Conséquences immédiates, la gestion de la fibre optique fait l’objet de moult tractations. Et l’espoir que beaucoup ont placé en elle tend à se dissiper. Bien malin qui peut savoir si oui ou non ce produit est utilisé à N’Djamena. Même les techniciens abordent la question en émettant beaucoup de réserves avec un journaliste. 


Gestion à problème
 


D’abord à qui confier la gestion de la fibre optique? Cette question pose l’épineux souci de la capacité technique de l’entreprise à gérer la fibre optique. Une ordonnance crée une nouvelle société pour la commercialisation de la fibre optique, Sitcom-Tchad (Société d’infrastructures de transmission des communications électroniques par fibre optique). Outre sa mission de gestion commerciale et de maintenance du réseau, Sitcom-Tchad devait être également l’interlocuteur et le contractant des détenteurs des capacités internationales, pour l’acheminement du trafic de communications internationales du Tchad. “La nouvelle société qui aura la charge de gérer la fibre optique devra se caractériser par un partenariat public et privé (Ppp) associant à d’autres actionnaires stratégiques, opérateurs téléphoniques (fixe et mobile), groupements des fournisseurs d’accès et de services à valeur ajoutée, groupements des opérateurs économiques nationaux”, avait indiqué l’ancien ministre des Postes, des technologies de communication et de l’information, jean Alingué Bawoyeu. En outre, l’Etat tchadien, en son temps, était également très avancé dans les dossiers portant signature d’un protocole d’accord avec la société camerounaise des télécoms (Cam-tel). L’interconnexion à fibre qui résulte de ces négociations devait s’établir à partir de la ville camerounaise voisine de Kousseri. Dans ce cadre, l’Etat tchadien doit payer à Cam-tel 100 millions francs CFA par mois pour le droit de passage à l’international. “C’est pour sécuriser notre fibre optique venant du sud du Tchad que les autorités cherchent coûte que coûte à établir cette autre connexion avec C a m t e l “, explique un technicien. Au sein de Sotel- Tchad, certains techniciens pensent que le coût de l’interconnexion passée avec Cam-tel est prohibitif. Cette interconnexion a été mal négociée, déclarent  s è c h e m e n t  q u e l q u e s connaisseurs de la maison Sotel. Entre-temps, la gestionnaire de la fibre, Sitcom- Tchad, connaît une mutation en son sein. Une autre société, STMEA, entre dans son capital et en devient un actionnaire majoritaire.
 
 

Les responsables de STMEA, des expatriés, occupent au sein de la Sitcom le poste de directeur général et de directeur des affaires administratives et financières. Le poste de directeur général adjoint est légué à un Tchadien. Par arrêté, le ministre des Postes annule alors le marché de la commercialisation de la fibre attribué à Sitcom-Tchad et le confie à Sotel-Tchad. Cette dernière s’en occupe aujourd’hui. 


La fibre soudanaise sollicitée

Quoiqu’il en soit, la gestion de la fibre optique est sujette à beaucoup de controverses. Pour le gain, des profito-situationnistes de tous bords et beaucoup d’entreprises se bousculent à la porte pour s’en approprier. De sources dignes de foi informent que pas moins de vingt sociétés, issues des mêmes cercles connus, se disputent le même marché de la gestion de la fibre optique. Mais l’Etat continue par faire confiance à Sotel-Tchad en dépit de sa gestion scabreuse. Alors que le Tchad a du mal à exploiter la fibre optique, il s’est porté candidat pour abriter le prochain Sommet de l’Union africaine prévu en 2015, ce qui oblige les autorités tchadiennes à solliciter la fibre optique du Soudan pour parer à cette éventualité, via son terminal d’El Djineina à l’est du pays de Toumaï. 

 

N’Djamena Hebdo #1511 disponible en pdf sur boutique.tchadinfos.com



 

 

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