Au Tchad, la tension diplomatique reste vive avec Berlin depuis que N’Djamena a décidé de déclarer persona non grata et de renvoyer en Allemagne le diplomate Jan Christian Gordon Kricke. Coulisses d’un bras de fer.

Le 7 avril, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Aziz Mahamat Saleh, a officialisé la décision des autorités tchadiennes et du président Mahamat Idriss Déby Itno de renvoyer l’ambassadeur allemand à N’Djamena, Jan Christian Gordon Kricke. Ce dernier a alors été prié de quitter la capitale tchadienne et le pays dans les 48 heures, officiellement en raison d’une « attitude discourtoise » et du « non-respect des usages diplomatiques ».

Tensions communautaires

Quatre jours plus tard, le 11 avril, l’Allemagne a pris en réaction la même décision et a décidé de renvoyer la représentante du Tchad à Berlin, Mariam Ali Moussa. Celle-ci a quitté le sol allemand pour le Tchad via Paris, sur un vol de la compagnie Air France qui a décollé ce 12 avril au matin. Protestant contre l’expulsion de l’ambassadeur Kricke, Berlin souligne en outre que celui-ci a « exercé ses fonctions de façon exemplaire ».

Selon nos informations, Jan Christian Gordon Kricke se voit reprocher par les autorités tchadiennes un certain nombre de prises de parole privées lors desquelles il aurait décrit son pays de résidence comme divisé entre musulmans et chrétiens, les premiers confisquant selon lui le pouvoir au détriment des seconds. Plusieurs alertes avaient été émises par l’Agence nationale de sécurité (ANS), les services de renseignements dirigés par Ahmed Kogri.

De même source, Mahamat Idriss Déby Itno a alors considéré que les propos de l’ambassadeur allemand – même tenus en privé et auprès d’une communauté d’expatriés européens – étaient de nature à aggraver les tensions entre les différentes communautés au Tchad, déjà renforcées par les manifestations meurtrières du 20 octobre 2022. Cependant, le chef de l’État n’a pas décidé immédiatement de l’expulsion du diplomate, en poste à N’Djamena depuis octobre 2021.

L’ire de Pâques

La diplomatie tchadienne a en effet en premier lieu pris contact avec le ministère des Affaires étrangères allemand afin de signifier son mécontentement. N’Djamena espérait profiter au début d’avril du congé de Pâques, lors duquel Jan Christian Gordon Kricke s’est octroyé quelques jours de vacances en Allemagne, pour trouver une solution au contentieux. Le diplomate aurait alors dû, selon une source tchadienne, être retenu quelques semaines ou mois à Berlin pour « consultations », le temps d’apaiser les esprits.

Mais l’ambassadeur Kricke a regagné N’Djamena sitôt son congé achevé, ce qui a fortement déplu aux autorités de la transition tchadienne. Mahamat Idriss Déby Itno a alors pris la décision de le déclarer persona non grata. Les ambassades du Tchad à Berlin et de l’Allemagne à N’Djamena restent toutefois opérationnelles, leurs services fonctionnant sous la direction de chargés d’affaires.

Jeune Afrique

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