La nomination du Ministre de la Justice M. Abdoulaye Fadoul Sabre au poste de Ministre de l’Assainissement Public et de la bonne Gouvernance a suscité beaucoup de réactions. Elles sont aussi différentes que variées. Il y a ceux qui trouvent que c’est une bonne chose et d’autres voient le contraire. Il ya même ceux qui s’en prennent à la personne même du Ministre.  Mais ce qui a attiré mon attention c’est le fait que certains soulèvent des questions d’ordre juridiques. Ceux-ci sont d’opinion  que M. Sabre, en tant que Ministre de la Justice et en même temps Ministre  l’Assainissement Public et de la bonne Gouvernance, ne peut pas faire son travail d’une façon équitable, au motif de conflit d’intérêts, parce qu’il est, selon eux, en situation de « juge et partie ».

Or selon le principe de la séparation des pouvoirs, cher à Montesquieu, l’autorité d’un Etat repose sur trois types de pouvoir fonctionnellement différents, à savoir, le pouvoir exécutif, le pouvoir Législatif et en fin le pouvoir judiciaire. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement avec à sa tête le Président de la République. Le pourvoir législatif est exercé au parlement par les représentants du peuple qui sont ses élus : les députés et les sénateurs. Et en fin le pouvoir judiciaire qui est exercé par les juges aux tribunaux. C’est sans doute là où se trouve le problème. Le Ministre de la Justice a pour mission, faut-il le rappeler, de veiller au respect de la loi et la sauvegarde des intérêts généraux de la société devant les tribunaux. Certains de nos compatriotes  font l’amalgame entre juge qui appartient au pouvoir judiciaire et Ministre de la Justice qui appartient au pouvoir Exécutif. Il y a, certes, un lien étroit entre le Ministère de la Justice et le pouvoir judicaire-lien professionnel- mais le Ministre de la justice n’est pas un juge. Bien au contraire Il représente le Ministère public ou le parquet qui dans une procédure judiciaire est représenté par des magistrats (procureurs généraux, procureurs de la République et substituts) dit « debout » par opposition aux magistrats du siège qui représentent le pouvoir judicaire. Dans  un  litige opposant un individu ou groupe d’individus à l’Etat, par exemple, le Ministère de la Justice  ou  le Ministre de la Justice n’est que l’une des parties devant la Justice. Techniquement, M. Sabre en tant que Ministre de la Justice hier, et  Ministre  de la Justice de l’Assainissement Public et de la bonne Gouvernance, aujourd’hui, fait exactement la même chose. Devant la Justice il a le même statut qu’un prévenu : ils seront tous debout devant le Juge (sur son siège)  pour présenter leurs plaidoyers!    

Pour ce qui est de l’événement qui a occasionné la fusion des deux ministères en question, c’est-à-dire détournement et malversation généralisé ou abus de confiance tout court de certains commis de l’Etat, c’est un fléau qui ne date pas d’aujourd’hui. C’est même devenu une gangrène. Je suis même incliné à dire que ceux qui sont présentement sous le verrou ne sont que des petits débrouillards, les vrais filous qui ont volés et volent toujours des milliards et des milliards de francs de l’argent du peuple Tchadiens, sont actuellement libres comme des oiseaux. Peut être ce que l’on a vu n’est que la partie immergée de l’iceberg. Mais le fait que désormais, même si on est ministre, on court le risque d’être, un jour, sous le verrou, si on n’est capable de contrôler sa gourmandise pécuniaire, indique qu’il y a une volonté manifeste, de la part des autorités, de lutter contre ce fléau. Par conséquent, ceux qui se sentent en dessus de la loi et jouissent d’une immunité circonstancielle, doivent aussi s’inquiéter, car les gouvernements passent mais le peuple et l’Etat restent tant que le monde reste monde, et un crime ne péri jamais ! Ces super-filous, sans foi ni loi, doivent savoir que ‘business is not as usual’ !              

Critiquer c’est une bonne chose et pour les gouvernants et pour les gouvernés. C’est d’ailleurs l’esprit même de la démocratie représentative. Néanmoins, la critique pour qu’elle soit respectable, elle doit être fondée et constructive. Gouverner c’est une responsabilité, certes, être dans l’opposition aussi. Même étant dans l’opposition il faut reconnaitre, parfois, au gouvernant des actions salutaires, pour la simple raison que si on est dans l’opposition aujourd’hui on peut être, demain, parmi les gouvernants.

Au demeurant, le Ministre Sabre n’est pas « en conflit avec le Droit … car il devient juge et partie dans sa fonction de Ministre doublon » comme écrit un compatriote, et encore moins « un gamin », mais un jeune commis d’Etat, intègre et compétent, qui fait très bien son travail ! La vertu ne doit pas faire l’objet de spéculation, mais elle doit être reconnue et saluée si on en trouve chez quelqu’un, même si on est en conflit d’intérêt avec celui-ci. Il y a, certes, des personnes qui ne doivent pas être au gouvernement, au motif d’incompétence manifeste, comme on l’a vu dans l’événement suscité, mais, à mon avis, le M. Sabre n’est surtout pas parmi ceux-là.  

El-Amine Elkanemi

Elkanemi2@hotmail.com     

 

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