LE COÛT ÉLEVÉ DE LA DISSIDENCE AU TCHAD

 

Amnesty International est un mouvement mondial réunissant plus de sept millions de personnes qui agissent pour que les droits fondamentaux de chaque individu soient respectés. La vision d’Amnesty International est celle d’un monde où chacun peut se prévaloir de tous les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans d’autres textes internationaux relatifs aux droits humains. Essentiellement financée par ses membres et les dons de particuliers, Amnesty International est indépendante de tout gouvernement, de toute tendance politique, de toute puissance économique et de tout groupement religieux.

 

Lorsque le président Idriss Déby s’est emparé du pouvoir au Tchad en 1990, il avait promis de rompre catégoriquement avec les horreurs des huit années précédentes et, notamment, les dizaines de milliers d’homicides perpétrés sous le régime de l’ancien président, Hissène Habré. Par son discours d’investiture, le président Déby a fait naître l’espoir que les droits humains seraient respectés dans la nouvelle ère qui s’ouvrait, en promettant de travailler à « l’avènement d’une démocratie réelle, pluraliste, garantissant toutes les libertés individuelles et collectives ». Plus d’un quart de siècle plus tard, en 2016, la condamnation de Hissène Habré pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture – et la promesse de réparations aux victimes de son régime -, a peut être entamé la guérison des blessures du passé. Cependant, la garantie du respect plein et entier des libertés individuelles et collectives de tous les Tchadiens reste théorique et un appareil répressif est toujours en place, réduisant au silence les voix de ceux qui s’élèvent contre le gouvernement ou ses politiques. Ces deux dernières années, la situation s’est détériorée. Sur une période marquée par une élection présidentielle fortement contestée, des attaques de Boko Haram et une crise économique sévère et persistante engendrée par la chute du prix du pétrole brut, l’État a intensifié sa répression des droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association. Face à l’exacerbation des mécontentements politiques et économiques durant cette période, les personnes et les organisations ont de plus en plus exprimé leur désaccord, les autorités et les forces de sécurité tchadiennes ont réagi en interdisant les manifestations, en arrêtant les adversaires du gouvernement et en entreprenant des manoeuvres d’intimidation et des poursuites judiciaires à leur encontre.

 

Le droit de manifester pacifiquement, pourtant reconnu par la Constitution tchadienne et par le droit international, a subi des atteintes croissantes. Les autorités ont eu recours à un arsenal archaïque de textes législatifs et réglementaires datant des années 1960 pour exiger l’obtention d’une autorisation avant tout rassemblement public – puis refuser de l’accorder. Sur la seule année 2016, Amnesty International a recensé la promulgation d’au moins 12 décrets ministériels interdisant des manifestations pacifiques, sans compter les interdictions décrétées par simple déclaration orale. Le 19 mars 2016, par exemple, le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration a annoncé dans les médias une interdiction générale pour vingt jours, du 20 mars au 8 avril 2016, de toutes les manifestations n’entrant pas dans le cadre de la campagne électorale officielle.

 

Si les interdictions des manifestations pacifiques n’ont rien de nouveau, elles deviennent de plus en plus strictes à mesure qu’enfle la vague contestataire. Au moins quatre plates-formes et mouvements comprenant au moins 65 associations, ainsi que deux autres organisations, ont déclaré à Amnesty International n’avoir jamais reçu d’autorisation pour organiser une manifestation pacifique depuis leur création, entre 2014 et 2016. D’autres, dont l’Union nationale des étudiants du Tchad (UNET) et trois syndicats, ont affirmé n’avoir obtenu aucune autorisation depuis 2008.

 

Lorsque des manifestations non autorisées ont eu lieu, les forces de sécurité tchadiennes sont intervenues pour les disperser, en ayant parfois recours à une force excessive, entrainant parfois la mort. En mars 2015, des policiers ont été filmés pendant qu’ils rouaient de coups et humiliaient des dizaines de lycéens qui protestaient à N’Djamena après la mort d’un étudiant lors d’une manifestation. En février 2016, au moins 40 militants appartenant au Collectif des associations et mouvements de la jeunesse du Tchad (CAMOJET) ont été arrêtés pour avoir participé à deux manifestations pacifiques ; en décembre 2016, les forces de sécurité ont également occupé le siège de l’Union des syndicats du Tchad (UST) et empêché des membres, toutes des femmes, de manifester contre les mesures d’austérité du gouvernement.

 

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