Le Tchadien Mahamat Abdoul Kadre Oumar, alias Baba Laddé, a une nouvelle fois basculé dans la rébellion. Après s’être un temps rallié à Idriss Déby Itno puis à son fils, il a repris le chemin de la Centrafrique, sa terre de recrutement, en quête d’alliés.

Pour ceux qui connaissent Baba Laddé depuis de nombreuses années, ce n’est guère une surprise. Une nouvelle fois, le Tchadien a décidé de reprendre les armes, avec pour objectif de déstabiliser le pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno à N’Djamena.

Selon nos informations, il s’attache désormais à recruter des partisans en Centrafrique, non loin de la frontière camerounaise, dans les environs du village de Besson.

Promesses non tenues

Après de nombreuses années dans la rébellion, au Tchad puis en Centrafrique, Baba Laddé s’était rallié à l’ancien président tchadien Idriss Déby Itno en avril 2021. Celui-ci était alors en campagne pour sa réélection et avait fait du soutien de son cadet – annoncé lors d’un meeting à Bongor, dans la région natale de ce dernier – un argument en faveur de la réconciliation.

Idriss Déby Itno disparu, son fils lui a succédé à la tête de l’État, et Baba Laddé a d’abord récolté les fruits de son ralliement en étant nommé à la tête des renseignements généraux. Son nom a ensuite été évoqué pour devenir directeur de l’Agence nationale de sécurité, en remplacement d’Ahmed Kogri. Mais celui-ci a finalement été maintenu avec le soutien discret de l’ambassade de France.

Depuis cet épisode survenu au début de 2023, Baba Laddé n’occupait plus de poste au sein du nouveau régime et expliquait à ses interlocuteurs – notamment à Jeune Afrique – que plusieurs des promesses faites par Idriss Déby Itno lors de son ralliement de 2021 n’avaient pas été tenues par le nouveau président. Il suit alors avec attention les activités des groupes armés en Centrafrique.

Rencontre avec Wagner

Ancien chef de groupe armé dans ce pays, il a en effet combattu de nombreuses années au nom du Front populaire pour le redressement, prétextant notamment la défense des éleveurs peuls de la région frontalière entre Tchad, Cameroun et Centrafrique. Son bras droit se nommait alors Ali Darassa, qui a ensuite pris la tête de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC, toujours active).

Au milieu du mois d’août 2023, c’est donc tout naturellement vers la Centrafrique que Baba Laddé s’est dirigé, après avoir décidé de reprendre le maquis. Ayant quitté N’Djamena, il a pris la route de Doba, via son fief de Bongor – où vit une partie de sa famille -, avant de traverser la frontière et de rejoindre à Bangui. Dans la capitale centrafricaine, le Tchadien a eu plusieurs rendez-vous discrets.

Selon nos sources, Baba Laddé a ainsi rencontré, le 16 ou le 17 août, Hassan Bouba, ex-bras droit d’Ali Darassa et actuel ministre de l’Élevage et de la Santé animale. Par l’intermédiaire de ce dernier, proche des Russes, il a pu dialoguer avec Vitali Perfilev, l’un des patrons du groupe Wagner en terres centrafricaines, quelques jours seulement après un bref passage à Bangui d’Evgueni Prigojine.

Surveillé de près

Le Tchadien espérait obtenir une aide matérielle dans son projet de nouvelle rébellion contre le pouvoir central de N’Djamena. Mais selon nos informations, les Russes – qui ont depuis des semaines des problèmes de trésorerie et d’approvisionnement – ont refusé de s’engager. Ils s’étaient déjà tenus à l’écart d’une autre tentative de rébellion dans le nord de la Centrafrique début 2023.

L’ambition de Baba Laddé est-elle mort-née ? Le Tchadien a établi ses quartiers dans la zone de Besson, à la frontière entre la Centrafrique et la région camerounaise de l’Adamaoua. Il espère aujourd’hui attirer à lui des combattants peuls déçus de l’UPC d’Ali Darassa ou du mouvement Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R). Il est cependant très surveillé.

En effet, Mahamat Idriss Déby Itno suit de près, depuis N’Djamena, les agissements de son ancien directeur des renseignements généraux. Le sujet a ainsi été évoqué dès le 21 août lors d’une entrevue entre le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le ministre des Finances tchadien, Tahir Hamid Nguilin, alors en visite à Bangui.

Jeune Afrique

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