Deux journées de vote ont eu lieu simultanément ce dimanche 11 avril au Bénin et au Tchad. Bien que les scrutins présidentiels se soient déroulés dans le calme, le taux de participation reste faible et l’opposition est réduite au rôle de figurant, estime Wakat Séra.

En Afrique, les élections présidentielles se suivent et se ressemblent. Que ce soit au Bénin ou au Tchad, qui ont vécu une journée électorale plus ou moins calme ce dimanche 11 avril. Un calme qui précède la tempête ? Peut-être bien, car sans souhaiter un quelconque trouble dans ces pays, nul n’est besoin d’être devin ou un politologue de haut vol pour affirmer que cette journée électorale n’a été paisible que parce que pour la plupart, les bureaux de vote, au Bénin où au Tchad, n’a pas connu l’affluence attendue. 

Ou n’ont pas ouverts ou alors ont été refermés comme dans la ville martyre de Savè au Bénin, qui pleure ses morts, suite à des heurts entre des manifestants qui dénonçaient la prolongation, de 45 jours, du mandat du président sortant [arrivé au pouvoir le 6 avril 2016, les manifestants considèrent que Patrice Tallon aurait dû céder sa place dès le 6 avril 2021] et de la mise à l’écart des opposants. 

Élections verrouillées

Pourtant, ils étaient près de 5 et 7 millions d’électeurs, respectivement au Bénin et au Tchad, à avoir pris rendez-vous avec ces présidentielles qui devaient ouvrir la voie au changement ou confirmer la continuité. Malheureusement, la compétition, tant à Porto-Novo qu’à N’Djamena, était verrouillée. Pour aller à la reconquête de leurs fauteuils sans coup férir, Patrice Talon et Idriss Deby Itno, ont fait le vide d’opposants autour d’eux.

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Si au Bénin, ils étaient deux candidats à avoir accompagné le président sortant dans sa volonté de se succéder à lui-même, au Tchad ils étaient au nombre de six. Mais, dans l’un et l’autre cas, les opposants d’envergure, écartés de la course au pouvoir, ont appelé au boycott de ces élections qui donnaient archi-favoris des présidents ayant usé de tous les moyens pour en sortir vainqueurs. Pour eux, le tout n’est pas d’organiser des élections, le plus important étant de les remporter. 

Scénario prévisible

La présidence à vie justifiant la fin et les constitutions étant faites en Afrique pour être violées en toute impunité, au nez et à la barbe d’un peuple impuissant et d’opposants muselés, les résultats des élections sont bien connus à l’avance. Et rien ne peut les changer ! Tout est fait pour plaire au prince, comme à Djibouti où Omar Ismaïl Guelleh, 73 ans vient de s’offrir un 5e mandat, en remportant la présidentielle de ce vendredi 9 avril, avec 98,58 % des voix. Ou au Congo, où Denis Sassou N’Nguesso, 77 ans, 36 ans au pouvoir, devrait bientôt prêter serment pour un 4e mandat, après une razzia de 88,57 % des suffrages à la présidentielle du 21 mars dernier. 

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Certes, le taux de participation, après l’appel au boycott des opposants d’envergure, et le désintérêt total de la jeunesse pour la chose politique seront très scrutés, au Tchad comme au Bénin. Mais, à l’instar des résultats de complaisance qui seront soutirés aux urnes, ces taux de participation seront, évidemment, fabriqués par les apprentis sorciers des laboratoires de fraude, savamment mis en place par les “présidents fondateurs des républiques très très démocratiques du Gondwana”.

Dommage que le Bénin, qui était considéré comme une terre fertile pour la démocratie, portera désormais une grosse tache noire, dont le “quartier latin de l’Afrique occidentale” se serait bien passé si le peuple avait la possibilité de dire son mot. 

L’exception confirme la règle

Sauf au Niger, où l’alternance démocratique fait la fierté d’un peuple qui vit les premiers jours de l’ère Mohamed Bazoum, après la passation de témoin entre le nouveau président démocratiquement élu et l’ancien, Issoufou Mahamadou, lui aussi démocratiquement élu, le printemps des mandats sans fin fleurit bien en Afrique. Le pire est que, non seulement les peuples africains n’ont pas la démocratie, mais ils manquent aussi de pain ! 

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En tout cas, au rythme où vont les élections, les monarques de la démocratie africaine ont encore de beaux jours devant eux, et ce ne sont pas les organisations internationales qu’ils animent, et qui sont, en réalité de véritables syndicats de défense de leurs intérêts, qui s’opposeront aux présidences à vie dans la… démocratie. 

SOURCE

WAKAT SÉRAOuagadougouwww.wakatsera.com

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