Écarté il y a quelques années du principal parti d’opposition, qu’il a brièvement dirigé, l’ex-gouverneur de Bornou, Ali Modu Sheriff, devrait aussi se voir privé du titre de numéro un de la formation politique du président, qu’il a rejointe. Ce qui pourrait marquer la fin d’une carrière mouvementée.

La convention de l’All Progressives Congress (APC) – parti au pouvoir – devrait s’ouvrir le 26 mars à Abuja en vue de désigner un nouveau leadership. Celui-ci aura la lourde tâche de préparer la campagne menant aux différentes élections prévues en février 2023. L’enjeu est de taille, tant le président du parti sera essentiel dans le choix du ticket – président et vice-président -, dans celui des aspirants sénateurs et celui des candidats aux postes de gouverneurs dans les 36 États fédérés.

Le rôle est actuellement tenu, par intérim, par le gouverneur de l’État de Niger Abubakar Bello, qui a remplacé en catastrophe début mars son collègue de l’État de Yobe, Mai Mala Buni. L’un des candidats à la succession de Bello était l’ancien gouverneur de Bornou, Ali Modu Sheriff. Mais celui-ci devrait être empêché de concourir, le parti ayant décidé fin février de réserver le poste de président à la région Centre-Nord, ce qui élimine une grande partie des concurrents, dont Sheriff. Ce dernier a finalement annoncé le dimanche 20 mars qu’il ne concourrait pas au poste de président de l’APC.

Suspense limité

Les autres candidats au poste de président de l’APC jouent des coudes depuis des mois pour s’imposer. Parmi les prétendants figurent le ministre des affaires réservées présidentielles et intergouvernementales, George Akume (ancien gouverneur puis sénateur de Benue), celui des mines Abubakar Bawa Bwari, le sénateur de l’État de Niger Sani Musa, l’ancien gouverneur de l’État de Zamfara Alhaji Abdul’aziz Abubakar Yari, l’ancien vice-président de l’APC Saliu Mustapha, l’ancien gouverneur et sénateur de l’État de Nassarawa Umaru Tanko Al-Makura et un autre ancien gouverneur de Nassarawa, Abdullahi Adamu. C’est ce dernier qui devrait être désigné par consensus lors de la convention.

Ali Modu Sheriff était aussi dans les starting-blocks, mais il ne pourra concourir que pour le poste de vice-président national, réservé au Nord-Est, sa région de provenance. Or Sheriff ne le considère pas comme assez prestigieux. Cette séquence pourrait bien représenter la fin d’une carrière politique mouvementée.

Pétrole tchadien

Lorsqu’il était gouverneur de Bornou (2003-2011), l’homme politique a bien connu le fondateur de Boko HaramMohamed Yusuf, avec qui il a travaillé pour mettre en place la charia dans cet État situé à l’extrême nord-est du pays. A partir du début du deuxième mandat de Sheriff, en 2007, sa relation avec Yusuf s’est dégradée et plusieurs tentatives d’assassinat l’ont même visé. Après la mort de Yusuf en détention en juillet 2009 et le décès le même mois de centaines de ses militants, tués par l’armée, Boko Haram est passé du statut de mouvement religieux radical à celui de groupe anti-État.

Depuis son départ du gouvernorat, Sheriff a passé le plus clair de son temps à N’Djamena auprès de son ami Idriss Deby Itno – décédé en avril 2021 (AI du 22/01/13). Le président tchadien a attribué au Nigérian, fondateur de SAS Petroleum et Global Petroleum, plusieurs blocs pétroliers dans le bassin d’Erdis et au sud de Doba, qui ont été repris les uns après les autres pour absence de travaux.

Tour des crémeries politiques

Sheriff a connu un parcours politique sinueux, symbolisant à lui seul le phénomène nigérian de transhumance entre partis (ou « decamp » en anglais). Élu une première fois sénateur sous la bannière de l’United Nigeria Congress Party (UNCP), l’un des seuls partis tolérés sous le régime de Sani Abacha (1993-1998), il s’est fait réélire au Sénat lors du retour à la démocratie en 1999 sous les couleurs l’All Nigeria Peoples Party (ANPP) avant d’accomplir ses deux mandats de gouverneur.

En 2014, après une année à l’APC fondé quelques mois plus tôt par Muhammadu Buhari et l’ancien gouverneur de Lagos Bola Tinubu, il a rejoint le People’s Democratic Party (PDP) du président Goodluck Jonathan. Ali Modu Sheriff a même pris brièvement en 2016 la tête de cette formation, au pouvoir depuis 1999 au niveau fédéral, avant d’être évincé de ce poste par l’ex-gouverneur de l’Etat de Kaduna, Ahmed Makarfi. Dernier épisode d’une longue carrière politique : le natif de Borno est revenu à l’APC en 2018.

Alliances matrimoniales

Le réseau nigérian de Sheriff est vaste. Il a notamment marié l’une de ses filles, Fatima Sheriff, avec Mustafa Indimi, l’un des enfants du milliardaire de Bornou, Muhammadu Indimi (patron d’Oriental Energy Resources, AI du 13/12/16). Un autre des fils de ce dernier, Ahmed Indimi, a épousé en 2016 Zarah Buhari, fille de l’actuel président nigérian Muhammadu Buhari.

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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